Au cœur du ring N°17 Mars 2026 | Le marché européen des ventes aux enchères

LE MARCHÉ EUROPÉEN DES VENTES AUX ENCHÈRES


IRLANDE - ANGLETERRE

De la pionnière Tattersalls à l’ ambitieuse Goffs: les maisons qui ont façonné le marché européen

ParJocelyndeMoubray

Fondée en 1766 à Londres, Tattersalls est devenue la première maison de ventes de pur-sang en Europe. De Hyde Park à Newmarket, l’ entreprise familiale a traversé crises et mutations pour s’ imposer comme l’ une des références mondiales des ventes de yearlings de sélection. Face à elle, l’ irlandaise Goffs, installée à Kill, s’ est affirmée comme l’ autre grand pôle du marché européen, portée par le dynamisme de l’ élevage irlandais et une concurrence constante sur le segment haut de gamme.


Les origines londoniennes

Tattersalls est depuis longtemps la principale maison de ventes aux enchères de pur-sang outre-Manche et, par conséquent, en Europe. L’entreprise a été fondée par Richard Tattersall, qui quitta son Lancashire natal, dans le Nord de l’Angleterre, pour tenter sa chance à Londres. Après avoir travaillé pour Beevor’s Horse Repository, puis comme régisseur de haras pour le duc de Kingston-upon-Hull, Richard Tattersall réunit un capital suffisant pour créer sa propre société en 1766 à Hyde Park, après avoir réussi à négocier un bail de 99 ans sur la propriété. The Corner, où se tenaient deux ventes par semaine, devint rapidement à la fois l’épicentre du commerce de chevaux, mais aussi un lieu de rendez-vous mondain. On y trouvait des écuries et des chenils, car des chiens et des meutes étaient également vendus, ainsi que des emplacements pour les voitures proposées aux enchères. Les installations comprenaient également deux salles spéciales réservées aux membres du Jockey Club. Le succès commercial de Richard Tattersall franchit une nouvelle étape lorsqu’il acheta, en 1779, le poulain Highflyer, alors à l’entraînement, pour 2 500 livres sterling, une somme considérable pour l’époque, équivalente à environ 380 000 livres aujourd’hui. Highflyer fut un grand cheval de course, invaincu en 12 sorties, et un étalon encore plus remarquable, treize fois tête de liste des pères en Grande-Bretagne, avec notamment 3 vainqueurs du Derby parmi sa production. Richard Tattersall se fit construire une demeure de campagne près d’Ely, baptisée Highflyer Hall, et lorsque son champion mourut en 1793, il fit graver sur son monument ces mots : « Ici repose la parfaite et belle symétrie du tant regretté Highflyer, grâce auquel et avec sa merveilleuse descendance, le célèbre Tattersall acquit une noble fortune, sans jamais en avoir honte. » Richard Tattersall transmit l’entreprise à son fils Edmund en 1793, qui la légua à son tour à son fils Somerville Tattersall. À l’expiration du bail de Hyde Park Corner, la société s’installa à Knightsbridge Green et acquit des installations à Doncaster ainsi qu’à Park Paddocks, à Newmarket, en 1869 et 1870. La dernière vente dans le centre de Londres eut lieu en 1939, mais ce n’est qu’en 1958 que les principales ventes de yearlings furent transférées de Doncaster à Newmarket.

Tattersalls sous l’ère moderne

Au début du XXe siècle, les deux haras com-merciaux les plus importants, Sledmere et Burton Agnes, étaient situés dans le Yorkshire, et les ventes de yearlings de Tattersalls se tenaient à Glasgow Paddocks, à Doncaster, à l’occasion du meeting du St. Leger. L’entrée de l’Aga Khan III sur le marché en 1921 et 1922 déclencha l’un des premiers grands booms du commerce
de chevaux de sang. George Lambton acheta pour son compte plusieurs yearlings, dont la lauréate des Queen Mary Stakes (Gr.1) Cos en 1921, puis l’année suivante les gagnants classiques Diophon et Salmon Trout, ainsi que Mumtaz Mahal, pouliche exceptionnelle elle-même et future poulinière fondatrice pour son propriétaire et sa famille. Mumtaz Mahal fut adjugée 9 100 guinéesguinées à la vente de Doncaster, soit environ 500 000 guinées en valeur 2025. Tattersalls demeure une société familiale privée et la force dominante des ventes de pur-sang en Europe. En 1985, elle reprit les ventes de Ballsbridge en Irlande, devenues Tattersalls Ireland. Ces dernières années, elle a acquis une participation dans William Inglis & Son, l’une des principales maisons de ventes australiennes de chevaux de course, ainsi que Brightwells, qui organisait des ventes à Ascot et Cheltenham. Le chiffre d’affaires de l’entreprise a évolué au rythme du marché, atteignant un sommet en 2006 avec 245 millions de guinées.

