MIND(RE)SET N°13 Octobre 2025 | A la une - Partie 2/1

PLUS FORTS À PLUSIEURS

PARTIE 2


La santé mentale - QUEL EST LE RÔLE DE L’ ENTOURAGE?


JE N’ EN SERAIS PEUT-ÊTRE PAS LÀ SI JE N’ AVAIS PAS EU RECOURS À L’ ACCOMPAGNEMENT

ALEXANDRE ABRIVARD

Par Mélodie Janvier

Alexandre Abrivard, c’est l’enfant prodige du trot : passé professionnel en un temps record - six mois seulement. Plus jeune driver à atteindre la barre des 2 000 succès, à 29 ans, il est aussi recordman du nombre de victoires durant un meeting d’hiver de Vincennes (99). Détenteur de quatre Étriers d’or, Sulky d’argent en 2022 et de bronze en 2023, il va vite. Très vite.

Il est issu du sérail et les attentes sont fortes mais, à l’image des grands pilotes, Alexandre sait gérer ce genre de pression. Quand il croise le chemin de Jean-Michel Jarry pour la première fois, ce n’est pas pour ses compétences en coaching mental, mais « simplement » pour une séance d’ostéopathie. « À la base, c’était mon ostéo. C’est plutôt lui qui a fait la démarche de me parler du coaching dont il pouvait me faire bénéficier. Il avait surtout travaillé avec des pilotes automobiles et des golfeurs. Quand on lui demande à quels moments il a eu besoin de ses services, il répond franchement : c’est malheureux à dire, mais on fait appel à ces gens, qui sont des professionnels de santé, quand ça ne va pas. Il m’a permis de relativiser beaucoup de choses, ça a été beaucoup de travail sur soi, surtout les deux premières années, il a fallu régler la machine. Désormais, je me connais mieux, et nos entrevues sont plus occasionnelles, c’est surtout du prévisionnel, quand on sait qu’une période potentiellement difficile peut arriver ». Mais le rôle de Jean-Michel Jarry ne s’est pas arrêté au côté professionnel : « J’ai commencé à travailler avec Jean-Michel à l’arrivée de mon premier garçon, encore une fois, il m’a permis de relativiser les choses, avant, une course c’était tout, maintenant, si j’ai fait cinq distancés dans la journée, le soir je sais que je vais rentrer et retrouver mes enfants et ma famille. C’est toute la différence ». En janvier 2024, en se rendant aux courses, Alexandre Abrivard est victime d’un terrible accident de la route, lui qui devait participer au Prix d’Amérique quelques jours plus tard avec Just Love You. « Après l’accident, j’ai eu besoin de faire appel à Jean-Michel plus fréquemment, j’avais peur d’y retourner, car j’ai beaucoup souffert physiquement, peur aussi de ne pas réussir à retrouver mon niveau. C’est vrai que la question de la santé mentale reste encore peu abordée, pourtant, si on souhaite durer dans ce métier, il ne faut rien laisser au hasard. Je suis content d’avoir fait cette démarche, car je n’en serais peut-être pas là si je n’avais pas eu recours à l’accompagnement. »

C’ EST MALHEUREUX À DIRE, MAIS ON FAIT APPEL À CES GENS, QUI SONT DES PROFESSIONNELS DE SANTÉ, QUAND ÇA NE VA PAS. - Alexandre Abrivard

Jean-Michel Jarry « Les jockeys sont des durs au mal »
Par Serge Okey

Manager en performance, ostéopathe et coach mental, Jean-Michel Jarry accompagne de nombreux sportifs sur le plan mental. Des athlètes et jockeys de premier plan, à l’image de Kevin Mayer, recordman du monde du décathlon, les pilotes de l’écurie Courage, Pierre Joyau au golf, Romain Leloup en moto ou encore Alexandre Abrivard au trot.

Galorama. Travaillez-vous de la même façon avec les jockeys et les autres sportifs ?
Jean-Michel Jarry. Oui, ce qui compte, c’est la recherche de la performance. Je pars de cette équation : performance = potentiel - interférences. Mon rôle, c’est d’enlever les petits cailloux dans la chaussure. La clé, c’est la gestion des émotions, du moment présent. Et prendre du plaisir.

G. Comment procédez-vous ?
J.-M.J. On fait connaissance, on décèle les forces et faiblesses, on détermine un objectif et je donne des outils pour le mener à bien. On met en place des routines pour rassurer le cerveau, le mettre en pilotage automatique. Le discours intérieur est fondamental. Il y a une grande différence entre dire « j’ai fait une mauvaise course » et « je suis nul ». Difficile d’être performant si on n’est pas copain avec soi-même. La cohérence cardiaque, la sophrologie, la méditation aident le cerveau à solliciter des ondes positives pour prendre les bonnes décisions. Le « jour sans » n’existe pas en préparation mentale.

