JOCKEY
Par Paul Casabianca
Son visage n’ est pas encore familier, mais on apprend à la connaître, à travers son sourire, sa bonne humeur, sa joie de vivre, et son talent. En France, Bryony Frost n’ est pas encore considérée comme une star des pelotons. Sur les réseaux sociaux, en revanche, 40 000 followers la suivent quotidiennement sur Instagram. Une marque de reconnaissance qui fait écho à ses grandes performances en Angleterre, son pays natal. Née le 13 avril 1995, la native de Buckfastleigh est issue du sérail. Son père, Jimmy Frost, est un entraîneur et un ancien jockey vainqueur du Grand National de Liverpool en 1989. Son grand-père, Richard Frost fut également entraîneur, et son frère Hadden a remporté de nombreuses courses en tant que jockey. Bryony Frost a fait ses armes dans les courses de poneys, puis dans les épreuves Point-to-Point, avant de monter en amateurs et de passer professionnelle, en 2017. « Les courses hippiques peuvent vous permettre d’ avoir des émotions si fortes que la vie quotidienne ne peut pas vous procurer, explique celle qui a suivi son apprentissage chez Paul Nicholls. Elles peuvent vous abattre et, trente minutes plus tard, vous remettre au sommet. Parfois, même la plus petite des courses un lundi après-midi peut vous donner un sentiment d’ accomplissement encore plus fort qu’ une victoire sur un grand hippodrome. Chaque victoire avec votre cheval, et toute l’ équipe qui l’ entoure à la maison, procure une émotion légèrement différente. Pour gagner une course, il faut une énorme dose de patience, d’ efforts, d’ entraînement et de temps, pour que les cinq dernières minutes en piste se transforment en triomphe. » Des triomphes, Bryony en a connus. Beaucoup et au plus haut niveau. Le 14 mars 2019, alors âgée de 23 ans, elle devient la première femme jockey à remporter un Groupe 1 lors du Festival de Cheltenham, en selle sur Frodon. « Si vous m’ aviez dit, quand j’ avais 16 ans, que j’ allais choisir les courses plutôt que le saut d’ obstacles aux États-Unis, jamais je n’ aurais pensé pouvoir vous parler, quelques années plus tard, de mes victoires dans le King George, le Ryanair, le Tingle Creek ou le Champion Chase en Irlande… Quand on s’ arrête une seconde, il est difficile d’ être fière de soi, mais incroyablement facile d’ être fier de ses chevaux et de tous ses souvenirs. »
Forte de son expérience outre-Manche, avec plus de 300 victoires au compteur dont cinq au plus haut niveau, l’ ancienne apprentie de Paul Nicholls a dans l’ idée, au printemps 2024, de voir autre chose. Vivre une nouvelle aventure, découvrir un nouvel environnement: « J’ ai quitté l’ Angleterre en suivant ma philosophie step by step. J’ ai eu la chance d’ écrire une belle page de mon histoire, mais j’ avais besoin de relever un nouveau défi. La France m’ attirait depuis longtemps. Alors, sans grande préparation, à la fin de la saison d’ obstacles anglaise, j’ ai pris le ferry en direction de la France. Mon idée était simple: si j’ échoue ici, je continuerai d’ avancer ailleurs. Les chevaux peuvent vous emmener partout. Puis, j’ ai l’ immense privilège d’ être le premier jockey pour Simon Munir et Isaac Souede, et c’ est exactement ce qui me fait vibrer: travailler de près avec les chevaux et leurs équipes pour chercher les fractions qui peuvent les rendre meilleurs ».
Lauréate quelques jours après son arrivée en France, avec Likata, Bryony Frost n’ a pas mis beaucoup de temps à trouver ses marques, même si elle avoue « échoué pour le moment dans l’ apprentissage du français, car ce n’ est vraiment pas naturel pour moi!» Ce qui est plus naturel pour elle, en revanche, c’ est de gagner des courses: « gagner, c’ est la raison pour laquelle on entre en piste, pour être le meilleur, le premier à franchir le poteau, et créer des souvenirs incroyables qui durent toute une vie. » Son premier Groupe 3 à Auteuil, le 18 septembre dernier, en selle sur Good Girl de Faust en fait partie: « Avec Good Girl, j’ ai eu un sentiment de fierté. Je travaille en étroite collaboration avec Mickaël Seror et son équipe. J’ ai suivi cette pouliche talentueuse dès ses premiers pas et de décrocher ensemble notre premier Groupe, c’ est vraiment très cool! ». Cool, joviale, naturelle et talentueuse, Bryony Frost n’ aura aucun mal à se faire un nom dans les pelotons français.
Bryony Frost et Good Girl de Faust victorieuses du Prix de Chambly (Gr.3). © APRH
Bryony Frost et l’ entourage de Jouvencelle. © APRH