La récession mondiale de 2008 constitua un revers, et ce niveau ne fut dépassé en termes réels qu’en 2017, avec 331 millions de guinées. La période du Covid fut un autre moment difficile, et le record suivant fut établi en 2022 avec 413 millions de guinées. En 2025, le chiffre d’affaires s’élevait à 421 millions de guinées. Ces dernières années, les principales ventes de yearlings d’octobre (Book 1 et Book 2) ont représenté environ 45 % du chiffre d’affaires annuel, tandis que les ventes de décembre (yearlings, foals et chevaux d’élevage) ont compté pour environ 30 %. Les comparaisons avec les concurrents dépendent naturellement des fluctuations monétaires, mais la part de Tattersalls sur le marché européen des yearlings de sélection est restée comprise entre 50 % et 60 %. La livre sterling s’est affaiblie ces dernières années, perdant environ 20 % de sa valeur face à l’euro depuis le Brexit en 2016. Comme peu des principaux acheteurs de Tattersalls perçoivent leurs revenus en livres, cela a probablement favorisé l’entreprise. Le choix du Cheikh Mohammed d’installer les opérations de courses et d’élevage de sa famille à Newmarket a également contribué au maintien de cette domination. La société a toutefois perdu du terrain dans certains secteurs : la principale vente européenne de 2 ans à l’entraînement se tient désormais à Deauville chez ARQANA, et la vente de foals de novembre de Goffs, en Irlande, affiche un chiffre d’affaires supérieur à celui de Newmarket. Néanmoins, le cœur de l’activité demeure les ventes de yearlings de sélection. Les bouleversements politiques au Moyen-Orient projettent toujours une ombre sur le commerce des pur-sang, et pour Tattersalls en particulier se pose la question de l’avenir des intérêts de Dubaï dans la filière après Cheikh Mohammed. Mais Tattersalls a déjà traversé de nombreuses guerres, récessions et crises par le passé.

La contre-attaque irlandaise

Robert J. Goff fut nommé commissaire-
priseur officiel de l’Irish Turf Club en 1866, mais l’entreprise qui porte son nom a connu de multiples changements de structure et d’actionnariat depuis lors. Au début des années 1970, il s’agissait d’une petite société privée au bord de la faillite, qui tenait ses ventes à Ballsbridge dans des locaux appartenant à la Royal Dublin Society. Lorsque ceux-ci furent vendus à Allied Irish Banks en 1974, la maison de ventes a dû trouver une nouvelle base. Le complexe actuel de Goffs à Kill, dans le comté de Kildare, fut construit en partie grâce au soutien de John Finney, de la maison de ventes américaine Fasig-Tipton. En janvier 1975, Jonathan Irwin devint directeur général de la société, poste qu’il occupa jusqu’à son éviction par le président Michael Dargan en 1989. La première vente de yearlings organisée dans le nouveau complexe proposait notamment un fils de Northern Dancer, Be My Guest, gagnant de Groupe 2 et futur étalon tête de liste, qui établit un nouveau record européen à 127 000 guinées, soit environ 1,5 million d’euros actuels. Son Altesse l’Aga Khan devint actionnaire majoritaire en 1989 et augmenta sa participation lors de la fusion avec Doncaster Bloodstock Sales en 2007. Aujourd’hui, les principaux actionnaires de Goffs sont les Aga Khan Studs, Moyglare Stud, et son président est Henry Beeby, ancien président de Doncaster Bloodstock Sales avant la fusion.

Goffs connut un essor important au début du XXIe siècle durant les années du « Tigre celtique », avec un chiffre d’affaires record de 127 millions d’euros en 2006, soit 172 millions en valeur actuelle. Ce niveau ne fut égalé qu’en 2022 et 2023, notamment grâce à la dispersion de l’élevage de la famille Niarchos en novembre de cette année-là, un nouveau record de 184 millions d’euros ayant été établi. L’an dernier, le chiffre d’affaires s’élevait à 165 millions d’euros, dont environ 40 % provenaient de la Yearlings Orby Sale et 30 % de la vente de foals et de chevaux d’élevage de novembre. Ces dernières années, la vente Orby a représenté entre 10 et 15 % du marché européen des yearlings de sélection. Au cours des cinquante dernières années, une large part de l’activité européenne des étalons et de l’élevage commercial s’est déplacée vers l’Irlande. Toutefois, une proportion importante des meilleurs yearlings commerciaux du pays continue d’être vendue en Grande-Bretagne, dont beaucoup chez Tattersalls.


