LES JOCKEYS SONT LIVRÉS À EUX-MÊMES
CHRISTOPHE LEMAIRE
Par Paul Casabianca
© APRH
Septuple Cravache d’ or au Japon, la star des pelotons Christophe Lemaire évoque sans tabous l’ aspect mental de son métier, dans un pays où les jockeys sont adulés, mais ne disposent pas de cellules psychologiques au sein des institutions.
Galorama. Vous êtes arrivé au Japon il y a plus de dix ans. Comment est gérée la santé mentale des jockeys là-bas?
Christophe Lemaire. Que ce soit en France ou à l’ étranger, je ne connais pas de juridictions, au sein des institutions, où il y a des cellules spécialisées pour les jockeys pour justement gérer l’ aspect mental. Je ne veux pas leur jeter la pierre, mais ce n’ est pas dans la culture ni dans les esprits d’ évoquer ce sujet. C’ est aussi le cas dans d’ autres sports, comme le rugby, mais les jockeys, pour le coup, sont quand même livrés à eux-mêmes. On peut devenir une vedette à 17 ans et gagner beaucoup d’ argent, ce qui n’ est pas toujours facile à gérer. Dans les temps faibles, le doute peut s’ installer très très vite, même si vous êtes en réussite. Il suffit que pendant deux jours de suite ça se passe mal et le doute s’ installe. Le doute pour un jockey, c’ est redoutable.
G. Avez-vous déjà eu l’ occasion de consulter un coach mental ou un psychologue au cours de votre carrière?
C. L. Oui, j’ ai déjà eu l’ occasion de consulter un coach mental. J’ avais lu un livre écrit par M. Vaillant consacré aux joueurs de tennis. J’ ai passé deux ou trois entretiens avec lui et je me souviens qu’ un jour il m’ a dit, lorsque j’ étais allé le voir après la signature d’ un gros contrat: « Qu’ est-ce que tu as perdu en récupérant ce contrat avec ce propriétaire? » Je n’ avais pas su quoi répondre. Il m’ a dit « tu t’ es enlevé le droit à l’ erreur ». J’ ai su que, désormais, j’ allais monter avec mon conscient plutôt que mon inconscient, et dans le sport de haut niveau, il faut toujours agir avec son inconscient, agir instinctivement. Dès que l’ on réfléchit, c’ est trop tard.
G. À 46 ans, vous êtes une véritable star mondiale des pelotons. Quels conseils donneriez-vous à de jeunes jockeys?
C. L. Je crois que le plus important, c’ est l’ entourage. J’ ai eu la chance de discuter avec mes parents et mon épouse quand ça n’ allait pas. Ils ont su trouver les mots pour me remotiver et me rassurer surtout. Après, quand on est jeune, c’ est difficile d’ aller se confier. J’ ai connu des hauts et des bas comme tout le monde, mais il faut rester humble et garder à l’ esprit que la réussite peut être éphémère, et donc assurer ses arrières. Quand on a de l’ ambition et que l’ on veut accéder au haut niveau, il est important de se préparer physiquement et mentalement et ne pas hésiter à faire appel à des structures spécialisées ou à des coachs mentaux le cas échéant. Avec un corps sain dans un esprit sain, on peut réaliser de belles choses.
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