
Par Mélodie Janvier
Jean-Pierre Dubois, c’est d’abord une longévité exceptionnelle. Il a débuté en compétition à l’âge de 13 ans, au milieu des années 50, avant d’être auréolé d’un premier titre, celui de meilleur apprenti de France. Mais c’est dans les années 1970-80 qu’il devient une figure incontournable, en remportant un premier Prix d’Amérique à 39 ans au sulky d’High Echelon. Le pilote avait su se faire oublier dans le parcours pour venir toiser ses rivaux aux abords du poteau. Une tactique qui sera très souvent employée par le driver.
S’il remporte son premier Prix d’Amérique à l’aube de la quarantaine, Jean-Pierre Dubois n’attendra pas si longtemps pour s’installer à son compte. À tout juste 18 ans, en 1958, celui que l’on appellera plus tard le « chef » s’installe en tant qu’entraîneur au Haras de la Beauvoisinère, à Echauffour, dans l’Orne. Sous cette casquette, il remportera à nouveau le Prix d’Amérique, en 1982, avec Hymour. Une victoire éclatante, et pourtant, le cheval avait connu divers entraîneurs auparavant et des performances en demi-teinte. Cette même année, comme metteur au point, il remportera 49 courses pour un total de 406 partants. Un nombre de victoires qu’il ne cessera de dépasser jusqu’en 2005, chaque année, exception faite des années 1997 et 2001. Preuve d’une longévité rare et d’une régularité indéniable, l’entraîneur a franchi la barre du million d’euros de gains, quasiment chaque année, de 1987 à 2007 ! Ce sont 16 années à 60 victoires ou plus, et 18 à passer la barre du million d’euro. La meilleure année, aura, sans conteste été 1993 et la barre des trois millions d’euros franchit.
Pour atteindre de tels résultats, il faut inévitablement une lourde cavalerie. Contrairement à une majorité d’entraîneurs, les cracks sont peut-être plus nombreux que les chevaux plus modestes dans les boxes de Jean-Pierre Dubois.
SI ON SE RÉFÈRE AUX « PLUS BELLES PERFORMANCES » SUR LE SITE DU TROT, DEPUIS 1992, JEAN-PIERRE DUBOIS A REMPORTÉ 128 VICTOIRES DE GROUPE 1, 2 OU 3… !
Des cracks venus d’ailleurs
L’œil d’éleveur de Jean-Pierre Dubois lui a permis d’entraîner des cracks dont il est lui-même à l’origine, mais il a aussi su être un fin acheteur, pour son propre compte ou pour celui de propriétaire. Début des années 90, c’est tout d’abord Vasquez, élevé par Camille Pottier, qui lui fera connaître à nouveau les joies des victoires au plus haut niveau, en 1990. Puis viendra l’heure de la « grande » Bahama, que Monsieur Dubois achètera au Comte De Bellaigue, et se révélera être une véritable championne en piste (voir par ailleurs). Mais Bahama ne sera pas l’unique achat judicieux auprès du Comte, puisque quelques années plus tard, Ganymède, fils de Buvetier d’Aunou, ne pouvait intégrer un autre effectif que celui de Jean-Pierre Dubois. Un compte en banque avoisinant les 800 000 €, trois Groupes 1 au compteur dont deux en Scandinavie, et tête de liste des étalons en 2008 et 2014. Voilà ce qui s’appelle avoir l’œil !
