Le Chef N°11 Août 2025 | Página 56

JEAN-PIERRE DIT TOUJOURS: « L’ ÉCOLE, C’ EST LE GRAND REGRET DE MA VIE ». MAIS IL EST TELLEMENT PLUS INTELLIGENT QUE CERTAINS GENS BARDÉS DE DIPLÔMES

Alain Pagès
G. Un sacré personnage aussi … A. P. Une force de travail, une habilité, une connaissance … On n’ est pas près de revoir un tel homme. Il ne sait pas s’ arrêter. Chez lui, on mange un bout de fromage et on va voir les poulains. Quand il ne connaît pas, il vous teste. C’ est quelqu’ un de redoutable, très blagueur, excessivement diplomate, avec un charme fou. Il sait vite à qui il a affaire. Jean-Pierre dit toujours: « L’ école, c’ est le grand regret de ma vie ». Mais il est tellement plus intelligent que certains gens bardés de diplômes.
G. On dit que c’ est le plus gros propriétaire terrien de l’ Orne, est-ce vrai?
A. P. Avant la Révolution, le marquisat de Nonant comprenait 35 seigneuries. J’ aime lui dire en plaisantant: « Vous êtes le nouveau marquis de Nonant. Vous avez reconstitué ce patrimoine hippique. De Montaigu à Echauffour, la vallée vous appartient ». Et je passe sur ses propriétés au Canada, aux États-Unis, en Australie … Malgré les grandes fortunes, le Qatar, Dubaï, je suis formel: on ne retrouvera jamais ça.
G. Comment fait-il pour s’ y retrouver? A. P. Il travaille comme un mercenaire. Il n’ a pas d’ horaire, a l’ œil sur tout, il vous embarque, toujours avec autodérision. Il fait son foin, son blé, il a une santé d’ acier. Une force colossale! Il s’ adapte à tout. Quand ils construisaient l’ autoroute du sud, il trottait ses chevaux sur le chantier. Il achète des propriétés dont personne ne veut et les transforme.
G. Son fameux côté visionnaire … A. P. C’ est un risque-tout. Rien ne lui fait peur. Aux États-Unis, il a acheté des saillies pour des juments sélectionnées sur un modèle sans un sou en poche. Il est parti avec une valise vide.
G. Peut-on parler de clan Dubois? A. P. La galaxie Dubois, c’ est une famille de pionniers qui a bousculé la race française. Une exception familiale sur deux siècles de courses. Un soir, Jean-Pierre me dit: « Je n’ ai pas réussi ma vie, je ne sais même pas d’ où je viens. Aucun papier, tout a brûlé ». Moi qui suis passionné de généalogie, j’ ai remonté ses origines jusqu’ en 1830. Et mieux compris pourquoi c’ est le roi du business: ses aïeux faisaient du cochon de père en fils. Ce sens du commerce, il l’ a insufflé à ses descendants. Louis( Baudron), c’ est le parfait prototype de son grand-père. Jean-Pierre dit: « J’ ai pas tout fait bien ». Il a beau dire qu’ il n’ a pas été un bon père, ses enfants et ses petits-enfants, c’ est sa fierté. Il les observe beaucoup.
G. Une légende qui dépasse la France … A. P. Jean-Pierre est chez lui en Italie. C’ est un Européen avant l’ heure. Au Canada, si vous dites que vous le connaissez, vous restez à manger. C’ est une star internationale. Avec un réseau incroyable.
G. Le galop: son autre grande passion? A. P. Je lui ai demandé un jour: « Jean-Pierre, vous n’ avez songé à être jockey de plat? » Il m’ a répondu: « Je le voulais, mais mon père avait choisi la voie des trotteurs ». Son grand-père était passionné de pur-sang. Ce n’ est pas un hasard s’ il en est venu aux galopeurs. Sa chance, c’ est que M. Wildenstein voulait tout gagner, aussi bien au trot qu’ au galop. Ce fut un déclic pour lui. Anecdote savoureuse au sujet de Kotkijet. M. Wildenstein a dit: « Mon entraîneur de trot se met à gagner à Auteuil ». Comme Pierre-Désiré Allaire, il pouvait gagner trot, plat, obstacles dans la même journée.
G. Sa retraite, vous y croyez? A. P. Il va arrêter le jour de la vente et repartir sur autre chose le lendemain. Il dégraisse mais il a des chevaux partout.
# 11 56