G. Racontez-nous le jour de son succès dans le Grand Steeple-Chase de Paris
J-P. D. J’ avais peur, car Monsieur Wildenstein était superstitieux. S’ il ne gagnait pas, il ne voulait plus que la personne qui était à côté de lui l’ accompagne. J’ ai regardé la course de l’ autre côté d’ Auteuil, sur ma voiture et quand Kotkijet a gagné, je me suis dépêché d’ aller lui dire bravo.
G. Quels étalons et poulinières retiendrez-vous?
J-P. D. Les premières poulinières. Celles qui m’ ont permis de réinvestir et de continuer.
G. Ce qu’ on a pu dire de vous en moins bons termes, ça vous chagrine?
J-P. D. Non. Je m’ en fiche. Chacun ses idées, ses opinions.
G. Les histoires de dopage? J-P. D. Ça, ça m’ a chagriné … Surtout qu’ à la fin, y’ avait rien. Ça ne plaisantait pas: un avion a été envoyé à Genève dans la journée pour refaire des analyses au laboratoire humain, là où il n’ y avait pas d’ erreur. Et y’ avait rien. J’ ai toujours essayé de soigner au mieux.
G. Quel regard portez-vous sur la baisse des enjeux?
J-P. D. Il faudrait qu’ au PMU il y ait des gens qui connaissent bien le jeu, des grands joueurs.
G. La famille Dubois: une sacrée saga? J-P. D. J’ ai la chance qu’ ils soient passionnés, mais ils n’ avaient pas trop le choix. Il fallait qu’ ils m’ aident. Ils étaient tous au boulot très jeunes. C’ est des mecs bien, courageux, passionnés. On ne peut pas appeler ça un clan, mais on s’ aide tous. C’ est notre vie.
G. Votre premier Prix d’ Amérique avec High Echelon en 1979, un moment unique?
J-P. D. Ah oui. L’ anecdote, c’ est que mon père était en Argentine à l’ époque. À l’ aéroport, il croise un gars qui parle français et lui dit: « Vous devriez acheter un trotteur, allez voir mon fils ». C’ était le comte de Senneville, un grand monsieur de la musique, compositeur pour Polnareff, etc. Son premier achat n’ a pas été bon. Il m’ a dit: « J’ ai tout réussi dans ma vie, alors il faut en racheter un autre ». L’ autre, c’ était High Echelon.
G. Pour faire un bon cheval, la mère est primordiale?
J-P. D. L’ étalon compte aussi. Quand vous faites saillir une jument à plusieurs étalons et que vous changez d’ un coup et qu’ elle en fait un bon. Les gens qui font le boulot autour comptent beaucoup aussi. Ça tient à peu de chose de rater un bon cheval.
G. Vous êtes un bon vivant? J-P. D. Oui, j’ aime passer de bons moments avec les copains. Rire, c’ est la santé.
G. Comment voyez-vous la suite? J-P. D. Je vais peut-être aller me promener. J’ aime bien l’ Amérique du Sud, je vais aller voir les courses de galop là-bas. J’ ai envie de voir comment ils élèvent au Chili.
G. Encore les chevaux: vous ne faîtes jamais autre chose?
J-P. D. J’ ai essayé d’ aller en vacances, je suis resté deux jours. Ma femme était folle. Se baigner toute la journée, au bout d’ un moment ça va. Mais j’ aime bien le soleil et la mer. Un copain voulait m’ emmener en croisière. L’ année prochaine, s’ il me réinvite, je pars.
G. Jean-Pierre Dubois ou l’ éloge de la simplicité?
J-P. D. Ça vient de ma jeunesse. À une époque, ma maman n’ avait pas trop d’ argent pour aller faire les commissions, ça marque une vie. Quand on est monté à Vincennes avec mon père, on a fait premier et deuxième. Alors on a voulu rester. Mais tous les boxes étaient plein, sauf un établissement qui prenait l’ eau. On a mis des bâches et on a dormi dans la sellerie tout l’ hiver. Mais on était heureux. On gagnait une course, maman pouvait faire des commissions. Le jour où j’ ai pu avoir une vieille baraque, j’ étais heureux. Se sentir dans son lit, chez soi, c’ est un truc incroyable.
G. Vous avez beaucoup manqué enfant? J-P. D. On n’ avait pas l’ électricité. On allait au puits. On avait le plus vilain camion, mais mon père disait: « Il n’ y a qu’ une chose qui compte, c’ est ce qu’ on a dedans ».
G. Une éducation stricte, mais beaucoup de respect pour vos parents …
J-P. D. Ils ont eu beaucoup de mérite. Ils y croyaient. Mon père était une force de la nature. Il pouvait être au boulot jour et nuit. Il est mort de bonne heure. J’ ai eu la chance d’ avoir des parents formidables. Et d’ hériter de leur santé. Ma mère est morte à 96 ans.
G. Si tout était à refaire?
J-P. D. On n’ est pas plus heureux quand on nait avec beaucoup d’ argent dans la poche. Ce n’ est pas les mêmes émotions, ni le même plaisir. Si la question se posait, je voudrais recommencer la même vie. Je me suis bien amusé.
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