Le Chef N°11 Août 2025 | Page 76

CI-CONTRE
De gauche à droite: Jean-Pierre Dubois, Frédéric Sauque et Daniel Wildenstein.
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PAGE DE DROITE
Thierry Majorcryk exulte au passage du poteau, Il vient de remporter le Grand Steeple avec Kotkijet
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En 1996, Coktail Jet a remporté le Prix d’ Amérique avant de devenir un étalon chef de race.
G. Mais pourquoi s’ associer avec Jean-Pierre Dubois dans le domaine de l’ obstacle? Cela semblait moins naturel...
F. S. En d’ assez rares occasions, M. Wildenstein et Jean-Pierre Dubois déjeunaient ensemble, en ma présence. L’ un de ces rendez-vous a eu lieu quatre ans après le début de leur association, donc en 1996, après le succès dans le Prix d’ Amérique. Un déjeuner mémorable! Jean- Pierre Dubois a demandé à M. Wildenstein quel était son rêve ultime dans les courses. La réponse a fusé: « Gagner le Grand Steeple! » Jean-Pierre Dubois s’ est immédiatement exclamé « On va le faire ensemble! » En sortant de chez M. Wildenstein, Jean-Pierre m’ a dit: « À vous de travailler maintenant, trouvez le bon cheval!( en effet, Jean-Pierre Dubois et moi, nous nous sommes toujours vouvoyés) ». J’ ai appelé le Comte de Montesson, qui avait un excellent élevage: il était l’ éleveur de Katko, triple vainqueur du Grand Steeple... et frère de Kotkijet. Il m’ a dit avoir quatre yearlings mâles exceptionnels à vendre en lot pour 800 000 francs. C’ était beaucoup d’ argent pour l’ époque! M. de Montesson a précisé qu’ il ne me montrerait que ceux-là, car ses autres poulains ne valaient pas le coup d’ être vus. M. Wildenstein m’ a donné carte blanche. Nous sommes donc allés au Haras des Coudraies, dans l’ Orne, Jean-Pierre Dubois et moi. C’ était un dimanche matin. Le premier garçon nous a montré quatre très beaux poulains, tous baibruns, Kotkijet faisait partie du lot. Mais Jean- Pierre Dubois a demandé à voir les autres. Lorsque nous sommes remontés dans la voiture il m’ a dit: « Il faut tous les acheter ». L’ un de ses grands principes c’ est que lorsqu’ on achète un lot, il ne faut pas laisser un cheval derrière! Il faut tous les prendre. J’ ai donc appelé M. de Montesson et lui ai dit: « On prend les huit poulains pour 700 000 francs. » Il a accusé le coup mais a finalement accepté. J’ avais un argument imparable, puisqu’ il m’ avait dit que les quatre derniers poulains valaient zéro! Parmi eux, il y avait tout de même Indien Bleu, un vrai bon cheval. Les huit poulains ont globalement tous été bons, c’ était l’ affaire du siècle!
G. Et comment Kotkijet est-il devenu Kotkijet?
F. S. Quarante-huit heures après notre visite, dès que M. de Montesson a donné son accord, Jean-Pierre a embarqué les huit yearlings. Deux jours plus tard, ils étaient castrés et on les a ensuite laissés un an dans son haras, dans un très grand pré qui montait beaucoup, pour qu’ ils se musclent et se développent bien. Kotkijet a été débourré chez Jean-Pierre Dubois, qui a été son premier entraîneur. Il a été confié à Jean-Paul Gallorini en l’ an 2000, suite à un long break dû à un pépin de santé. À l’ entraînement, Kotkijet avait tant d’ énergie qu’ il sortait à tous les lots! Et l’ après-midi, il faisait des footings dans le parc de Maisons-Laffitte, c’ était bénéfique pour ses jambes fragiles. Jean- Pierre avait d’ ailleurs fait construire une piscine pour lui. C’ est le cheval le plus impressionnant que j’ aie jamais vu à Auteuil.
G. Racontez-nous la journée du Grand Steeple de Paris 2001...
F. S. On avait évidemment énormément d’ espoir et de pression. Jean-Pierre Dubois avait dit qu’ il ne viendrait peut-être pas, mais j’ ai aperçu son chauffeur donc j’ ai compris qu’ il était là. Il est
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