Le Chef N°11 Août 2025 | A la une : Louis Baudron

« ARRÊTER, ÇA NE LUI RESSEMBLE PAS », LOUIS BAUDRON

Par Serge Okey

Louis Baudron a le triple privilège d’être le petit-fils de Jean-Pierre Dubois, mais aussi celui de Roger Baudron , autre star des courses, et de présider la vente AUCTAV du 13 août au Haras de Bois-Roussel. Derrière ce prestigieux « pedigree », on dit de lui que c’est le digne héritier de la célèbre casaque bleue et rouge, toque jaune. Doué lui aussi dans les trois disciplines, cet entrepreneur dans l’âme n’a pas attendu d’avoir 38 ans pour marcher sur les traces de son glorieux aïeul. Et parce qu’il le connaît intimement, lui ne croit pas qu’il soit vraiment prêt à tirer sa révérence.


Galorama.     Cette vente, c’est une page qui se tourne aussi pour vous…
Louis Baudron.     Je crois que j’aurai conscience de sa portée le jour J, ou peut-être après. En attendant, ça me fait plaisir que mon grand-père ait pensé à nous. C’est un plaisir de travailler en famille. Mais je vois plus cette vente comme une réduction d’effectif que comme une cessation d’activité.
 

G.     Votre grand-père a pourtant dit 
« J’arrête » : vous pensez qu’il ne le fera pas ?
L.B.     Non, je n’y crois pas. Je peux me tromper, mais ça ne lui ressemble pas. Je pense qu’il va ralentir son activité, pas arrêter.
 

G.     Comment qualifieriez-vous cette vente ?
L.B.     Il y en a pour tous les goûts. Avec des juments très bien nées et très bien saillies, d’autres plus abordables par les étalons du grand-père et la génétique qu’il a construit depuis des années. Des pouliches de 2 ans viennent de très bien débuter. Il y a de quoi attirer du monde. 

G.     À propos de pedigree : Dubois d’un côté, Baudron de l’autre, vous avez du sang royal…
L.B.     On peut dire que j’étais programmé. J’ai beaucoup de chance.

G.     Diriez-vous qu’il existe une griffe Dubois et une griffe Baudron ?
L.B.     Question difficile. Mes deux grands-pères, que j’ai la chance d’avoir encore, ainsi que mes deux grands-mères, sont deux personnalités différentes. Mais ils ont en commun d’être passionnés par leur métier, par amour des chevaux. La valeur travail, c’est sacré des deux côtés. C’est ce qui a fait leur force à tous les deux. Vu de l’intérieur, c’est impressionnant.
 

G.     Comme votre grand-père Dubois, vous aussi rêviez d’être jockey de plat ?
L.B.     Oui, j’ai fait les courses de poneys et ça me plaisait beaucoup. Mais mon poids est vite devenu rédhibitoire. Alors je me suis naturellement tourné vers le trot.
 

G.     Ça ne vous empêche pas, à l’image de votre grand-père encore, de briller dans les trois disciplines : galop, obstacles, trot…
L.B.     Il nous a transmis sa passion des chevaux, quelle que soit la discipline. On a cette curiosité enrichissante à tout point de vue. Une ouverture d’esprit qui vient de lui. J’aime cette diversité. Quelle que soit la discipline, c’est très agréable de toucher un cheval de bon niveau.
 

G.     S’il ne fallait retenir qu’un cheval de votre grand-père Dubois, ce serait lequel ?
L.B.     Il a élevé, entraîné, drivé tellement de cracks… Personnellement, je dirais Mara Bourbon dans le prix des Élites (Gr.1, 2003). J’étais encore gamin (17 ans). Cette course, je l’ai gagnée pour lui. C’était beau. J’imagine que si j’arrive à faire gagner une belle course à mes petits-enfants, mon bonheur sera immense.
 

G.     Les deux succès de Kotkijet dans le Grand Steeple-Chase ont dû compter dans la famille ?
L.B.     C’était magnifique ! Un grand cheval acheté au Comte de Montesson, avec toute une histoire autour. Comme pour beaucoup de chevaux, c’était une histoire d’hommes aussi, avec M. Wildenstein et Gallorini, et bien sûr mon grand-père. Kotkijet fait partie des noms qui résonnent dans la famille. Mon grand-père est tellement doué en génétique qu’il a su acheter à droite, à gauche, et transformer les chevaux en super chevaux.

