Le Chef N°11 Août 2025 | Data au galop

TURF POWER : HONG KONG PULVÉRISE LES CODES DU GALOP MONDIAL

Par Bruno Barbereau

La saison 2024/2025 s’est achevée le 16 juillet sous les acclamations du Hong Kong Jockey Club et de la planète turf. Une saison haletante de 847 courses réparties sur 88 réunions, disputées sur les deux temples du galop local : Happy Valley (HV), le « Colisée urbain » sous les lumières, et Sha Tin, théâtre des grandes joutes classiques. Plus de 1 700 000 spectateurs ont assisté à ces réunions.

Des chiffres qui décoiffent
Avec 15,5 milliards d’euros misés (soit 138,85 milliards HKD), en incluant les 393 courses étrangères retransmises en simulcast, les enjeux progressent de 3 % par rapport à l’année précédente. Hong Kong confirme son statut de place mondiale du pari mutuel, avec une structure unique combinant turf local et ouverture au monde via le World Pool.
Des allocations à couper le souffle
À Hong Kong, la hiérarchie des courses s’illustre aussi par la richesse de ses allocations. Même les courses de Class 5, les plus modestes, offrent environ 95 000 € au total – un luxe comparé à bien des hippodromes mondiaux. Quant aux courses de Class 1, elles flirtent avec les 420 000 €, attirant les meilleurs chevaux locaux.Mais le sommet de la pyramide, ce sont bien sûr les 12 Groupes 1 de la saison, qui ont redistribué à eux seuls plus de 28 millions d’euros ! Des rendez-vous d’élite comme la Hong Kong Cup (4,34 M €) ou la Hong Kong Mile (3,9 M€), qui font de chaque édition un spectacle aux enjeux vertigineux – pour les chevaux comme pour les parieurs.

Des chevaux et des hommes
Avec près de 1 300 chevaux à l’entraînement, le parc équin hongkongais est un concentré d’élite, dominé par des sujets importés d’Australie et de Nouvelle-Zélande. Pourquoi ? Parce que ces chevaux, élevés pour la vitesse, la réactivité et le sprint, sont parfaitement calibrés pour les distances fétiches de Sha Tin et Happy Valley. Leur profil génétique fait merveille sur les courtes distances, dans un environnement où tout se joue sur la vitesse et la position.

Et cette saison, Hong Kong a rayonné à l’international : trois chevaux entraînés localement figurent dans le Top 15 du classement mondial Longines des meilleurs pur-sang. L’extraordinaire Ka Ying Rising, invaincu en 8 courses, dont 4 Groupes 1, s’est hissé à la 4e, place mondiale avec un rating de 126. À ses côtés, le champion du middle-distance Romantic Warrior (également 126), et le tenace Voyage Bubble (121), 15e, du classement, complètent ce triplé hongkongais. Ka Ying Rising, véritable phénomène des sprints, a pulvérisé le record des 1 200 mètres de Sha Tin en 1’07’’20 le 19 janvier, établissant aussi le Speed Rating le plus élevé de l’année : 112. Une fusée.
Derrière les performances exceptionnelles des chevaux se cachent des hommes aux statistiques vertigineuses. Là encore, le « made in Australia » mène la danse. Le mythique John Size a encore démontré sa maîtrise des courses locales : avec 69 victoires, il remporte un 13e titre de champion entraîneur, portant son total à plus de 1 600 victoires à Hong Kong. Cette saison seulement, ses pensionnaires ont généré plus de 17 millions d’euros de gains, preuve de sa régularité au sommet. 
Côté jockeys, Zac Purton a tout simplement réécrit l’histoire. Avec 138 victoires, il dépasse le légendaire Douglas Whyte (1 813 victoires) pour devenir le jockey le plus victorieux de tous les temps à Hong Kong (1 878 succès). Une saison exceptionnelle pour l’Australien, également leader en termes de gains, avec plus de 23 millions d’euros engrangés. Zac Purton n’est pas seulement un crack : il est désormais une légende vivante du turf asiatique.

La vitesse, reine des distances
Le galop hongkongais, c’est avant tout une affaire de vitesse, précision et stratégie. Les distances reines (1 000 mètres, 1 200 mètres, 1 400 mètres et 1 600 mètres) concentrent près de 90 % du programme. Ces parcours courts et intenses attirent en moyenne un peu plus de 12 partants par course – mais attention aux faux amis : plus il y a de chevaux, plus il y a de paris ? Faux ! À Hong Kong, la configuration des pistes et le style de course dictent l’intensité du jeu bien plus que le nombre.

La corde, un facteur clé
Sur les pistes serrées de Happy Valley et les lignes droites musclées de Sha Tin, les numéros de corde sont essentiels. Plus de 30 % des gagnants s’élancent depuis les stalles 1 à 3. 
Dans un environnement où l’espace et la vitesse sont comptés, chaque centimètre gagné dès le départ peut faire la différence.

« Avancer ou disparaître » : 
le tempo décisif

Autre spécificité hongkongaise : les courses se décantent très tôt.

Autrement dit, les attentistes sont en voie d’extinction : il faut « être là », tout le temps, tout de suite. Cela souligne une tendance nette : le galop à Hong Kong ne laisse pas de seconde chance. Le profil des chevaux capables de « voyager bien » (cruising speed + accélération) reste le graal.

Hong Kong, miroir du galop moderne
Avec sa saison bien huilée de septembre à mi-juillet, sa précision technologique, sa TRANSPARENCE exemplaire et sa dynamique commerciale, Hong Kong impose un modèle : compétitif, lisible, palpitant.