Au cœur du ring N°17 Mars 2026 | Obstacle

Retour sur les meetings de Pau et Cagnes

En course, on ne regarde que rarement en arrière. Pourtant, comme dans d’ autres sports, revoir ses performances aide à progresser. Après l’ hiver, il est temps de faire le point sur les meetings d’ obstacles de Cagnes-sur-Mer et Pau.

Durant une épreuve, surtout dans notre discipline, jeter un œil derrière est rare, généralement parce que nous n’avons pas le temps, si ce n’est regarder simplement comment un cheval a sauté. Dans d’autres sports, on revient constamment sur les choses. Les équipes du Tournoi des Six Nations passent et repassent les images des matchs précédents, analysent plaquages, mêlées, touches et les raisons de la victoire ou de la défaite. Les athlètes olympiques et paralympiques d’hiver font de même afin de critiquer ou de féliciter leur performance. Un jockey devrait revoir chacune de ses montes, se demander pourquoi une faute a été commise et analyser sa technique dans une arrivée disputée. Mais, encore une fois, la roue n’attend ni homme ni femme et, après cinq montes puis cinq heures de route pour rentrer, la dernière chose dont on a envie est de penser aux courses, surtout après une mauvaise journée. Avec Auteuil qui a repris tôt à mon avis, j’ai décidé qu’il était temps de faire un bilan et de revenir sur les meetings d’obstacles de Cagnes-sur-Mer et de Pau.

Ludovic Philipperon et Mickaël Seror

À Cagnes-sur-Mer, ce fut cinq semaines avec beaucoup de partants et beaucoup de gagnants – à condition de s’appeler Ludovic Philipperon ou Mickaël Seror. Les allocations proposées, compte tenu de la qualité des chevaux, sont exceptionnelles et constituent une raison évidente pour laquelle les entraîneurs y envoient un nombre important de chevaux. Ajoutez à cela le soleil, la mer, le combo vin et fromage du Sud de la France et une sortie à Antibes qui vaut le détour le soir. Ludovic Philipperon a monté 16 gagnants – dont 15 pour Mickaël Seror, établissant un nouveau record. Une magnifique démonstration auréolée d’un triplé le 3 décembre, avant de réitérer l’exploit deux semaines plus tard, le 17, avec deux des mêmes chevaux, Kel Story et Icare du Seuil. Deux pensionnaires de l’entraîneur cantilien. Ce dernier n’a pas fait courir simplement pour le plaisir : il a aussi obtenu des résultats. Cela s’est vu plus que jamais lors de la grande finale, le 4 janvier. Bien qu’il eût déjà le titre en poche, il a présenté une équipe recomposée pour l’occasion. Non seulement ils ne l’ont pas déçu, mais ils ont honoré son audace : Djin’s a terminé deuxième de la Grande Course de Haies de Cagnes (Listed), puis Icare du Seuil a conclu une campagne enviable en enregistrant une troisième victoire consécutive dans le Grand Prix de la Ville de Nice – Bernard Sécly (Gr.3). L’hiver de Mickaël Seror ne s’est pas arrêté là, puisqu’il avait également une équipe à Pau menée par sa star du cross-country, Ici Avrilly. La jument de 8 ans avait remporté un handicap sous la monte du légendaire jockey amateur Florent Guy avant de partir pour Pau et disputer deux cross pour terminer l’hiver 2025. Troisième derrière deux stars, Hip Hop Conti et son ancien rival Saint Godefroy. Dans bien des cas, il aurait été facile de penser : « Nous n’allons pas tenter la grande face aux 3 meilleurs de la discipline », mais je vous rappelle que son entraîneur n’est autre que Mickaël Seror. Monté de manière offensive par Baptiste Le Clerc, Ici Avrilly a mené de bout en bout jusqu’aux dernières foulées, lorsque le vétéran Saint Godefroy l’a repris sur le fil, brisant le cœur de son entourage mais gagnant celui du public.

Mathieu Pitart s’est aussi octroyé plusieurs belles épreuves à Cagnes-sur-Mer. Ce fut le cas dans la Listed des 4 ans avec Isaac of York, un fils d’Ivanhowe qui ne disputait que sa troisième course. Son ancienne star, Blekolina, a renoué avec la victoire en crucifiant Djin’s dans la Grande Course de Haies à l’âge de 7 ans. La dernière Listed, le Prix Christian de l’Hermite – Grand Steeple-Chase des 4 ans, a été remportée par Gemma Invicta pour David Cottin et Johnny Charron.

