Le Chef N°11 Août 2025 | Equicer

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DEVENIR ENTRAÎNEUR : LE RÊVE D’UNE VIE, UN DÉFI AU QUOTIDIEN

Dans l’ombre des grands noms du galop, une nouvelle génération d’entraîneurs tente de faire sa place. Avec des moyens limités mais beaucoup d’envie, ces jeunes professionnels apprennent à naviguer entre rêves et réalité économique. « J’ai signé mon premier gagnant en Province. Ce n’était pas ParisLongchamp, mais j’ai pleuré. » Cela fait deux ans que ce jeune entraîneur a obtenu sa licence publique. Comme lui, ils sont nombreux à avoir choisi le galop, mais derrière l’image rêvée de l’entraîneur talentueux, se cache une réalité beaucoup plus complexe. D’après une enquête menée au printemps 2025 auprès d’une population d’entraîneurs de galop, la jeune génération installée depuis moins de 3 ans débute en moyenne avec 12 chevaux et l’espoir d’une croissance rapide. Pourtant, la plupart peinent à franchir les 3 premières années, freinés par un accès complexe à la clientèle, un manque de main-d’œuvre, et une gestion de trésorerie parfois tendue, d’après leurs réponses. Si 88 % des entraîneurs interrogés savent où ils veulent s’installer au moment où ils passent la licence, ils ne sont qu’un sur trois à souhaiter s’installer à Chantilly, en raison d’attaches familiales en province ou une crainte d’un coût de la vie ou de fonctionnement trop élevé. Ce choix impactera durablement la stratégie entrepreneuriale. En moyenne, en France, un jeune entraîneur passe de 12 à 26 chevaux en trois ans, sur Chantilly les moyennes sont plutôt de 13 à 35 chevaux. Au-delà de l’entraînement pur, c’est la gestion d’entreprise qui prend vite le dessus. « Tu veux juste t’occuper de tes chevaux. Mais tu deviens recruteur, comptable, commercial, communiquant. » Beaucoup regrettent le manque d’aide au démarrage. Certains évoquent un véritable choc. Malgré la passion, les témoignages pointent la précarité des débuts : des revenus faibles, des prix de pension tirés vers le bas au détriment de la rentabilité et au risque de fragiliser un marché déjà en tension. Pour pérenniser l’activité courses sur l’Aire Cantilienne, un projet est à l’étude : une pépinière d’entraîneurs, pensée comme un écosystème de lancement pour les jeunes pros. Infrastructures mutualisées innovantes, accompagnements multiples sur les aspects à la fois managériaux et techniques. L’idée fait mouche : 86 % des entraîneurs qui envisageaient Chantilly se disent intéressés par ce dispositif. Dans un contexte sociétal où les jeunes entraîneurs voient le bien-être animal comme une priorité, se pose également la question de la pérennité du métier. Délicat équilibre entre passion et rentabilité, cette activité attire encore, mais il devient urgent de penser de nouveaux modèles. Sinon, demain, qui entraînera les chevaux de galop ?

L’étude du projet de pépinière est une commande de la Communauté de Communes de l’Aire Cantilienne, de France Galop et de l’Association des entraîneurs de Galop, avec les consultants : Horse Development, Cerfrance PNS, Architracks.