Made in Dubois
On connait tous l’adage qui dit « On n’est jamais si bien servi que par soi-même ». Ce n’est certainement pas Jean-Pierre Dubois qui dira le contraire. Outre les cracks issus de Nesmile, Armbro Glamour ou encore Tahitienne, issue de l’ouverture du stud-book (lire par ailleurs), ce sont loin d’être les seuls que le « chef » a élevé et façonné. Si on commence par ordre chronologique à partir des années 1990 comme plus haut, le tour d’horizon débute avec And Arifant, qui bien que n’ayant pas remporté de Groupe 1, se révèlera être, lui aussi, un remarquable reproducteur. Viendra ensuite Camino, dont la mère était une fille d’Hymour, vainqueur de sa première course sur le modeste hippodrome de Moulins-la-Marche avant de vaincre au plus haut niveau et notamment à l’étranger. On poursuit avec Esotico Star, descendant de la lignée mâle de Speedy Crown à travers son père Tarassa Boulba, qui se classera deuxième du convoité Critérium des Jeunes. Puis Extreme Dream, seulement évoqué, par ailleurs, comme le père de mère de Ready Cash, mais qui fut aussi vainqueur d’un Critérium, celui des 4 Ans. Fortuna Fant, fils de l’étalon maison And Arifant, qui apportera, une fois encore, un nouveau Critérium à Monsieur Dubois, celui des Jeunes. Goetmals Wood, crack en piste et incontournable au Haras, (lire par ailleurs), Hermès du Buisson, qui prendra la suite d’une liste si nombreuse de lauréats de Critérium, en s’emparant du « Continental », Island Dream, premier produit de Coktail Jet à franchir le poteau en tête dans un Groupe 1, In Love With You, deuxième d’un Critérium des 3 Ans derrière un certain Install – fils, lui, de… Buvetier d’Aunou, qui n’est autre que « l’oncle » du premier cité ! Juliano Star, tiens, encore un produit de Buvetier d’Aunou, à lui aussi apporté sa pierre à l’édifice en faisant sien le Critérium des Jeunes 2000. L’année suivante, Kaisy Dream, qui, comme son nom l’évoque, est un fils d’Extreme Dream, amassera la coquette somme de 1,012 million d’euros et remportera notamment le Prix de Sélection. Vous pensez que c’est fini ? Qu’à cela ne tienne, on est encore loin du compte ! Viens ensuite le grand Love You, aussi imposant par son palmarès que par son physique (lire par ailleurs).
Les femelles ont souvent apporté de grandes satisfactions à Jean-Pierre Dubois, tant à l’élevage qu’en compétition, ce qui est le cas de Mahana, détentrice de trois Groupe 1 et dont la mère n’est autre que la sœur de Goetmals Wood. Mara Bourbon (And Arifant et Etta Extra) et sa sœur Qualita Bourbon, toutes deux ayant passé la barre symbolique du million €, toutes deux Classiques, et qui auront mis en lumière la réussite du tandem Dubois/Engelke et celle d’un élevage hors-pair, celui des « bourbon ».
Si l’on regarde bien, depuis 1992 jusqu’en 2007 (date à laquelle Jean-Pierre Dubois a cessé d’entraîner durant 5 ans), il ne s’est pas écoulé une année sans qu’il n’ait entraîné un cheval qui soit au moins lauréat de Groupe 2 ! Soit 15 années consécutives à amasser les plus prestigieux succès en tant qu’entraîneur. Mais quid du driver Jean-Pierre Dubois.
Monsieur Dubois : le pilote
On le sait, Jean-Pierre Dubois adore driver, dès lors, il fut associé à bon nombre de victoires de ses pensionnaires, et tout particulièrement pour les courses de Groupe. Si l’on se base sur les mêmes dates que celles prises en tant qu’entraineur, de 1987 à 2007, seul en 1997 le « chef » n’est pas parvenu à franchir le million d’euros de gains, et pourtant, il comptabilisait 47 succès en tant que pilote cette année-là pour seulement 197 partants. Si l’on remonte jusqu’en 1982, date à laquelle la base de données du Trot s’arrête, 1990 aura été l’année la plus prolifique, avec 70 victoires au compteur, soit une victoire toutes les quatre courses, à une époque où l’on ne courait bien évidemment pas autant que maintenant. Mais au-delà des victoires « globales », qui dépassent tout de même les 2 400 succès, c’est surtout le nombre de victoires de Groupe qui est remarquable. Si on se réfère aux « plus belles performances » sur le site du trot, qui remonte de manière sûre pour ce type de courses jusqu’en 1992, Jean-Pierre Dubois a remporté 128 victoires de Groupe 1, 2 ou 3… !
Que ce soit comme éleveur, entraineur, propriétaire ou driver, Jean-Pierre Dubois a marqué de son empreinte l’univers des courses en France, qu’il s’agisse de trot ou de galop. Un palmarès qui pourtant, n’aura jamais changé l’état d’esprit du « chef », dont la modestie n’a d’égale que la réussite.