Par Emmanuel Rivron
Très populaire par la longévité de ses acteurs, le cross-country a fourni son lot d’ émotions, début février, dans la dernière édition du Grand Cross de Pau (Listed). Vainqueur pour la deuxième fois de cette épreuve du haut de ses 11 ans, Saint Godefroy n’ était pas attendu à pareille fête, mais il a su, une nouvelle fois, se transcender, à la plus grande joie de Maud Quinton, qui partage la propriété du chouchou de l’ écurie avec ses parents.
Fille aînée de Patricia Lebocey et de Patrice Quinton, Maud Quinton a eu la joie de voir ses couleurs triompher pour la deuxième fois dans le Grand Cross de Pau. Retour avec elle sur cette journée très particulière.
Galorama. Comment envisagiez-vous cette nouvelle participation au Grand Cross de Pau ?
Maud Quinton. Cette année, nous avions réussi à le bluffer et Saint Godefroy ne s’est pas rendu compte qu’il était en partance pour Pau. Comme il est intelligent, il sait généralement quand il va courir. Dans ces cas-là il est insupportable, saute sur place et est très stressé.
G. Où avez-vous vécu la victoire de votre protégé cette année ?
M. Q. Comme je suis trop stressée pour me rendre sur place, je suis restée chez moi avec mes deux filles, Lola et Adèle, mes porte-bonheurs. Comme j’ai trop peur à chaque obstacle, c’est mon aînée qui m’a commenté la course. Lola aussi est fan de Saint Godefroy, mascotte de l’écurie, et prend son rôle à cœur du haut de ses 5 ans et demi. J’ai commencé à regarder une fois la dernière haie franchie et à partir de ce moment-là, j’ai crié. Durant toute la journée du Grand Cross, j’étais en relation avec mon conjoint Jordan (N.D.L.R : Duchêne, ancien jockey) qui l’emmène toujours aux courses. On s’appelait au fur et à mesure de la journée et on se disait que c’était de l’or qui tombait avec toute cette pluie. J’ai beaucoup plus savouré cette victoire que la précédente, car nous avions perdu cette année-là Parc Monceau, chouchou de ma sœur Lisa, qui saute Saint Godefroy à l’entraînement. De mon côté, je le monte tous les matins.
G. Comment se comporte-t-il au quotidien ?
M. Q. Il est délicat puisque mes collègues doivent tout faire pour lui. Saint Godefroy est tellement compétiteur qu’il faut qu’il soit toujours devant dans le lot. Si un cheval vient le doubler, il l’attaque pour le remettre derrière lui. C’est lui le chef : il faut qu’il domine. Et s’il se retrouve tout seul, il panique, même à 11 ans.
G. Comment Saint Godefroy a-t-il récupéré de cette victoire ?
M. Q. Il ne soufflait pas après la course et n’a vraiment pas pris dur. Il va très bien et sautait au marcheur deux jours après la course. Il a beaucoup de mental et va maintenant se préparer pour les cross de l’hiver prochain. Et dire que je ne voulais pas que mon père l’oriente sur le cross en début de carrière. Mon père a bien fait de ne pas m’écouter !
« Je rêvais de vivre dans un ranch »
Restée à Dragey, à 800 kilomètres de Pau, Patricia Lebocey a vibré devant sa télé et a poussé comme il se doit le doyen de l’effectif, Saint Godefroy, propriété à 38 % de l’écurie des Dunes dont elle est la gérante.
Galorama. D’où avez-vous suivi la deuxième victoire de Saint Godefroy dans le Grand Cross de Pau ?
Patricia Lebocey. Comme c’est compliqué de s’absenter de l’écurie durant deux jours, je suis restée chez moi, mais on était chacune dans notre coin avec ma fille Maud. On ne peut vraiment pas regarder ce genre de courses ensemble. On se met dans des états pas possibles !
G. Quel était votre état d’esprit avec ce grand rendez-vous ?
P. L. Saint Godefroy a maintenant 11 ans et on craignait que de briller dans de telles courses soit derrière lui. Je le voyais troisième au mieux, mais en digne fils de Doctor Dino, il adore les terrains lourds. Avant sa première course du meeting, le cheval avait fait une réaction allergique sur un tendon à la suite d’une nouvelle argile que j’avais achetée. Il manquait assurément de travail ce jour-là, mais ça devait être un mal pour un bien. Pour le Grand Cross, il a encore tout donné. C’est vraiment un guerrier. Thomas Beaurain l’a très bien monté et j’ai trouvé très classe l’accueil aux balances de Félix de Giles.