G. Les jockeys sont-ils des sportifs comme les autres ?
J.-M.J. J’ai été surpris par le rythme auquel ils enchaînent les courses. Et puis on dit qu’un sportif ne doit pas dépendre des attentes des autres : or, la pression des parieurs est importante. Gérer leur poids comme ils font est un sacré défi. Dans les vestiaires, j’ai vu de nombreuses cicatrices. Les jockeys forcent le respect. Ce sont des durs au mal. 

J’ ÉTAIS EN PLEIN BOUM ET JE NE VOULAIS PAS QUE ÇA S’ ARRÊTE

MATHÉO VIEL

Par Emmanuel Rivron

Double lauréat de Quinté+ à 18 ans, Mathéo Viel fait partie de ces jockeys d’obstacles qui ont dû raccrocher les bottes prématurément. « On a conscience des risques du métier dès le départ, mais l’adrénaline prend le dessus, analyse le désormais entraîneur. Il y a tellement de bonnes sensations quand on monte en course qu’on ne pense pas à ce qu’il peut arriver en cas de chute. Le jockey est sur le toit du monde lorsqu’il passe le poteau en tête. Le métier de jockey d’obstacles est comparable à celui de boxeur et de cycliste. Il faut être dur mentalement. On peut être au sommet un jour et se réveiller sur un lit d’hôpital le lendemain. » Sa première grosse chute, il s’en rappelle comme si c’était hier : « C’était le 27 octobre 2017 aux Sables-d’Olonne. J’avais tout juste 17 ans. Ma vertèbre T4 était fracassée. Un hématome à la moelle a été aspiré et j’avais des tiges de la T2 à la T6. Malgré cela, je ne pensais qu’à une chose sur le lit d’hôpital : remonter en course. » Grâce à l’appui de l’Association des Jockeys, Mathéo Viel se remet sur pied au CERS de Capbreton.

Le basculement vers l’après

Et comme les jockeys ne sont pas faits du même bois que n’importe quel quidam, le Mayennais déjoue les pronostics et remonte quelques mois plus tard. Vainqueur d’un Quinté+ à Auteuil en février 2019, l’étoile montante remporte durant l’été la Grande Course de haies de Clairefontaine, toujours pour l’entraînement de son père, avant de chuter trois semaines plus tard, sur ce même hippodrome : « J’avais pris un gros carton avec la vertèbre L2 de cassée, cette fois. Mes parents voulaient que j’arrête pour éviter la chute de trop et pour que je ne finisse pas en fauteuil. Mais j’étais en plein boum et je ne voulais pas que ça s’arrête ! J’avais plein de projets. Après trois mois de corset, j’ai repris durant le meeting de Cagnes-sur-Mer, mais j’étais dans une mauvaise passe. J’ai alors décidé d’arrêter en janvier 2020. Toute ma famille m’a beaucoup aidé à surmonter cette épreuve. Ça restait très difficile de voir courir les chevaux que j’avais l’habitude de monter : de quoi péter les plombs ! J’étais bien occupé avec le passage de mon BAC, mais j’ai quand même mis près de deux ans avant de m’y faire. Je n’ai pas été accompagné mentalement. Ce serait pourtant très important, pour la fin de carrière, mais pas seulement. Dans ce milieu, on peut générer de l’argent très jeune et un accompagnement pourrait éviter certaines bêtises. Et, en toute honnêteté, si je n’avais pas demandé à perdre ma licence, je pense que j’aurais repris à un moment ou à un autre. Mais il n’y a pas de retour en arrière possible avec cette démarche de perte de licence. Désormais, je suis entraîneur et j’ai fait le deuil du métier de jockey. »

Marie Caucanas
Par Cécile Adonias

Après un parcours riche de nombreuses expériences en événementiel, en tant que cavalière professionnelle de CSO et jeunes chevaux, ou encore comme enseignante d’équitation, Marie Caucanas a ouvert son cabinet de psychologie et de préparation mentale en 2016, principalement orienté vers les cavaliers.

Galorama. Quel est l’état général de la santé mentale des sportifs, et des cavaliers plus particulièrement ?
Marie Caucanas. Je ne sais pas si on peut faire une généralité. Chez certains, il est très dégradé tandis que d’autres, dont l’environnement est conscient et équilibré (famille, amis, partenaires professionnels…), vont bien. Il y a toujours des facteurs internes et externes au bien-être. Il faut arriver à les identifier et les comprendre pour pouvoir se concentrer et être au maximum de ses capacités le moment venu.