FRANCE

L’ aventure de l’ Agence française de vente de pur-sang

PierreChampion

Deauville, ce sont ses courses, bien sûr, mais ce sont ses ventes, aussi, depuis toujours, ou presque, puisque les premières à s’ y être tenues se déroulèrent en août 1887; y furent présentés une vingtaine de chevaux, à l’ initiative de Gustave Lyon. Un siècle et demi plus tard, ARQANA, qui fête ses vingt ans cette année, propose plus de 5 000 sujets à la vente, et est le deuxième organisme de vente européen en termes de résultats. L’ évolution se passe de commentaires. L’ une de ses étapes majeures fut la création, en 1968, de l’ Agence française de vente de pur-sang, qui, quatre décennies durant, n’ eut de cesse de se développer, préparant le terrain, en quelque sorte, en même temps que l’ avènement futur d’ ARQANA.


Des premiers pas décisifs

L’Agence française de vente de pur-sang fait son apparition dans ce contexte, en 1968. Un groupe d’éleveurs, parmi les plus chevronnés et réputés – Denis d’Audiffret-Pasquier, Elie de Brignac, Hubert de Catheu, Roland de Chambure, Paul Chédeville, Jean Dolbeau, Claude Guerlain, Serge Houyvet, Maurice O’Neill, Hervé Tillette de Clermont-Tonnerre, Bernard de Wildenberg et autres Alec Head –, est à l’origine de cette création. Maurice O’Neill a la stature et le profil adéquats pour être le premier président-directeur général de la nouvelle instance, non seulement en tant qu’éleveur reconnu en son Haras de Sai, à Argentan, mais aussi en tant qu’ancien officier des Haras nationaux et ancien directeur de l’UNIC (Union nationale interprofessionnelle du cheval). Au reste, les résultats ne se font guère attendre et l’Agence française – comme on l’appelle, en raccourci –, bien soutenue par ses initiateurs, devenus ses administrateurs, prend, tout de suite, le leadership des agences de ventes deauvillaises (meilleur chiffre d’affaires, meilleur prix moyen, meilleur pourcentage de vendus). À la tribune, principalement, Robert Giraudon, qui y excelle. Dès lors, l’ADECS, alors présidée par Élisabeth Couturié, l’animatrice du célèbre haras du Mesnil, va se retirer du jeu, l’année suivante, laissant seuls en lice l’Agence française et l’Office du pur-sang, dont Claude Victor-Thomas préside aux destinées, assisté de ses deux fils, Olivier et Michel. En 1979, l’Office du pur-sang sera cédé à l’agence irlandaise Goffs, souhaitant alors s’implanter en France.

L’euphorie des années 1970-1980

Pendant ce temps, l’Agence française continue de faire ses gammes et amorce sa montée en puissance. Initialement embauché pour faire les pedigrees des catalogues, puis exerçant à la tribune, aux côtés de Robert Giraudon, un certain Philippe Augier va y faire, à tout le moins, sa place. Elie de Brignac, le nouveau président de l’agence, le propulse, en 1977, à la direction générale de celle-ci. Le tandem formé par les deux hommes fait merveille, avec pour crédo l’innovation et le développement. Il faut dire que la conjoncture est favorable et qu’il fait bon surfer sur celle-ci. À la fin des années 1970, la concurrence de l’Office du pur-sang n’est plus qu’un épiphénomène. L’Agence française est en pleine expansion : de 1977 à 1985, le chiffre d’affaires et le prix moyen augmentent sans interruption. Consécutivement, de 1982 à 1985, quatre prix records sont enregistrés au cours des ventes d’été. De très bons chevaux, qui plus est, sont issus des ventes, jusqu’à une quinzaine de gagnants de Groupe 1 en cinq ans. C’est, littéralement, l’euphorie !

De concert avec
l’Agence française du trot

En 1985, Elie de Brignac disparaît brutalement. Bernard de Wildenberg lui succède et il est décidé de donner le nom du défunt président à l’établissement des ventes. En 1989, c’est Philippe Augier lui-même qui deviendra le PDG de l’Agence française. Le tournant des années 1990 ne sera pas forcément facile à prendre, avec une période de récession sur les marchés internationaux. Mais l’Agence française se console, avec une série de vainqueurs d’« Arc » provenant de ses ventes : Subotica (1992), Urban Sea (1993), Hélissio (1996). Et l’activité de rebondir dans les années qui ont suivi, de concert avec l’Agence française du trot, créée en 1986 et rapidement devenue leader européen des ventes aux enchères de trotteurs.

