Interview Alain Pagès par Serge Okey - Mémoire vivante de l'hippisme | Página 55

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« ON N’ EST PAS PRÈS DE REVOIR UN TEL HOMME »

ALAIN PAGÈS Par Serge Okey

S’ il est bien quelqu’ un qui partage le savoir des courses avec Jean-Pierre Dubois, c’ est bien lui: Alain Pagès, ancien driver amateur et commissaire de courses, éternel conservateur du Musée du Trot à Grosbois et mémoire vivante de la chose hippique.
Galorama. Votre première rencontre avec Jean-Pierre Dubois?
Alain Pagès. Il était tout jeune et moi encore plus jeune. C’ était à Ecommoy, dans les années 50. Sa première victoire officielle. Il montait déjà de façon énergique. Son cheval s’ appelait Faon Kairos, il avait déjà du sang américain.
G. Ensemble, discutez-vous souvent du passé?
A. P. Il me dit toujours avec malice: « Vous en savez des choses ». Mais Jean-Pierre a une mémoire fabuleuse, un tel sens du détail. On peut avoir des discussions très précises sur les hommes et chevaux de l’ époque. On partage tous les deux cette mémoire.
G. Qu’ est-ce qui a fait sa réussite? A. P. C’ est un travailleur acharné, d’ une résistance exceptionnelle, élevé « à la dure » par un père qui ne lui faisait aucun cadeau. La fois où son père l’ a emmené à son premier meeting à Paris, ce fut une épopée. Il l’ a laissé à Joinville avec quatre chevaux en lui disant: « Débrouilletoi ». Il a été livré à lui-même. Je connais un gars qui a longtemps travaillé pour lui, il lui a dit: « Tu prends le camion pour ramener des chevaux d’ Allemagne, le plein est fait ». Et pour le retour, lui a demandé le gars? « Tu te débrouilles avec les Allemands ».
G. Un sacré caractère … A. P. Gamin, il avait décidé de quitter l’ école et a dit à ses parents: « Je m’ en vais ». Les gendarmes l’ ont retrouvé sur la piste. Il leur a tendu une carte d’ identité qu’ il s’ était fabriquée sur un bout de papier. À 18 ans, il dit cette fois: « Je m’ installe ». Il a quitté la maison, acheté un cheval, essayé de l’ améliorer avant de le revendre. Il achetait des chevaux compliqués. Il savait les observer. Kirty fut son premier coup de commerce. C’ est quelqu’ un de très habile.
G. Un talent précoce … A. P. Premier apprenti de France, rapidement passé pro. À 14-15 ans, il gagnait déjà à Vincennes. Il dit souvent: « J’ ai eu beaucoup de chance ». C’ est un homme de métier, qui a eu très tôt le décodeur. Il est doué!
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