G. Quelles sont les principales difficultés auxquelles les cavaliers/sportifs sont confrontés ?
M.C. Si on généralise, le professionnel peut rencontrer des difficultés à un moment où les résultats vont baisser, la confiance va alors se dégrader et il faut trouver des leviers pour remonter la pente. Pour un amateur, c’est plutôt la peur de mal faire, de blesser son cheval, la chute, etc. Il faut les rassurer avec, par exemple, un dialogue interne authentique, reconscientiser les actions par le mental, pour qu’il puisse retrouver du plaisir et de la sérénité.

G. Est-ce qu’il y a des similitudes entre les difficultés rencontrées par les cavaliers/jockeys et celles d’autres sportifs de haut niveau ?
M.C. Les sportifs de haut niveau ont un point commun, leur intelligence émotionnelle. Ils développent tous des capacités d’analyse poussées et ont une capacité à prendre des décisions rapides. Ils sont également capables d’accepter la douleur afin d’obtenir les résultats escomptés. La détermination est un facteur universel chez eux.

G. À partir de quel moment un sportif doit-il se faire accompagner ?
M.C. Quand ça va bien (rires) ! Le mieux, c’est de ne pas attendre d’être dans le creux de la vague pour consulter. Cela permet de mettre en place une hygiène de vie et de mieux se connaître pour trouver un équilibre émotionnel. Nous restons des humains avec des hauts et des bas. Cela n’empêche pas l’échec, mais cela permet de le traverser plus rapidement et de mieux repartir. Il est important de travailler avec un professionnel pour garantir la neutralité et la confidentialité des échanges. Et bien sûr, si le sportif ne va pas bien, il ne faut pas attendre et aller consulter au plus vite.

G. Est-ce qu’il y a un manque d’encadrement sur ce sujet au sein de la filière équine ? Des solutions communes à l’ensemble de la filière pourraient-elles être créées ?
M.C. Il y a mille choses à faire ! Aussi bien des solutions individuelles qu’institutionnelles. Et encore plus dans les courses où il faut démystifier la santé mentale.

G. Pouvez-vous présenter plus en détail votre mission au sein de la FFE ?
M.C. La FFE m’a contactée il y a quelques années pour créer une liste de professionnels auprès desquels il n’y aura pas de risque d’emprise, ni de dépendance (volontaire ou involontaire) mais la garantie d’une intégrité morale. Nous vérifions les parcours des postulants et nous retenons les praticiens capables d’être dans la relation d’aide. Cela demande des formations solides et de l’expérience. Nous cherchons avant tout à protéger les cavaliers. 

13 min chez vous

Ils viennent d’ horizons différents mais partagent la même mission: veiller au bien-être des jockeys, ces athlètes d’ exception souvent soumis à une forte pression. Véronique Verva et Clélia Moncorgé (Karisma Consulting) sont allées à la rencontre de Xavier Nakkachdji, ancien entraîneur, qui met aujourd’ hui son expérience au service de ses pairs au sein de l’ APIC (Aide psychologique pour les indépendants des courses). Sur les hippodromes, les jockeys trouvent aussi le soutien de Sylvie Carrara, masseuse depuis plusieurs décennies, dont les mains expertes accompagnent leur préparation mentale et physique, et leur récupération. À Lamorlaye, Jackson Françoise, coach sportif, accueille dans sa salle les jockeys de plat comme d’ obstacles, pour les aider à renforcer corps et mental. Tous témoignent avec passion d’ un même engagement: offrir aux professionnels des courses un accompagnement afin qu’ ils puissent aborder leur métier dans les meilleures conditions.


QUAND EST-CE QUE JE REPRENDS, DOCTEUR?

ÉRIC LABOUTE

Par Serge Okey

Médecin-chef du Centre européen de rééducation du sportif (CERS) Capbreton, le docteur Éric Laboute est spécialisé dans la rééducation des athlètes de haut niveau. Parmi sa clientèle, des rugbymen et footballeurs principalement, mais aussi des skieurs, handballeurs, basketteurs et judokas, ainsi que des jockeys, qui ne sont pas forcément du genre à prendre leur mal en patience.

Galorama. Quelles différences et rapprochements faites-vous entre les jockeys et les autres sportifs de haut niveau ?

Éric Laboute. La grande particularité des jockeys, c’est de vouloir tout de suite se remettre en selle. Chez eux, c’est vraiment ressenti comme un impératif. Il faut respecter ce besoin, mais veiller à leur faire comprendre aussi les délais de cicatrisation. Bien sûr, cela dépend des personnalités, mais généralement un rugbyman va être plus à l’écoute de son corps, un tennisman sera plus centré et aura tendance à prendre moins de risques. 