PASCAL ADDA « Nous étions précurseurs »

ParEmmanuelRivron

Neuf fois Cravache d’ or des gentlemen-riders, directeur marketing de la Société des steeple-chases, mais aussi présentateur du tiercé sur feu La Cinq au début des années 1990, l’ entraîneur Pascal Adda a de nombreuses cordes à son arc, puisqu’ il a également dirigé Goffs France pendant une décennie.


Galorama. Comment vous êtes-vous retrouvé à la tête de la structure Goffs France, en 1978, âgé de 25 ans seulement ?

Pascal Adda. Après ma maîtrise de gestion à Paris-Dauphine, j’ai fait des évaluations de fonds de commerce à vendre pendant un an. Cet emploi avait surtout comme avantage de me permettre de monter en course. Et c’est en allant monter à Pau que j’ai connu un peu plus les ventes aux enchères, par l’intermédiaire de Gérard de Chevigny. À vrai dire, je ne connaissais pas du tout ce secteur. J’ai alors écrit une lettre en Irlande, à Goffs, pour présenter ma candidature pour leur projet français. Un mois et demi plus tard, Olivier Victor Thomas, qui avait vendu l’Office du pur-sang à Goffs, m’a appelé pour me dire que le patron de Goffs Irlande, Jonathan Irwin, voulait me voir. J’ai cru à tort que cela faisait suite à ma lettre de candidature. Mais Olivier Victor Thomas avait entendu parler de moi par le biais de Berthold Lipskind, avocat. L’entretien prévu le jeudi s’est bien passé, et le vendredi, j’ai été embauché ! Un cocktail de présentation de l’équipe de Goffs France était même prévu le samedi matin. J’étais leur dernière chance en quelque sorte !

G. Comment se sont passés les premiers mois à la tête de cette nouvelle agence ?

P. A. C’était compliqué, mais j’ai été bien soutenu par Michel Houyvet, qui avait de l’expérience. Les capitaux provenaient de Goffs Irlande et de Fasig-Tipton. À l’époque, il restait simplement une salariée, qui avait été reprise au moment du rachat de l’Office du pur-sang. Goffs France avait juste exigé que j’arrête de monter en obstacle. Et pour cause, si je me blessais en course, la moitié de l’effectif aurait été à l’arrêt ! Pierre Charles Le Métayer, père de Bertrand, m’a également aidé en m’accompagnant à la tribune les jours de ventes. Nous devions aussi prospecter les yearlings, sans compter que la comptabilité n’était pas tenue avant notre arrivée. Il a fallu se retrousser les manches pour préparer la vente du mois d’août. Le marché des yearlings était très compliqué pour nous, car les gros vendeurs étaient tous actionnaires de l’Agence française. Autant vous dire qu’ils n’allaient pas vendre chez nous. Parmi nos clients, nous avions quelques fidèles de l’Office du pur-sang et tous les déçus de l’Agence française. Dans un premier temps, nos ventes se déroulaient à Deauville. Ensuite, la Société d’encouragement nous a fait un coup bas en louant en priorité à l’Agence française et en les obligeant à sous-louer à des prix exorbitants. Nous sommes alors allés à Clairefontaine, avec des boxes démontables.

G. Comment Goffs France a trouvé sa place dans ce contexte peu favorable ? 

P. A. Nous étions précurseurs en règle générale. Nous avons ainsi pris le créneau des chevaux à l’entraînement car, avant nous, ces vacations étaient surtout composées de chevaux à réformer. Nous organisions notamment la vente de l’Arc de Triomphe dans le manège du polo de Bagatelle, avec une clientèle internationale. C’étaient les premières ventes avec des chevaux engagés le lendemain. Parmi les réussites sportives, nous pouvons notamment citer Irish Bird, une super jument de Daniel Wildenstein, qui a ensuite donné naissance à deux étalons, Bikala et Assert, tous deux vainqueurs du Jockey Club (N.D.L.R. : en 1981 et 1982). Sanedtki, multiple gagnante de Groupe 1, était aussi passée chez Goffs France. Je me rappelle bien également la vente de la succession de François Mathet dans la rotonde du restaurant de Chantilly. Tout le monde nous prenait pour des fous, mais les chevaux rentraient par la porte vitrée et tout s’était bien passé. 

