Par Jacob Pritchard-Webb
C’est le changement de rythme qui attire, tout comme de belles allocations - et de l’excellent fromage et vin ! Les passionnés d’obstacle auront peut-être remarqué, entre 2019 et mi-2024, un autre nom britannique : Nathan Howie s’est forgé une solide réputation comme jockey fiable, solide au finish. Mais depuis juillet 2024, il a fait ce que peu d’expatriés osent faire : rentrer au pays. Agé de 30 ans, Nathan Howie a connu un début de carrière discret en 2019, avant d’exploser en 2023 avec 31 victoires et plus d’un million d’euros de gains. Alors, pourquoi ce départ soudain ? Je suis allé le rencontrer chez lui près de Newmarket.
LES COURSES SONT DANS MON SANG : MA MÈRE EST PREMIER GARÇON CHEZ JOHN GODSEN
Nathan Howie
« Depuis tout petit, j’étais très sportif, mais j’en ai vite eu assez. J’ai eu un coup de cœur pour la boxe, que je pratique encore régulièrement. Mais je ne savais pas quoi faire. À 18 ans, je faisais la plonge et mon beau-père Steve m’a suggéré d’aller à la British Racing School. Les courses sont dans mon sang : ma mère est premier garçon chez John Godsen. Voir son cheval, Knockara Beau , gagner à Cheltenham pour George Charlton avec Jan Faltesek a fini de me convaincre. » Nathan Howie commence en 2014 la British Racing School de Newmarket, à 19 ans. « Je n’avais quasiment jamais monté de cheval avant ce stage. Les quatre premières semaines servent d’introduction et j’ai fait les huit supplémentaires. J’ai adoré ». Il décroche à la suite un emploi à plein temps chez Chris Wall, ironiquement ancien patron de sa mère. « J’ai adoré monter les yearlings. Je mets encore des “quarter marks” (NDRL : motifs décoratifs brossés dans le poil du cheval) sur mes chevaux – c’était une manie chez lui. J’ai monté de bons chevaux comme Mr Win . Mais celle que je montais tous les jours, c’était Mix and Mingle . Je l’ai emmenée aux 1 000 Guinées à Newmarket en 2016 – elle a fini 7, gênée dans le parcours. À l’approche de l’hiver, j’ai réalisé que je ne pourrais pas rester assez léger pour le plat. » Durant cet hiver 2016, il s’envole pour trois mois chez John Sargents et Les Bridges. « À part les réveils très tôt, c’était génial. Je montais 8 ou 9 lots par jour et finissais à 10h. J’ai appris à gérer les allures, à faire le train avec le bip sur mon casque. J’ai aussi profité de mon temps libre : les Blue Mountains, Sydney, l’opéra… » Mais malgré le soleil australien, l’Angleterre lui manque. À son retour, il retente sa chance pour le plat et commence chez John Gosden en février 2018. « J’étais super heureux. Monter Stradivarius lors d’un de ses premiers canters seul, c’était incroyable. J’ai aussi monté Enable et Roaring Lion certains dimanches. Rien que de pouvoir dire que j’ai monté ces chevaux-là, j’en suis fier. Le salaire était bon, mais je voulais courir et j’avais la problématique de mon poids. »
Changement de cap
Direction l’obstacle, un vrai saut dans l’inconnu. « Je n’avais quasiment jamais sauté. Chez Tom George, je voyageais beaucoup, j’adorais ça – le Grand National avec Singlefarmpayment (8), c’était inoubliable. Vivre dans les Cotswolds, courir, faire du vélo, c’était une qualité de vie incroyable. » Direction la France ensuite, dans l’écurie de François-Marie Cottin. « À la base, c’était pour apprendre à sauter. Je ne sais pas comment j’ai atterri chez monsieur Cottin, mais il a été génial. Il parlait anglais, ce qui m’a sauvé. J’étais nul en saut. Je montais trop long, je n’aidais pas le cheval. Mais il m’a tout de suite fait monter. » Cinq semaines après son arrivée, il dispute sa première course à Dieppe, sur Fée du Bosc . « Je me souviens à peine de la course, c’est allé si vite. Un jockey m’a engueulé en français, je n’ai rien compris. Mais j’étais trop content pour que ça m’atteigne. Sur le retour, François-Marie Cottin m’a appelé pour me proposer un poste à temps plein. » Il y reste un an, avec 25 montes et une 3 place sur Dolly Light , avant de rencontrer Mickaël Seror : « Je n’avais plus trop envie de courir, je manquais de confiance. Mais Mickaël m’a poussé. Un an après ma dernière course, j’ai couru un réclamer en selle sur Anny Glory à Compiègne. Zéro pression, elle restait sur deux mauvaises perfs. Elle a gagné, c’était irréel. »
J’AI AUSSI MONTÉ ENABLE ET ROARING LION CERTAINS DIMANCHES
Nathan Howie
Le mal du pays
Il éclate de rire en avouant avoir attendu les feux d’artifice ! « Fin 2021, j’avais 49 montes, 6 victoires, dont une à Auteuil. En 2022, 198 montes, 17 victoires. Mais 2023 a été mon année : 31 victoires » Son meilleur souvenir ? « Un Quinté avec Gold for Nizzy ,à Auteuil. Mais aussi un triplé à Cagnes : Speed de Cerisy pour David Windrif, Spes Energical pour Samuel Sutton, et Great Feeling . Cette dernière, c’était ma plus belle monte. Je dois aussi beaucoup à Alexis Acker. » 58 victoires en tout à mi-2024, mais une mauvaise chute sur Kiroga lui fracture la jambe et l’oblige à réfléchir. « Tout ne dure pas. J’étais un peu aigri, ma famille me manquait. J’ai entamé ma convalescence en France, mais j’ai compris que je voulais rentrer. » Il trouve une place chez James Owen, en parallèle d’un cursus en kiné, rééducation et coaching sportif. « Je montais de bons chevaux et j’ai redemandé une licence. James m’a laissé monter Star Legend à Worcester et Stratford – deux 3 places. C’était super de recourir. » Et la suite ? « Pas de plan précis. Monter quelques courses pour James cet hiver tout en étudiant, et on verra. Peut-être que je retournerai en France un jour. »