ENTRAÎNEUR
Par Katherine Ford
Le Japonais a choisi d’ adopter cet accessoire quand il s’ est installé entraîneur, non pas par une passion pour la mode ou même pour cacher des soucis capillaires, mais pour une question de marketing: « Au début de ma carrière, j’ai pris la décision de porter des chapeaux afin d’ attirer l’ attention du public et de me faire connaître, car à l’ époque j’ étais totalement inconnu, » a-t-il expliqué dans une interview à Asian Racing Report. Son idée a fonctionné à la perfection. Aujourd’ hui, sur la planète courses, tout le monde reconnaît et respecte Yoshito Yahagi pour ses résultats et son look. L’ entraîneur samouraï a signé un nouvel exploit en février, remportant pour la deuxième année consécutive la Saudi Cup (Gr.1) avec son champion Forever Young. Un cheval à l’ image de son entraîneur, grand voyageur, téméraire et très populaire, surtout grâce à son succès historique dans la Breeders’ Cup Classic en novembre dernier. Après son sacre à Riyad, Yoshito Yahagi s’est exprimé : « J’avais beaucoup de pression avant la course, car il était le meilleur cheval au départ. C’est tout simplement un champion, sa réussite ne doit rien à mon entraînement. »
De Oi aux sommets internationaux
Yoshito Yahagi est quelque peu énigmatique. Flamboyant visuellement mais nuancé dans son discours, ambitieux dans ses objectifs mais les pieds fermement sur terre dans son travail. Fils d’un jockey devenu entraîneur sur l’hippodrome d’Oi, l’autre champ de courses tokyoïte, qui dépend du circuit secondaire de la NAR (National Association of Racing), Yoshito Yahagi a vite trouvé sa voie. « J’ai toujours voulu devenir entraîneur, » ; toutefois il n’a pas atteint cet objectif tout de suite. Dans les années 1980, il a passé du temps en apprentissage en Australie chez les maîtres-entraîneurs Neville Begg et Bart Cummings, et en 1990 une bourse financée par Cheikh Mohammed lui a permis de découvrir Newmarket et l’écurie Classique de Geoff Wragg. Malgré ces expériences, « la JRA (N.D.L.R. : Japan Racing Association) ne m’a pas accordé de licence pendant dix-huit ans ! » regrette Yoshito Yahagi, toujours dans Asian Racing Review. Enfin détenteur du sésame en 2004, Yoshito Yahagi est alors parti sur les chapeaux de roue. Dès 2007, il se classe onzième du tableau des meilleurs entraîneurs et depuis cette date, il a rarement été absent du top 10, et cinq fois tête de liste.
À cela, il faut ajouter toute une panoplie de « raids » réussis à l’étranger, commençant par le Dubai Turf (Real Steel) en 2016. Trois ans plus tard, la jument Lys Gracieux devient le premier cheval japonais à s’imposer dans le Cox Plate (Gr.1), un succès australien intercalé entre des victoires de prestige dans les Takarazuka Kinen (Gr.1) et Arima Kinen (Gr.1). En 2021, une autre championne, Loves Only You, permet à Yoshito Yahagi de conquérir Hong Kong, mais surtout les États-Unis. Elle fait partie des deux premières lauréates de Breeders’ Cup entraînées au pays du Soleil levant car ce jour-là, à Del Mar, Yoshito Yahagi a sellé les gagnantes de la Filly & Mare Turf et de la Distaff, tout en changeant de chapeau en cours de réunion pour rester assorti aux casaques respectives ! Encore en 2021, après avoir remporté la Japan Cup avec Contrail, il ravit le public en arrivant pour la cérémonie de fin de carrière du héros de la Triple Couronne, en costume, cravate et chapeau sur le dos du cheval !
Yoshito Yahagi ne manque pas d’humour, est certainement malicieux, mais il est loin d’être fou. Ses chevaux sont faciles à repérer à l’entraînement, habillés de la tête aux pieds en rouge et blanc, un clin d’œil à l’AS Monaco dont le professionnel serait fan à en croire un article de l’Asian Racing Review… Pourtant on notera aussi que les bandages bicolores sur les jambes en diagonale sont mis pour mieux analyser l’équilibre des foulées, tout en faisant la publicité pour l’écurie, s’il était encore nécessaire de se faire remarquer… Malgré ses années en Australie et sa présence devenue incontournable à tous les grands rendez-vous internationaux de Meydan à Del Mar, de Sha Tin à Churchill Downs, Yoshito Yahagi s’exprime rarement en anglais en public. Pourtant, ceux qui le connaissent disent qu’il n’aurait nul besoin de son traducteur. Comme si l’interprète lui servait de voile à travers lequel il observe son public et filtre ses propos. Une façon de s’amuser et de se préserver des regards braqués sur lui et son dernier champion Forever Young, élu Cheval de l’année au Japon, et le premier Japonais à remporter un Eclipse Award aux États-Unis en 2025. Avec ce cheval, Yoshito Yahagi a encore des surprises à sortir de son chapeau.
Nous, on lui tire le nôtre.