G. Qu’a apporté Goffs sur le sol français, fort de son expérience outre-Manche ?

P. A. À l’époque où Goffs est arrivé, l’acheteur payait s’il avait envie, et le vendeur était payé un an après, voire jamais. Goffs a alors mis en place la garantie de paiement en 45 jours aux vendeurs. L’Agence française avait été contrainte de trouver une solution. Pour la première fois lors de ventes en France, les spotters (crieurs) sont apparus, mais les clients n’étaient pas vraiment habitués à cela. Nous avons également développé les ventes de 2 ans montés, dont la première session avait eu lieu à Évry. 

G. Quel bilan aviez-vous tiré de ces dix années à la tête de Goffs France ? 

P. A. C’était difficile, mais très formateur. Les ventes se sont professionnalisées au cours
des années et l’effectif s’était étoffé. Trois personnes que j’avais recrutées à l’époque sont toujours là, à savoir le très doué Éric Hoyeau, Sylvain Gosselin, directeur financier, et Rosa Gresset, qui s’occupe de la partie administrative. Nous avions amené de la rigueur dans la gestion, avec très peu d’impayés, contrairement aux autres agences. J’avoue avoir été fier quand Goffs, la petite société, a racheté la grosse, l’Agence française. 

ALLEMAGNE - BBAG, vitrine de l’ élevage allemand

ParCécileAdonias

Fondée en 1984, BBAG s’ est imposée comme un acteur majeur des ventes européennes, portée notamment par l’ engagement de Karl-Dieter Ellerbracke. Chaque année, 600 à 700 chevaux défilent sur son ring, dont certains brillent au plus haut niveau mondial, symbole de la réussite de l’ élevage allemand.

Baden-Badener Auktionsgesellschaft, plus connue sous le nom de BBAG, est née de la fusion des deux sociétés historiques allemandes de ventes aux enchères en 1984. Ces dernières étaient basées à Baden-Baden et vendaient les chevaux dans le rond de présentation de l’ hippodrome. Le complexe des ventes a vu le jour en 1991 avec 80 boxes. Au fil des années, il a été agrandi pour comptabiliser 250 boxes plus l’ accès à ceux attenants à l’ hippodrome, portant le total à 400. Aujourd’ hui, ce sont environ 600 à 700 chevaux qui passent sur le ring de BBAG chaque année. BBAG est détenue par les principaux éleveurs allemands, et le comité de direction est composé de 8 membres. Le président, Karl-Dieter Ellerbracke, n’ est autre que le propriétaire et éleveur de Gestüt Auenquelle, dont la célèbre casaque jaune, noir et rouge, a été portée par le gagnant du Qatar Prix de l’ Arc de Triomphe 2021, Torquator Tasso. Karl-Dieter Ellerbracke est l’ un des éléments clés de la réussite de BBAG, comme l’ explique Klaus Eulenberger, directeur de l’ agence de ventes: « C’ est une des personnes qui ont construit la renommée internationale des ventes allemandes depuis trente ans. » Actuellement, la journée la plus importante au sein de l’ agence a lieu lors des ventes de yearlings, où les grands pays des courses sont présents.

Au fur et à mesure, la qualité de la vacation s’ est améliorée grâce aux succès européens et internationaux des chevaux élevés en Allemagne ainsi que de l’ investissement des éleveurs. Les résultats parlent d’ eux-mêmes, avec des vainqueurs des plus prestigieuses épreuves aux quatre coins de la planète: Melbourne Cup, Qatar Prix de l’ Arc de Triomphe, King George VI and Queen Elizabeth Stakes pour ne citer qu’ elles. L’ une des plus belles performances pour Klaus Eulenberger restera la victoire de Tamfana, adjugée yearling 20 000 € à Jeremy Brummitt en 2022, dans les Virgin bet Sun Chariot Stakes (Gr.1) en 2024. En effet, les chevaux allemands sont connus pour leur qualité de tenue (2 000 mètres et plus). En remportant cette course, Tamfana a permis de mettre en lumière d’ autres qualités de cet élevage. Elle sera ensuite revendue pour 2,6 millions de guinées à Michael Magnier lors de la vente de décembre Tattersalls en 2025.

Comme la plupart des agences de ventes aux enchères, BBAG s’ est introduite sur les ventes en ligne lors de la période du Covid, pour les ventes d’ août 2020. Il s’ agissait d’ une vente live (sur place et en ligne). Depuis, toutes les ventes physiques sont accessibles aux enchères en ligne et 2 ventes sont 100% en ligne: en août pour les chevaux à l’ entraînement, et en fin d’ année lors de la vente de Noël. « C’ est important d’ avoir accès à cet outil, explique Klaus Eulenberger. Cela permet à tout le monde d’ enchérir où qu’ il se trouve! Surtout pour les chevaux à l’ entraînement, c’ est assez simple ».