Le Chef N°11 Août 2025 | Page 49

À LA UNE
De gauche à droite: Étienne, Jean-Étienne, Jean-Pierre, Jean-Philippe et Julien Dubois © APRH
G. Comment calcule-t-on cela? J-P. D. Le modèle, déjà. On avait de grandes juments, il nous fallait des petits chevaux. Rapides, précoces.
G. Vous avez une réputation de risque-tout … J-P. D. J’ ai mal dormi des fois, mais je n’ ai jamais eu très peur.
G. Êtes-vous croyant? J-P. D. Très croyant. Je remercie le ciel tous les jours pour ma famille, la santé. Je touche du bois. Il existe certainement quelque chose. Je m’ intéresse à toutes les religions. Ce qui me fait beaucoup de peine, c’ est de voir des gens malheureux dans la rue.
G. Quelles rencontres ont marqué votre carrière?
J-P. D. Plein! Difficile d’ en citer quelques-unes. En France, au galop, j’ ai rencontré Alec Head malheureusement trop tard. Un grand homme de cheval qui aimait trotter les chevaux. Plein d’ autres.
G. Et votre grand copain Pierre-Désiré Allaire? J-P. D. Nos maisons se touchaient. Avant la Normandie, j’ allais dans leur cour. C’ était un génie. Un connaisseur incroyable. Un tel marchand de chevaux. On ne lui arrivait pas à la cheville. J’ ai beaucoup d’ admiration pour son fils Philippe aussi.
G. Comment avez-vous choisi votre casaque? J-P. D. J’ ai pris les couleurs de ma grand-mère. Elle aimait De Gaulle, j’ ai mis la Croix de Lorraine( rires).
G. Pendant tout ce temps, vous gardiez un œil sur le galop?
J-P. D. Oui, j’ ai toujours eu quelques galopeurs, des petits chevaux. Jean-Philippe a monté à Longchamp, a gagné à Auteuil. Quand il était jeune, on allait le dernier jour à Deauville et on achetait toujours un ou deux chevaux « pas chers ». Un coup, j’ en achète un à Jean Gabin. En sortant, il riait et est venu me voir en me disant: « Tu veux l’ atteler celui-là ou quoi? » Mais on a gagné avec! Une bonne jument qui s’ appelait Switch Line.
G. Quand vous passez au galop, quel était votre objectif?
J-P. D. Il fallait être fou. Normalement, on n’ avait aucune chance. Quand il y avait un Wertheimer & Frère, on était souvent deuxième. Mais content d’ être battus( rires).
G. Monsieur Wildenstein, une rencontre décisive?
J-P. D. Ah oui. Ici, c’ est lui qui a acheté et on s’ est organisé ensuite. Il avait essayé trois fois au trot sans succès. Je lui ai dit: « On va peut-être réessayer un coup, mais peut-être que vous n’ êtes pas chanceux ». Il l’ avait mal pris( rires). Ça a marché tout de suite. Il fallait bien lui expliquer les choses parce qu’ il ne plaisantait pas. C’ est incroyable, mais il savait presque déjà ce qu’ on s’ apprêtait à lui raconter. Il n’ avait jamais gagné le grand-steeple. « C’ est parce qu’ on n’ a pas eu de chevaux tous les deux », ai-je plaisanté. Il a ri et à la fin du repas, il a dit: « Il faut essayer, parce que les idiots, parfois, ils ont de la chance »( rires). On a acheté dix chevaux chez Montesson. Dedans, il y avait Kotkijet.
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