Par Emmanuel Rivron
Élément essentiel pour faire carrière dans cette exigeante profession, la détermination est un trait de caractère dont ne manque surtout pas Christophe Ferland, fils d’un père jockey reconverti responsable d’une écurie de courses. « Il avait ça dans le sang », admet son épouse Aude Ferland, elle-même issue du milieu, puisque fille de Bertrand de Watrigant. C’est ainsi qu’à 17 ans, le jeune homme né à Gouvieux décide de passer la Manche pour rejoindre Lambourn et les écuries de Charlie Mann et de Peter Walwyn, avant de devenir assistant chez Sir Mark Prescott. Retour au bercail quelques années plus tard pour rejoindre l’équipe de Richard Gibson pour qui il voyage autour du monde avec un certain Doctor Dino, vainqueur de Groupes 1 aux États-Unis et à Hong Kong, sous les couleurs de Javier Martinez Salmean « Quand Christophe lui a soumis le souhait de s’installer à son compte, M. Salmean était d’accord pour l’aider mais à la condition qu’il entraîne entre Chantilly et Madrid, se rappelle Aude Ferland. Les chevaux trop bons à Madrid mais pas assez pour Chantilly pourraient ainsi avoir plus de chances en province. Après avoir hésité entre Pau, Mont-de-Marsan et La Teste, Christophe a choisi ce dernier site pour devenir entraîneur. Il est arrivé dans le Sud-Ouest, région où tout le monde se connaît mais personne ne connaissait Christophe ! »
Avec un seul cheval à l’entraînement au tout début, le jeune cantilien passe à trois éléments qu’il prépare et conduit sur les hippodromes, tout en prospectant d’éventuels propriétaires avec la ferme intention de renforcer son tout petit effectif : « Comme il ne pouvait pas se permettre de passer une semaine aux ventes, il se focalisait sur une journée. Il n’est jamais reparti d’une vente sans récupérer des clients ou des chevaux ».
Grand habitué du meeting de Cagnes-sur-Mer, Christophe Ferland y rencontre alors Olaf Profft, manager de Simon Springer, qui lui achète une quinzaine de chevaux aux ventes d’août quelques mois plus tard, avec quelques poulains de premier plan : « Il y avait Orcus, Glowing Cloud et d’autres très bons éléments de cette génération, se souvient Aude Ferland, et bien sûr Dabirsim. Christophe a vu en Dabirsim son crack dès le pré-entraînement ». Ce magnifique poulain à la robe noire reste invaincu en cinq sorties à 2 ans avec, cerise sur le gâteau, deux victoires au niveau Groupe 1, le Darley Prix Morny en plein meeting de Deauville et le Qatar Prix Jean-Luc Lagardère, le jour du Qatar Prix de l’Arc de Triomphe : « On montrait ainsi qu’un cheval de haut niveau pouvait également être entraîné en province. Comme Millkom avec Jean-Claude Rouget quelques années plus tôt ». À la différence près que l’entraîneur de la Teste-de-Buch se trouve propulsé double vainqueur de Groupes 1 dès ses 35 ans, avec la ferme intention de briller à nouveau au plus haut niveau. Cette rapide réussite attire naturellement les clients avec un effectif approchant les 120 pensionnaires : « C’était trop pour Christophe, qui a alors décidé de réduire l’effectif pour revenir à 90-100 chevaux en moyenne. L’équipe de la Teste était extraordinaire. Il pouvait notamment compter sur son bras droit, l’ancien crack-jockey Goulven Toupel ».
CHRISTOPHE A VU EN DABIRSIM SON CRACK DÈS LE PRÉ-ENTRAÎNEMENT
Aude Ferland
Très performante sur le site de la Teste, l’écurie réalise une magnifique saison 2022 mais s’apprête alors à relever un challenge aussi excitant que risqué, en rejoignant Chantilly : « Christophe est né là-bas et ce retour lui trottait dans la tête. Quand nos plus gros clients, les frères Wertheimer, ont vu deux de leurs entraîneurs prendre leur retraite à Chantilly, ils nous ont demandé d’y aller : ça a été l’élément déclencheur. Même si des clients nous suivaient, ce n’était pas une décision facile à prendre, car nous repartions de zéro avec une équipe à reconstituer, tout en devant réapprendre à travailler à Chantilly. Christophe est arrivé en mars 2023 et moi en septembre seulement. J’ai vécu toute seule à La Teste avec la gestion du déménagement de la maison, de l’écurie et des licenciements. Le plus dur a été de licencier 30 personnes, qui ne souhaitaient pas monter sur Chantilly, ce qui peut aisément se comprendre. Ça a été horrible à vivre sur le plan émotionnel ! » Bien épaulé par son épouse, responsable de la comptabilité, Christophe ne laisse rien au hasard et élabore au quotidien les listes des lots, sans oublier les engagements de ses chevaux, tout en transmettant sa passion à ses deux fils Arthur, 15 ans, et Victor, 11 ans, grands habitués des courses de poneys : « Les samedis matin généralement, ils disparaissent à cheval tous les trois pour sauter les buttes, les troncs d’arbres, les fossés. Christophe prend également du temps pour partir en vacances. La vie de famille est un peu light, mais en tant que fille d’entraîneur, je sais ce que c’est ! »
Organisé et méticuleux, Christophe Ferland a vite retrouvé ses marques sur les pistes cantiliennes. « L’aventure c’est le trésor que l’on découvre chaque matin », chantait Jacques Brel, bien avant les exploits en piste de la fille de Sea The Stars, lauréate de son Groupe 1 début septembre à ParisLongchamp : « Christophe est assez serein en règle générale, admet Aude Ferland, mais s’était mis de la pression pour Aventure, qui se devait de remporter son Groupe 1 ». Et si Aventure a pris goût au succès au niveau Groupe 1, voilà qui ne déplairait sûrement pas à son entourage…