Jeune garde 

L’hippodrome de bord de mer est aussi réputé pour lancer la carrière de nombreux jockeys et offrir beaucoup d’opportunités. Nicolas Gauffenic y a monté de nombreux gagnants avant de s’imposer davantage à Paris. C’est l’occasion d’affiner ses compétences, d’apprendre à dicter le rythme et à bien faire sauter des chevaux moins doués. Les deux jeunes qui ont brillé lors de la journée des champions ont été Gaëtan Champier, vainqueur avec Blekolina pour Mathieu Pitart, et Gauvain Faivre-Picon, en selle sur Icare du Seuil pour Mickaël Seror. C’était formidable de voir non seulement l’opportunité offerte à un jeune jockey comme Gaëtan Champier dans une telle course, mais aussi sa capacité à répondre présent et à faire le travail. Sa monte, bien cadencée, a permis à la jument de produire son meilleur effort à la fin et de conclure fortement. Gauvain Faivre-Picon, basé l’an dernier chez Gabriel Leenders après son retour d’une grave blessure au dos, a saisi sa chance lorsque Julien Philipperon a été arrêté. Il a fait preuve d’un excellent sang-froid. Sa monte patiente a permis à son partenaire de se poser au milieu du peloton sur 4 600 mètres sans tirer. Il a montré force et précision dans la lutte finale face à Clément Lefebvre. Si j’étais propriétaire, je n’aurais aucune inquiétude à lui confier un cheval.

Histoires paloises 

Le 18 janvier a été l’un des temps forts sur l’hippodrome du Pont-Long. La journée a débuté en fanfare lorsque le favori, Milleetunevictoire, s’est imposé de 10 longueurs pour ses débuts en steeple. Il est pour moi le jeune cheval d’Emmanuel Clayeux le plus attrayant du meeting pour le printemps. En parlant de chevaux excitants, impossible de ne pas mentionner Callisto du Nord pour le duo père-fille Philippe et Camille Peltier. Le hongre de 4 ans a enlevé une classe 1 sur les haies par 2 longueurs et demie au petit galop, sans transpirer, signant ainsi une quatrième victoire consécutive avant d’enchaîner la Grande Course de Haies des 4 ans (Listed) par 20 longueurs. Visiblement, il affectionne le terrain profond et a mérité un break, mais ne le manquez pas lors de sa prochaine sortie.

Le 18 janvier toujours, la 139e édition de la Grande Course de Haies de Pau a failli offrir une surprise lorsque Caf’conc, entraîné par la jeune Océane Ellart, a pris la tête sous la selle du jeune Arthur Duvacher. Les espoirs furent toutefois brisés dans les derniers mètres par Lovely Guy, pour Arnaud Chaillé-Chaillé et François Pamart, qui l’a dominé associé à Charlotte Prichard. Ce fut une course éprouvante pour le cheval, le jockey et les spectateurs, et l’on ne peut que compatir pour le deuxième, sans rien retirer au mérite du vainqueur qui a signé le plus beau succès de sa carrière. Le Grand Prix de Pau, lui, a véritablement créé la stupeur. Le récent vainqueur de Groupe 2 à Auteuil, Metasequoia, visait cette course. Peut-être que le long déplacement après une dure course à Paris a pesé. Si Metasequoia ne s’est pas imposé, la lutte semblait devoir opposer les deux chevaux de l’écurie de Daniela Mele, Kapaca de Thaix et Brexit. Pourtant, c’est Exupéry, du haut de ses 11 ans, qui a confirmé qu’il était un vrai stayer, sortant une performance monumentale, la meilleure de sa carrière, pour s’imposer d’une longueur et demie.

La dernière réunion de Pau a surpris certains, mais pas Patrice Quinton. Voir Saint Godefroy remporter son deuxième Grand Cross quatre ans après le premier est remarquable. La défaite de Hip Hop Conti peut s’expliquer par le terrain – et par le fait que tous les chevaux sont battus un jour ou l’autre. Emmanuel Clayeux a également remporté un autre cross lors de la réunion, terminant le meeting avec 7 victoires en 19 courses, une statistique impressionnante compte tenu de la difficulté du cross-country.

Pau et Cagnes-sur-Mer sont véritablement deux endroits merveilleux pour courir et assister aux réunions. Ils offrent drame, déchirement et joie à tous ceux qui y participent et les regardent. C’est déjà terminé et j’ai hâte que cela recommence.