G. Le fait que les jockeys soient des « poids plumes » les aide-t-il à se remettre plus vite d’une blessure ?

É.L. Cela change surtout leur programme de rééducation. On adapte les charges et intensités de travail selon le poids du patient. En salle, un jockey va être plus performant qu’un pilier de rugby. Mais courir n’est pas dans ses habitudes, on ne lui demandera pas la même chose sur ce point qu’un joueur de foot ou qu’un coureur de fond par définition. On va insister sur des exercices placés, l’équilibre, des positions semi-fléchées, sur tout un travail d’échelle de rythme. 

G. Que vous disent-ils ?

É.L. Ce sont des passionnés. Encore une fois, la première question, c’est : « quand est-ce que je reprends, docteur ? » On les accompagne aussi sur le plan mental en les sensibilisant sur les risques de rechute. L’objectif, c’est de reprendre le mieux possible. Être bien dans sa tête et dans son corps. Pour diminuer la charge mentale par rapport à la blessure, on se fixe des objectifs de reprise. En cas de dépression ou d’anxiété, un psychologue est à disposition pour les accompagner. 

G. Par rapport aux autres sportifs, quel regard portez-vous sur les cadences des jockeys, qui enchaînent les courses à un rythme effréné ?

É.L. C’est un élément primordial. En football, si on regarde le parcours du PSG l’an passé, après une saison à rallonge, on n’est pas surpris par le nombre de joueurs aujourd’hui à l’infirmerie. La question c’est, jusqu’où pousser le bouchon sans que le corps en pâtisse ? Dans l’ensemble, les fédérations, les médecins et syndicats veillent à cet équilibre, mais c’est vrai que le métier de jockey est soumis à d’importantes cadences, à des impératifs sportifs et financiers, à des pressions qui facilitent les risques de blessures. Une étude récente sur les profils psychologiques impactant un risque de récidive en matière de blessure montre qu’il y a un lien avec l’anxiété et la dépression. Ceux qui sont plus prudents sont plus sujets à l’anxiété, ceux qui le sont moins risquent de rechuter et, par conséquent, risquent une dépression.

LA GRANDE PARTICULARITÉ DES JOCKEYS, C’ EST DE VOULOIR TOUT DE SUITE SE REMETTRE EN SELLE


UN DÉTAIL N’ EST PAS UN DÉTAIL

JEAN-PASCAL CABRERA

Par Serge Okey

Expert en préparation mentale auprès de la Fédération française d’équitation, coach mental du vainqueur du Vendée Globe Charlie Dalin, sophrologue, thérapeute et formateur, Jean-Pascal Cabrera est une référence en matière de gestion des émotions vers la quête de la performance. Et les jockeys, il les connaît bien.

Galorama. Vous qui côtoyez beaucoup de sportifs de haut niveau, que vous inspire le métier de jockey ?

Jean-Pascal Cabrera. Si on part du principe qu’un jockey d’obstacle chute en moyenne toutes les douze courses, c’est un métier à très hauts risques. Or, plus vous subissez de traumatismes, plus vous vous exposez à un moral en berne. Quand je vois les gamins sortir si jeunes de l’école des lads, ils sont tout de suite lancés dans le concret. L’héritage culturel des courses fait qu’ils sont élevés à la dure, c’est une discipline aux codes ancestraux, toujours assez patriarcale, où ne restent que les plus costauds.

G. Ont-ils beaucoup de choses sur le cœur ?

J.-P.C. Parler sans avoir affaire à un jugement de valeur leur fait du bien. Ils me confient leurs émotions, leur colère parfois vis-à-vis d’un entraîneur ou d’un propriétaire, qu’ils s’astreignent à garder pour eux sous peine de perdre leur place. Souvent, il y a une fracture qui traîne. Or, il suffit d’un souci au doigt ou à la clavicule pour ne pas être bien. Mais plutôt que de se soigner, ils serrent les dents. Les filles ont un handicap supplémentaire : elles doivent se comporter comme des mecs. Dire qu’on a ses règles, c’est hors de question. Mon rôle est d’aider les jockeys à trouver un chemin, à exprimer une émotion positivement. En cas de désaccord, de dysfonctionnement à l’entraînement par exemple, trouver une solution sans désigner de coupable.