G. Comment Saint Godefroy gère-t-il les déplacements Dragey-Pau ?
P. L. Il est caractériel et avec les voyages de 16 heures en deux jours, il se vide un peu. Et, comme il est très intelligent, il remarque en amont quand il va partir. Cette année, nous avions changé les habitudes pour éviter cela. Contrairement aux autres éditions, il n’a pas eu de soins de massage, de bol d’air ou d’autres choses, et ce afin de le surprendre. J’avais l’impression qu’on n’avait pas fait notre travail correctement, mais avec ce changement d’habitude, il a bien mangé jusqu’à ce qu’il monte dans le camion. Quand il a embarqué la veille de la course, je me suis dit que ça faisait longtemps qu’on ne l’avait pas eu aussi beau et aussi rond. Dans quelques semaines, il partira au champ, au grand dam de ses congénères, car c’est le chef là-bas !
G. Quelles sont vos fonctions au sein de l’écurie ?
P. L. Je suis gérante de l’écurie des Dunes et également associée sur la société d’entraînement de Patrice depuis quelques années. Nous sommes partis de rien avec Patrice, mais comme nous sommes complémentaires dans le travail, notre divorce s’est fait de façon intelligente il y a quinze ans, en pensant à nos deux filles, Maud et Lisa. Je peux travailler avec elles au quotidien et c’est bien de les voir tous les jours. Elles sont passionnées et très investies, ce qui est très motivant. Elles ne prennent pas beaucoup de vacances et une telle victoire fait le plus grand bien. La partie entraînement n’est pas de mon ressort, mais je suis dans la cour le matin. Je m’occupe notamment des soins vétérinaires et nourris les chevaux l’après-midi. J’ai l’œil partout (rires). Et l’après-midi, je me consacre à la compta.
G. Êtes-vous issue du milieu du cheval ?
P. L. Pas du tout, mais j’ai toujours été attirée par les chevaux. Je me souviens que, petite, je faisais des comédies pour aller aux comices agricoles en Mayenne avec mon père restaurateur, qui s’occupait des repas de ces journées. J’adorais être avec les chevaux et je rêvais même de vivre dans un ranch. Je suis arrivée à Sartilly à la mort de mon père quand j’avais 10 ans. Je ne vis finalement pas dans un ranch, travaille beaucoup, mais je suis passionnée.
« Félix avait sa selle dans le coffre ! »
Installé dans la ferme familiale de Dragey (Manche) qu’il a su transformer au fur et à mesure des années, Patrice Quinton a inscrit pour la troisième fois son nom au palmarès du Grand Cross de Pau, spécialité qu’il affectionne tout particulièrement.
Galorama. Comment envisagiez-vous ce cinquième Grand Cross de Pau pour Saint Godefroy ?
Patrice Quinton. Saint Godefroy n’avait pas pris dur lors de ces deux préparatoires. Contrairement à d’autres hivers, il était sur la montante et était beaucoup plus serein durant les transports. Il avait travaillé à la plage de Jullouville en amont et était dans un magnifique état. Et l’eau qui tombait sur Pau était un gros avantage pour lui.
G. Pourquoi passe-t-il ses hivers à Dragey et non à Pau ?
P. Q. Je n’avais que 7 chevaux à Pau cet hiver, et Saint Godefroy est désormais habitué à son paddock à la maison. On a toujours travaillé le mental avec lui, raison pour laquelle il vieillit bien. Comme il ne court que trois-quatre fois par an, le fait qu’il soit âgé de 11 ans ne m’inquiétait pas du tout.
G. D’où avez-vous vécu cette victoire, vous qui êtes généralement très stressé pendant les courses ?
P. Q. J’ai regardé la course sur l’hippodrome, tranquille, tout seul, devant les camions et avant la dernière haie. Je l’ai poussé mais d’où j’étais placé, je croyais qu’il était battu. Les émotions étaient différentes de celles de son premier succès, car nous étions favoris en 2022, contrairement à cette saison.
G. Tombé quelques jours avant la course, Thomas Beaurain était incertain pour le grand jour. Aviez-vous prévu un plan B ?
P. Q. Il y a eu quelques doutes sur la participation de Thomas, qui devait passer des examens. Dans l’attente, j’ai appelé son jockey habituel Félix de Giles, indisponible cet hiver. Félix m’a répondu qu’il n’était pas prévu qu’il reprenne dès ce jour-là, mais qu’il se tenait prêt au cas où. Félix est donc venu à Pau avec sa selle dans le coffre et avait le droit de le monter, en cas d’incapacité de Thomas qui méritait bien cette récompense après avoir monté deux superbes préparatoires.
G. Gagner le Grand Cross de Pau sous les couleurs de votre fille doit être particulier n’est-ce pas ?
P. Q. Les émotions sont plus fortes effectivement, d’autant que Maud le monte tous les jours. C’est mon autre fille Lisa qui le saute. Saint Godefroy a pour habitude de sauter deux ou trois fois le steeple avant sa rentrée. Et entre 2 courses paloises, il ne franchit que du cross. Actuellement au semi-repos, Saint Godefroy partira au champ mi-mars quand il refera beau, et reprendra le travail en octobre pour d’autres aventures paloises.