G.     Après Stacelita, Sauterne et Olmedo, Sparkling Plenty restera son dernier fait de gloire au galop…
L.B.     J’étais à ses côtés, ça vibrait fort. On était tous super heureux. Encore l’aboutissement d’années de travail et d’investissements.

G.     Quels sont ses principaux traits de caractère ?
L.B.     C’est quelqu’un de très humble, qui ne fait jamais de différences sociales. Il a la gagne dans le sang, a horreur d’être deuxième, c’est un compétiteur dans l’âme. Je l’ai vu sauter au plafond après de belles victoires. C’est tellement dur de gagner de belles courses. Mais le travail, c’est son affaire. Là-dessus, personne ne peut rivaliser. Et puis il a un feeling incroyable avec les chevaux.

G.     Diriez-vous que c’est un bon vivant ?
L.B. Assurément. Il n’ouvre pas sa table à tout le monde, mais quand il l’ouvre, c’est avec franchise. Avec les gens qu’il aime, il est très généreux. Il n’y a pas plus simple que lui. Un jour, il m’a dit : « Louis, il faut être sérieux, mais sans se prendre au sérieux ». C’est quelqu’un qui ne fait pas de cinéma. Il ne joue pas la comédie, sinon avec malice. En privé, il est plutôt bavard.

G.     Et l’art de business, il vous l’a enseigné aussi ?
L.B.      En quelque sorte, oui. Il m’y a toujours incité. Il est bon, c’est un charmeur, avec des codes d’une autre génération. L’argent n’a jamais été une limite pour lui. Quand il veut quelque chose, il s’en donne les moyens, même si parfois il ne les avait pas (rires). Il a une confiance en lui incroyable. Son tempérament, c’est de parvenir à ses fins.

G.     Diriez-vous que les Dubois forment un clan ?
L.B.    En tout cas, je trouve ça plutôt flatteur. Ça veut dire qu’on forme une famille unie. Mon grand-père est proche de sa famille à sa manière. Il a toujours une pensée bienveillante pour nous.
G.     Ça fait quoi d’avoir un grand-père qui est une légende vivante ?
L.B. Je confirme : c’est une légende vivante. On est tous très fiers de ce qu’il a accompli. Il inspire vraiment le respect et force l’admiration. Quand on part à l’étranger, tout le monde le connaît. J’ai beaucoup de chance d’être son petit-fils.

G.     On dit de vous que vous êtes son héritier, cela vous inspire quoi ?
L.B.     Il n’aime pas faire de différences parmi ses proches. J’essaye de marcher dans ses pas, mais sans forcément chercher à faire comme lui. Tant mieux si je m’en rapproche, mais il est tellement hors du commun. C’est un exemple pour moi. Il restera unique.

G.     Donc, vous maintenez : il ne va pas tout à fait prendre sa retraite ?
L.B.     Peut-être que le jour où il a dit « j’arrête », c’était un moment de ras-le-bol, qu’il était contrarié ou un peu fatigué. En général, son moral remonte vite. Il va lui rester quelques chevaux. 

Maurizio Grosso

Par Clélia Moncorgé pour Karisma Consulting

Célèbre entraîneur d’origine italienne connu, notamment, pour avoir entraîné le crack made in Dubois, Daguet Rapide , Maurizio Grosso, avec un accent italien chantant, nous a partagé sa vision du « chef ».

« Tu n’avais pas encore terminé ton tour de piste, ou la ligne droite sur 1 400 mètres à la Beauvoisinière , qu’il avait déjà tout terminé, fait 10 tours de piste et passé quatre coups de fil. Il a quelque chose de différent des autres, il va plus vite et il voit plus loin. C’est en regardant partout qu’il a comparé les bonnes choses et fait par lui-même. Il a quelque chose de plus entre les mains, un sixième sens pour le cheval. Quand il touche un cheval, il voit en lui. Il a toujours beaucoup travaillé, avec application, mais sa mentalité est en premier lieu tournée pour l’élevage. Il a été visionnaire aux États-Unis, mais aussi en Italie : il avait vu des produits franco-américains en Italie qui étaient corrects, et il a eu l’idée d’envoyer ses meilleures juments pour les croiser aux tops étalons américains. Il a été précurseur et l’Italie lui a permis de débuter tôt ses produits, confirmant sa vision. Il a révolutionné le marché italien et français ».