À LA UNE resté dehors, dans le public. Il a été le premier à féliciter le jockey de Kotkijet, Thierry Majorcryk, sur la piste. Daniel Wildenstein, lui, était en haut, dans l’ espace réservé aux propriétaires. Il était déjà malade, son médecin l’ accompagnait, c’ était, pour l’ anecdote, le père du comédien Michel Boujenah. Après la victoire, Daniel Wildenstein était si ému qu’ il ne s’ est pas senti bien, il était secoué. Le Dr Boujenah m’ a suggéré de descendre avec Sylvia, l’ épouse de M. Wildenstein, pendant qu’ il s’ occupait de lui. J’ ai donc accompagné Sylvia pour la remise des prix. Puis M. Wildenstein a récupéré un peu, Jean- Pierre Dubois est monté le féliciter. Ils avaient réalisé leur rêve! Daniel Wildenstein ne buvait pas de Champagne mais a trempé les lèvres dans sa coupe par courtoisie. Ce jour-là, M. Wildenstein est resté à Auteuil jusqu’ à la dernière course, ce qu’ il faisait rarement. À la fin de la journée il m’ a dit: « J’ ai une mauvaise nouvelle pour vous: M. Viel a attendu cinquante ans avant de remporter le Prix d’ Amérique, il l’ a gagné et est mort trois mois après. Moi j’ ai vécu aujourd’ hui le rêve de ma vie, alors vous allez bientôt perdre un très gros client! » M. Wildenstein est mort en octobre, cinq mois après le premier Grand Steeple de Kotkijet.
G. Votre partenariat avec Jean-Pierre Dubois a-t-il cessé à la mort de votre client commun?
F. S. Non, car il y a eu ensuite la période américaine de Jean-Pierre Dubois. C’ est un aventurier et un pionnier! C’ était un coup de génie que d’ envoyer des trotteuses se faire saillir aux USA. Jean-Pierre voulait conquérir les États-Unis. Il s’ est installé dans le New Jersey, où il y avait un bon programme pour les trotteurs, mais sans grande réussite, car pour bien faire il aurait dû, je pense, être sur place à plein temps. Puis nous sommes allés acheter des pur-sang à Lexington, on s’ est associé sur des poulinières. On a aussi voyagé à Dubaï, Abu Dhabi... Ce n’ était jamais de tout repos avec toujours des challenges!
G. Après toutes ces aventures vous liant à Jean-Pierre Dubois, quel est votre regard sur cet homme?
F. S. C’ est le plus gros travailleur que j’ aie vu de ma vie, ses journées débutent à cinq heures du matin et s’ étirent jusqu’ à la nuit. Il passe sa vie dans les avions et ne se plaint jamais, pourtant je sais qu’ il craint le froid et aime le soleil! Il a un instinct très sûr: lorsqu’ il voit passer un cheval devant lui il sent s’ il est bon. Il faut dire qu’ il a débuté très jeune et a soixante-dix ans de passion derrière lui. Il est extrêmement curieux. Lorsqu’ il arrive dans un haras, le premier endroit qu’ il va visiter est la graineterie, car il pense que l’ alimentation des chevaux est une donnée fondamentale. Jean-Pierre Dubois est un homme particulièrement gentil et fidèle en amitié. Quand il tape dans la main cela vaut mieux qu’ un papier signé. On ne rencontre un type comme ça qu’ une fois dans sa vie. Il aurait pu être acteur de cinéma! Ça a été une chance inouïe de travailler avec lui durant près de vingt ans.
* Daniel Wildenstein a gagné le Prix de l’ Arc de Triomphe en 1972 avec Allez France, en 1983 avec All Along et 1984 avec Sagace. La casaque Wildenstein remporta aussi l’ Arc 1997 grâce à Peintre Célèbre
77 # 11