MIND(RE)SET N°13 Octobre 2025 | Page 51

PARTIE 1 / LA SANTÉ MENTALE DANS LES COURSES HIPPIQUES
À LA UNE

AVOIR BESOIN D’ AIDE N’ EST PAS FAIRE PREUVE DE FAIBLESSE

BERTRAND LESTRADE
© APRH
Par Serge Okey

Quadruple Cravache d’ or, triple lauréat du Grand Steeple-Chase de Paris

( Gr. 1), fort d’ un palmarès comptant plus de 1 050 victoires, Bertrand Lestrade fait figure de modèle dans le monde de l’ obstacle. Président de l’ Association des Jockeys, il milite pour une prise en charge de l’ aspect mental à toutes les étapes de la carrière de jockey. Sans plus tarder.
Galorama. Qu’ est-ce qui prime entre le talent et le mental?
Bertrand Lestrade. Je suis d’ accord avec Teddy Riner quand il dit que « c’ est du 50 / 50 ». Personnellement, je l’ ai réalisé assez tard. J’ ai espoir que dans cinq ans, on se dira: mais comment a-t-on pu se préparer ainsi? Il y a du mieux, mais on reste très en retard en France sur cet aspect-là. Chez nous, toute la préparation est basée sur le physique, le poids. La préparation mentale est quasiment inexistante. Il y a du boulot!
G. Que préconisez-vous? B. L. Déjà, une vraie prise de conscience. En France, il n’ y a pas de sport-études comme dans les autres disciplines. Paradoxalement, on a les meilleurs jockeys. Mais ils sont souvent issus du sérail. Or, à 17-18 ans, tu peux te retrouver plongé dans le grand bain sans y être préparé, sans aucune arme pour gérer l’ argent qui te tombe dessus ou les ressorts de la communication.
G. Parlez-vous de tout cela entre jockeys? B. L. Pas trop. Avant, c’ était plus festif, fraternel, moins professionnel. Aujourd’ hui, la multiplication des réunions a fait que tu n’ as plus vraiment de copains. C’ est la rivalité qui prévaut, dans le respect bien sûr. Le côté positif, c’ est qu’ on tend plus vers le sport de haut niveau, avec une meilleure préparation. Mais la pression a décuplé. Beaucoup de propriétaires sont des investisseurs, qui veulent du résultat très vite et se tournent en priorité vers les premiers jockeys. Cela n’ aide pas à mettre en selle des jockeys moins expérimentés.
G. On dit que dans le trot, les stars sont les chevaux, et que dans le galop, ce sont les jockeys: êtes-vous d’ accord avec cela?
B. L. Le jockey est la dernière roue du carrosse. Quand un cheval gagne, c’ est grâce à lui. Quand il perd, c’ est de sa faute. Il y a plus d’ offre( jockeys) que de demande. Dès lors, on se retrouve vite « squeezé ». Et puis les courses n’ ont plus le monopole du jeu. Avant, c’ était le seul sport sur lequel on pouvait parier. Avec Christophe Soumillon et Olivier Peslier, il y avait matière à amener la lumière sur notre profession. Le rugby a su le faire avec Antoine Dupont. Les courses ont besoin de leaders, de personnes auxquelles le public peut s’ identifier.
G. L’ actualité a montré que l’ après-carrière pouvait être un moment très difficile, sinon dramatique …
B. L. Passer de la lumière à l’ ombre est un cap délicat auquel les jockeys ne sont pas préparés. 90 % arrêtent avec la boule au ventre.
51 # 13