PÉDAGO
Fin avril 2013: un foal bai arrive au haras de la Cour du Chasseur en Normandie, après un long voyage depuis Paray-le-Monial. Sa mère, Quarvine du Seuil, prise de coliques la veille, n’ a pu être sauvée. Le petit n’ a que quinze jours. Il est en bonne santé mais totalement désorienté, comme hébété en descendant du camion. Bénédicte Barrier le prend immédiatement en charge: pesée – sur une balance initialement destinée aux cochons, biberon puis visite vétérinaire comprenant une prise de sang et un test afin de mesurer son immunité. Une jument adoptante déjà en lactation attend ce petit AQPS. Charge à elle de le nourrir et, mission tout aussi importante, de faire son éducation afin qu’ il devienne un cheval bien inséré dans la société équine. Cette trotteuse n’ a pas démérité puisque son fils adoptif est devenu... Défi du Seuil, vainqueur de 7 Groupe 1 dont le JCB Triumph Hurdle de Cheltenham! Bénédicte Barrier et son mari Patrice ont commencé à recevoir des poulains en 2004, après une première carrière dans l’ armée. Elle était électromécanicienne sur des hélicoptères, lui officier de marine!
Le conseil de Bénédicte Barrier:
Les éleveurs devraient toujours avoir un seau de lait en poudre pour poulains en réserve, en cas de coup dur!
« Cela s’ est fait par un concours de circonstances, raconte Bénédicte. Nous avions déjà un élevage de chevaux de saut d’ obstacles et la société Equitechnic nous a proposé de reprendre en liaison avec eux l’ activité d’ adoption qu’ ils menaient auparavant avec un autre prestataire. Les premières années ont été compliquées car il a fallu trouver les bonnes juments, et pour cela on en a testé beaucoup.» Ces adoptantes appartiennent à Equitechnic, qui a plusieurs centaines de femelles destinées en première intention aux transferts d’ embryons. 70 d’ entre elles vivent à l’ année au haras de la Cour du Chasseur. Ce sont en grande majorité des trotteuses et quelques juments de selle. La gentillesse fait partie des critères de sélection: « Nous devons pouvoir les manipuler et notamment toucher leurs mamelles sans prendre de mauvais coups », explique Bénédicte. Elles doivent aussi avoir déjà pouliné et bien réagir au traitement médicamenteux destiné à provoquer la lactation. Les nourrices ne sont en effet pas saillies et leur lactation est induite. L’ avantage est de pouvoir disposer en permanence de juments prêtes à recevoir un orphelin et de ne pas avoir à les séparer de leur poulain biologique au profit d’ un autre. Mais le traitement n’ est pas efficace sur toutes les juments et son effet peut s’ atténuer au fil des ans. Le haras de la Cour du Chasseur reçoit environ 60 % de poulains galopeurs, 35 % de chevaux de sports équestres et quelques trotteurs.
•••
143 # 17