MIND(RE)SET N°13 Octobre 2025 | Page 70

J’ ÉTAIS EN PLEIN BOUM ET JE NE VOULAIS PAS QUE ÇA S’ ARRÊTE

MATHÉO VIEL
© APRH

Double lauréat de Quinté + à 18 ans, Mathéo

Viel fait partie de ces jockeys d’ obstacles qui ont dû raccrocher les bottes prématurément. « On a conscience des risques du métier dès le départ, mais l’ adrénaline prend le dessus, analyse le désormais entraîneur. Il y a tellement de bonnes sensations quand on monte en course qu’ on ne pense pas à ce qu’ il peut arriver en cas de chute. Le jockey est sur le toit du monde lorsqu’ il passe le poteau en tête. Le métier de jockey d’ obstacles est comparable à celui de boxeur et de cycliste. Il faut être dur mentalement. On peut être au sommet un jour et se réveiller sur un lit d’ hôpital le lendemain.» Sa première grosse chute, il s’ en rappelle comme si c’ était hier: « C’ était le 27 octobre 2017 aux Sables-d’ Olonne. J’ avais tout juste 17 ans. Ma vertèbre T4 était fracassée. Un hématome à la moelle a été aspiré et j’ avais des tiges de la T2 à la T6. Malgré cela, je ne pensais qu’ à une chose sur le lit d’ hôpital: remonter en course.» Grâce à l’ appui de l’ Association des Jockeys, Mathéo Viel se remet sur pied au CERS de Capbreton.
Le basculement vers l’ après
Et comme les jockeys ne sont pas faits du même bois que n’ importe quel quidam, le Mayennais déjoue les pronostics et remonte quelques mois plus tard. Vainqueur d’ un Quinté + à Auteuil en février 2019, l’ étoile montante remporte durant
Par Emmanuel Rivron
l’ été la Grande Course de haies de Clairefontaine, toujours pour l’ entraînement de son père, avant de chuter trois semaines plus tard, sur ce même hippodrome: « J’ avais pris un gros carton avec la vertèbre L2 de cassée, cette fois. Mes parents voulaient que j’ arrête pour éviter la chute de trop et pour que je ne finisse pas en fauteuil. Mais j’ étais en plein boum et je ne voulais pas que ça s’ arrête! J’ avais plein de projets. Après trois mois de corset, j’ ai repris durant le meeting de Cagnes-sur-Mer, mais j’ étais dans une mauvaise passe. J’ ai alors décidé d’ arrêter en janvier 2020. Toute ma famille m’ a beaucoup aidé à surmonter cette épreuve. Ça restait très difficile de voir courir les chevaux que j’ avais l’ habitude de monter: de quoi péter les plombs! J’ étais bien occupé avec le passage de mon BAC, mais j’ ai quand même mis près de deux ans avant de m’ y faire. Je n’ ai pas été accompagné mentalement. Ce serait pourtant très important, pour la fin de carrière, mais pas seulement. Dans ce milieu, on peut générer de l’ argent très jeune et un accompagnement pourrait éviter certaines bêtises. Et, en toute honnêteté, si je n’ avais pas demandé à perdre ma licence, je pense que j’ aurais repris à un moment ou à un autre. Mais il n’ y a pas de retour en arrière possible avec cette démarche de perte de licence. Désormais, je suis entraîneur et j’ ai fait le deuil du métier de jockey. »
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