Le Chef N°11 Août 2025 | Page 47

À LA UNE
• INTERVIEW •

« JE ME SUIS BIEN AMUSÉ » JEAN-PIERRE DUBOIS Par Serge Okey

Légende vivante du monde hippique, Jean-Pierre Dubois a annoncé fin juin tourner la page des courses à l’ âge de 85 ans. Un mois plus tard, il confirme et explique cette décision, qui conclut selon lui un ralentissement de son activité entamé il y a quinze ans. Sa longue carrière, ses hauts, ses bas, sa jeunesse, son ascension, ses valeurs, ses proches, ses souvenirs, ses aspirations … Dans ce grand entretien, le « chef » se livre comme rarement et comme à son habitude: avec une certaine malice, mais en toute humilité. « Un homme qui se connaît bien est nécessairement modeste », disait Lao She. Jean-Pierre Dubois se connaît très bien.
Galorama. Comment allez-vous à l’ approche de ce grand virage?
Jean-Pierre Dubois. Bien, merci. C’ est la vie. Tout s’ arrête un jour. Je n’ ai jamais fait de plan sur la comète. Maintenant, il faut passer le poteau.
G. Arrêter le travail, une valeur qui vous colle tellement à la peau …
J-P. D. Dans le temps, on a travaillé. À mon âge, c’ est fini. J’ ai eu la chance d’ avoir des gens dévoués autour de moi. Les chevaux, c’ est ma passion. Je n’ étais pas capable de faire autre chose. On m’ a renvoyé de l’ école parce que j’ avais un coup au poumon. Je ne mangeais pas, je faisais 30 kilos. À 13 ans, je savais à peine écrire et compter. Une directrice m’ a pris sous son aile lors des cours du soir. Mais les chevaux, ça a été une chance pour moi. Je n’ ai jamais considéré travailler en vérité.
G. C’ est vrai qu’ enfant, vous rêviez d’ être jockey de plat?
J-P. D. Mon père a commencé avec les galopeurs, mais il n’ avait plus trop les moyens de payer les pensions. Il nous restait 2-3 trotteurs, on a continué avec ça. J’ ai toujours aimé le galop.
G. Combien de chevaux sont passés entre vos mains?
J-P. D. Aucune idée. Des copains ont essayé de les recenser, hélas j’ ai perdu tous les papiers quand ma maison a brûlé. Dommage, pour la vente, on aurait pu mettre une belle affiche des gagnants que nous avons vendus( rires).
G. Votre nombre de victoires restera un mystère …
J-P. D. Oui: 2 500 environ, mais beaucoup de petites courses. Je ne courais que les petits champs de courses quand j’ étais jeune, je n’ avais pas les bons chevaux. J’ ai eu beaucoup de chance. Surtout la santé. J’ ai plein de copains qui sont partis. Ça peut m’ arriver demain, on ne sait pas.
G. Une légende dit que votre premier cheval, vous l’ auriez attelé dès l’ âge de cinq ans...
J-P. D. Non … Quand tu montes à 7-8 ans tout seul, c’ est déjà bien. Ma première jument, pour la brider, je l’ attachais à la barrière. Et comme elle était brave, elle ne bougeait pas. Les routes n’ étaient pas goudronnées, on pouvait se promener.
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