Au cœur du ring N°17 Mars 2026 | Cheval

CHEVAL

FOREVER YOUNG

LA GENÈSE D’ UN CHAMPION

Par Loïc Stecher Chocron

Même Bob Baffert le dit: Forever Young (Real Steel) est trop fort. Et le maître-entraîneur sait de quoi il parle, son cheval Nysos a été battu à plate couture dans l’ édition 2026 de la Saudi Cup. Le génie japonais du dirt accumule près de 30 millions de dollars de gains. Portrait de l’ un des chevaux les plus riches de l’ histoire des courses.

29 358 590 dollars américains, c’ est la somme faramineuse des gains de Forever Young! Qui aurait pu imaginer un jour qu’ un cheval de course atteigne ces sommets? Outre l’ aspect financier, il y a surtout ce palmarès étourdissant: lauréat à 3 ans du Saudi Derby ainsi que de l’ UAE Derby, puis troisième du Kentucky Derby (Gr.1) avant de gagner deux Groupe 1 au Japon et de se classer troisième de la Breeders’ Cup Classic (Gr.1) à Del Mar. En 2025, année de ses 4 ans, il ne dispute que quatre courses. Son entraîneur, Yoshito Yahagi, tente de viser plus juste. Il faut dire que Forever Young a déjà beaucoup donné. Invaincu lors de son année de 2 ans, il enlève 3 courses (sur 1 800 et 1 600 mètres) dont une Listed, toujours sur le dirt, sa spécialité.

2025: la consécration

À 4 ans donc, son entraîneur le prépare pour la Saudi Cup disputée sur l’ hippodrome de King Abdulaziz. Forever Young fait mouche. Et quelle course! Les 20 millions de dollars attisent la convoitise des meilleurs chevaux du monde et notamment ceux venus de Hong Kong. De ce bout de rocher brûlant d’ Asie du Sud-Est vient Romantic Warrior. Le cheval est alors invaincu depuis 8 courses, dont plusieurs Groupe 1. La Saudi Cup 2025 s’ annonce grandiose. Forever Young et Romantic Warrior se livrent au maximum, donnent tout sur le dirt saoudien. À 50 mètres du disque final, les deux champions sont botte à botte. C’ est à ce moment que le Japonais prend le dessus et s’envole vers la gloire. Une gloire qui ne le quittera plus cette année-là. À l’ automne, Forever Young prend sa revanche dans la Breeders’ Cup Classic sur Sierra Leone. Il signe la première victoire dans la « Classic » pour un cheval entraîné au Japon. Dans la foulée, il est élu Cheval de l’ année sur le dirt au Japon ainsi qu’ aux États-Unis.

La genèse d’ un crack mondial

La question se pose alors encore: qui aurait pu imaginer un jour qu’ un cheval de course atteigne ces sommets? Et si tout cela avait été orchestré par Katsumi Yoshida, l’ éleveur de Forever Young, le maître de Northern Farm? C’ est sur les rings que se jouent les destins. Forever Young a été acheté foal pour la coquette somme de 107 800 000 yens, l’ équivalent de 850 000 dollars américains. Sa mère, Forever Darling, achetée par l’ éleveur japonais après un succès de Groupe 2 et une quatrième place de Groupe 1, a d’ abord rencontré Frankel, puis Deep Impact et Heart’s Cry. Son premier produit a plutôt bien gagné sa vie avec plus de 80 millions de yens de gains (près de 440 000 euros). En 2021, Forever Darling a donné naissance au futur Forever Young, un fils de Real Steel, descendant de la légendaire Miesque et lauréat d’ une édition de la Dubai Turf (Gr.1) avec Ryan Moore. Mais tout n’ est pas qu’ une affaire de gros sous. Remontons le temps, en septembre 2014. Nous voilà aux ventes de yearlings de Keeneland. Un marathon. Voici qu’ arrive sur le ring le lot 4 118: il s’ agit d’ une fille de Congrats, gagnant de Groupe 2, lui-même fils du champion A. P. Indy.

La mère de cette pouliche alezane, encore non nommée, a plutôt été bonne en compétition. Lauréate de Stakes, elle est aussi, et surtout, double placée de Groupe 1 et notamment des importants Frizette Stakes sur 1 600 mètres à Belmont. Achetée 8 000 dollars par des propriétaires américains, elle sera nommée Forever Darling (et deviendra la mère de Forever Young). La grand-mère de Forever Darling, Roamin Rachel, est gagnante de Groupe 1 et produira plus tard le champion Zenno Rob Roy, élu Cheval de l’ année au Japon en 2004 après son triplé de Groupe 1: Tenno Sho Autumn, Japan Cup et Arima Kinen.