G. Trouver remède à la dictature des émotions, est-ce cela votre combat ?

J.-P.C. Le grand enjeu, c’est apprendre à s’exprimer. On ne répète que ce que l’on a appris. Si on a été élevé à ne pas se plaindre, on ne « moufte » pas. C’est pourquoi il est primordial de pouvoir se confier, à son(sa) conjoint(e), à un proche, de se sentir soutenu. D’autant qu’avec les réseaux sociaux, les sources de stress, voire d’insultes, fusent. Passer sa vie dessus, c’est l’enfer.

À surveiller tout ce qui se dit, on peut vite devenir intoxiqué. Le piège, c’est de se faire dévorer. Il suffit d’une réflexion pour que l’esprit s’assombrisse et qu’un entraînement soit gâché. C’est valable pour les jockeys, comme pour tout sportif. Identifier une pensée qui tourne en boucle, c’est tout un travail d’hygiène de vie.

G. Quelles sont les solutions ?

J.-P.C. On n’est pas chez un garagiste. Il n’y a pas de solution miracle. L’âme humaine, c’est de l’artisanat. Certains vont être plus sensibles à l’hypnose, d’autres à la sophrologie, à la psychologie cognitive… Le principe est d’identifier les besoins, la personnalité de chacun, les outils qui vont faire du bien, afin de porter un regard nouveau à soi. Avec les jockeys, je suis souvent dans le curatif, car ils viennent généralement me voir quand ils vont mal. Avec les cavaliers de la Fédération Française d’Équitation ou Charlie Dalin avant son Vendée Globe, c’est plus du coaching : on œuvre à optimiser, à travailler sur chaque détail pour être le meilleur. Un détail n’est pas un détail. C’est ce qui fait la différence entre un sportif de haut niveau et de très haut niveau. En équitation, les jeunes cavaliers l’ont bien saisi. À haut niveau, 80 % d’entre eux ont un préparateur mental.

G. Un conseil aux jockeys qui font face à un grand rendez-vous comme le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe dimanche ?

J.-P.C. Surtout ne pas s’imaginer en train de brandir le trophée ou un gros chèque. Ce genre d’anticipation, c’est le pire des poisons. La définition du sport, c’est « ici et maintenant ». Pas hier, ni demain, sources d’anxiété ou de stress. Mais s’inscrire dans le présent.

L’IMES ouvre un réseau dédié aux jockeys
Par Serge Okey

À Maisons-Laffitte, l’Institut médical équestre et sportif a ouvert ses portes en catimini en juillet dernier. Sous l’impulsion de la fondation hippique des courses et en partenariat avec l’Association des Jockeys, un noyau dur de sept spécialistes a déjà investi le centre de soins de la MGEN (Mutuelle générale de l’Éducation nationale). À la tête de ce dispositif avec Jean-Pascal Cabrera, référent FFE en termes de santé mentale, le docteur François Duforez dévoile les grands principes de ce dispositif annoncé comme « unique ». « La demande émane des jockeys. Eux et les cavaliers ont priorité sur les consultations, ouvertes à tous les sportifs. Les rendez-vous ont déjà commencé par le bouche-à-oreille ».
« L’IMES est une porte d’entrée vers tout un réseau de soins, détaille François Duforez, spécialiste du sommeil œuvrant aussi à l’Institut national du football de Clairefontaine, à l’Insep ou auprès du XV de France. Le mental y tient une place première, via la gestion des émotions et les risques liés de commotion cérébrale. L’Institut offre aussi un suivi nutritionnel et tout un champ lié au physique et à la rééducation avec une cavalière ostéopathe, un kiné, un médecin traumatologue du sport, un autre spécialisé dans la douleur… »

Au 1, avenue Molière, des appareils « de pointe » s’apprêtent à être livrés pour renforcer le plateau technique : salle de luminothérapie, cryothérapie, photobio-modulation, diagnostic Masak… « Le principe est d’aider à déterminer et diminuer la charge mentale. Le Masak, par exemple, est un outil qui aide à évaluer l’état mental, les niveaux de douleur et de stress, à prévenir le burn-out, voire les tendances suicidaires. »
Parallèlement, « toute une réflexion est menée sur les entraîneurs et propriétaires. Lorsqu’on leur pose la question : qui s’occupe de vous ? La réponse s’accompagne généralement d’un silence. Les données changent un peu néanmoins : si les “vieux” entraîneurs s’inscrivent toujours dans un monde de “durs”, les jeunes sont plus réceptifs aux notions d’effort et de douleur. Les métiers des courses ne s’arrêtent jamais et sont sujets à des accidents de la route. On vient de déposer à Hong Kong un projet d’évaluation de leur sommeil, qui est le meilleur régulateur de la bonne santé ». L’IMES sera inauguré « en grande pompe » au printemps prochain.