MIND(RE)SET N°13 Octobre 2025 | A la une Partie- Partie 1/3

La santé mentale DANS LES AUTRES SPORTS


À L’ INSEP LE SUIVI PSY- CHOLOGIQUE VA DE SOI

Par Céline Gualde

Même si les jockeys subissent des contrôles antidopages, ils ne bénéficient pas du statut d’athlète de haut niveau qui leur ouvrirait les portes de l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance (INSEP). C’est depuis 1975 la maison mère des athlètes français. Amélie Mauresmo, Marie-Jo Pérec ou encore Teddy Riner comptent parmi les nombreux médaillés olympiques de son Hall of Fame. Plus de 800 athlètes s’entraînent dans cette institution basée à Vincennes, pour une vingtaine de sports différents. Trois cents d’entre eux, environ, sont internes et une centaine a moins de dix-huit ans.

Une équipe et des dispositifs

Barbara Brès est psychologue au sein du pôle santé de l’INSEP : « Nous sommes deux praticiens à l’unité de psychologie du sport, un troisième est en cours de recrutement. Deux autres psychologues ainsi que des prestataires en préparation mentale exercent au sein de l’unité d’aide à la performance dont la vocation est d’optimiser les résultats des sportifs en compétition. » Depuis 2004 les fédérations sportives ont l’obligation d’organiser la Surveillance médicale règlementaire de leurs athlètes de haut niveau. « Dans ce cadre, ils ont un examen de santé annuel incluant des rendez-vous avec un diététicien et un psychologue. Lors de ce rendez-vous, on aborde tous les aspects de leur vie : le sport bien sûr, mais aussi la famille, les études, l’hygiène de vie et la santé mentale… Nous sommes particulièrement vigilants en ce qui concerne les internes qui sont parfois très jeunes, treize ou quatorze ans, éloignés de leur famille pour la première fois et avec de grosses journées… Lorsqu’on détecte un problème, on propose à l’athlète un suivi psychologique sur l’année. On ne peut évidemment pas le lui imposer, car il doit adhérer au projet pour que ce soit utile. »

Pendant et après

Parmi les soucis que peuvent rencontrer les athlètes, les troubles alimentaires sont plus fréquents dans les sports à catégorie de poids (boxe, judo, lutte…) ou les disciplines esthétiques comme la gymnastique ou la danse rythmique. « Pour ces sportifs, la pesée peut être angoissante. On fait face à un discours sur le “bon” corps qui n’est pas forcément un corps en bonne santé s’il subit trop de restrictions. » Une réalité qui fait écho à la condition des jockeys…

Même à l’INSEP la santé mentale peut être un tabou, car elle se heurte au mythe de l’athlète tout-puissant, maître de son corps et de ses émotions. « On essaie de rendre le suivi psychologique normal dans l’esprit des athlètes, de le démocratiser », précise Barbara Brès. Un dispositif particulier est proposé aux athlètes en reconversion, selon les accords passés avec les diverses fédérations sportives. « Pour beaucoup d’entre eux, notamment les blessés ou non-sélectionnés, on a une rupture de carrière plutôt qu’une transition vers la retraite. L’INSEP propose une aide psychologique qui peut s’échelonner sur un an. » Une quinzaine d’athlètes ont demandé à bénéficier de ce dispositif récent.

Santé mentale dans le sport : entre prise de conscience et tabou
Par Mélodie Janvier

En 2019, le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation et le ministère des Sports ont lancé un appel à projets doté de 20 millions d’euros pour le sport de très haute performance en vue des Jeux de Paris 2024. Parmi plus d’une centaine de candidatures, Team-Sports fait partie des 28 lauréats. Doté d’un budget de 3,9 millions d’euros, dont 1,2 million financé par l’État, le programme s’intéresse à un enjeu crucial mais longtemps négligé : la préparation mentale et la dynamique collective dans les sports d’élite. 
Piloté par l’université de Rouen et mené en partenariat avec l’ENSAM (École nationale supérieur d’Arts et Métiers), l’université Paris-Saclay, le CEA (Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives), l’université de Bourgogne et plusieurs fédérations, Team-Sports mobilise chercheurs, psychologues et neuroscientifiques pour optimiser les performances des athlètes tout en renforçant la cohésion des équipes. Depuis 2020, le projet développe également des outils technologiques comme le suivi vidéo et les environnements virtuels, ainsi que des programmes de formation pour les entraîneurs, afin de traduire la recherche en actions concrètes sur le terrain.

Un pas en avant
En novembre 2024, un séminaire à la Maison du Handball de Créteil a rassemblé des figures emblématiques du sport français : Guillaume Gille, sélectionneur de l’équipe masculine de handball, Vincent Collet, sélectionneur des basketteurs, Jérôme Daret, sélectionneur de l’équipe masculine de rugby à 7, ainsi que Jean-Aimé Toupane et Olivier Krumbholz, sélectionneurs des équipes féminines de basket et de handball. Tous ont pu échanger sur l’importance de la santé mentale et de la dynamique de groupe pour les performances individuelles et collectives lors de Paris 2024. Pourtant, malgré cette progression, la santé mentale reste un sujet tabou en France. Le judoka Teddy Riner, suivi depuis l’âge de 14 ans, expliquait en juin dernier en devenant parrain de la Grande cause nationale 2025. En France, le problème, c’est que le mot “psy” fait peur. Dans le football, où Thomas Sammut, connu pour avoir accompagné les médaillés olympiques Léon Marchand et Florent Manaudou, a intégré le staff de l’équipe féminine pour accompagner la préparation mentale. Un pas en avant qui n’a pas été suivi par l’équipe masculine. 

SPORTIFS DE HAUT NIVEAU: QUAND LA PAROLE SE LIBÈRE
Par Mélodie Janvier

Depuis plusieurs années, les sportifs de haut niveau osent de plus en plus parler de leur santé mentale. En partageant leurs expériences, ils contribuent à lever le tabou. Cette prise de parole participe à la déstigmatisation de la santé mentale dans le milieu sportif.

Des voix pour agir
De nombreux dispositifs voient également le jour. Aux Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024, un espace inédit a été dédié à la santé mentale des athlètes sur le village olympique. En 2022, pour les Jeux de Beijing, une ligne d’ assistance Mentally Fit a été mise en place pour les athlètes. À Gangwon, aux jeux de la Jeunesse d’ hiver, le stand éducatif Mind, Body and Me était accessible aux jeunes sportifs. De nombreux témoignages montrent combien la santé mentale fait partie du quotidien des sportifs. La sprinteuse Fanny Peltier explique: « Parfois on s’ enferme dans ‹ je suis un athlète et je ne suis que ça ›. La santé mentale, c’ est vraiment important, c’ est le moteur, pas seulement dans le sport, mais dans la vie entière. » Thierry Henry, champion du monde de football, a révélé en janvier 2024 avoir souffert de dépression: « Les larmes venaient toutes seules. Peut-être qu’ elles étaient là depuis longtemps. » Perrine Laffont, championne de ski acrobatique, raconte dans le documentaire Strong, aussi forts que fragiles ses moments de doute et de souffrance psychique. Raphaël Poulain, ancien rugbyman, évoque sa période d’ addiction au sport après sa carrière et son parcours de formation en premiers secours en santé mentale. Enfin, le cycliste britannique Mark Cavendish revient sur sa dépression lourde en 2018, liée au virus Epstein-Barr et à un isolement physique et moral. Ces récits montrent que la santé mentale touche tous les sportifs, et que la parole est devenue un outil essentiel pour briser le silence et accompagner les athlètes dans leur quotidien.