IL Y A DU MIEUX, MAIS ON RESTE TRÈS EN RETARD EN FRANCE SUR CET ASPECT-LÀ
Évoquer ce genre d’ appréhension ne fait pas partie de la culture des courses. On l’ a vu en début d’ année avec des issues effectivement dramatiques, hélas. C’ est comme ça que certains tombent dans la dépression. Sous l’ impulsion du D r François Duforez, un expert lié à l’ INSEP et à l’ Institut national du football de Clairefontaine, c’ est ce qui nous a incités à ouvrir une cellule à destination des jockeys à Maisons-Laffitte.
G. De quoi s’ agit-il exactement? B. L. L’ Institut médical et sportif( IMES): un cabinet pluridisciplinaire de santé et de sport. On a déjà un préparateur mental, un préparateur physique, un nutritionniste et un kiné-ostéopathe, bientôt des neurologues et des machines dernier cri d’ ici la fin de l’ année. Le principe, c’ est de créer des bonnes habitudes chez les jockeys de demain. Mettre des spécialistes et des outils à leur disposition, leur faire savoir haut et fort qu’ avoir besoin d’ aide, ce n’ est pas faire preuve de faiblesse. On réfléchit à une belle inauguration.
G. Le jockey est quelqu’ un de seul par définition?
B. L. Oui. Avec l’ international de rugby Maxime Machenaud, on s’ est essayé à trouver des points communs entre nos deux disciplines. Il était très surpris de voir à quel point nos univers sont différents. On est seul face au succès, face à la défaite. Et les moments fastes ne sont pas forcément les plus faciles à gérer. Face aux coups durs, il y a la résilience. Le succès, ça ne s’ apprend pas. À l’ association, Thierry Gillet et nos secrétaires sont à l’ écoute des questions de toutes sortes: conseils administratifs, importance des réseaux sociaux … L’ attitude est primordiale. On est un des rares sports concernés par un agrément. Une bagarre en boite de nuit et ta vie personnelle peut vite déteindre sur ta vie professionnelle …
G. Le danger fait partie intégrante de l’ obstacle: comment composez-vous avec? B. L. On a un côté un peu kamikaze. On grandit avec. Après un gros accident, consciemment ou non, l’ approche évolue. À Auteuil par exemple, après être tombé une fois bêtement à la rivière, inconsciemment ensuite je lâchais la main. Un endroit où on s’ est fait très mal, on l’ enfouit dans son esprit, mais ça marque. C’ est pour cela qu’ il faut inciter à sortir des non-dits. Ce n’ est pas toujours les plus doués qui font les meilleures carrières. Comme les chevaux, ce sont les plus complets.
G. Vous sortez d’ un long repos forcé: mentalement, comment avez-vous préparé votre retour?
B. L. Je sors de trois mois de break. La veille du Grand Steeple-Chase, j’ ai eu un énorme KO technique( ndrl: une chute dans le Prix Saint- Sauveur avec Ocre, fautive au petit open-ditch). Ce n’ est peut-être pas pour rien que j’ ai fait une crise de lumbago une semaine après. On intériorise beaucoup, c’ est dur à encaisser. J’ ai été inerte deux minutes et j’ ai traversé un trou noir d’ une demi-heure. Je m’ en voulais de « planter » messieurs Papot et Nicolle. Je me suis mis plus de pression à conseiller Clément( Lefebvre), qui m’ a remplacé au pied levé, que si j’ avais couru. J’ étais tellement soulagé après sa victoire.
G. Travaillez-vous, vous-même, avec un coach mental?
B. L. Avec M. Cabrera( expert fédéral), qui va travailler avec nous à l’ institut, il est génial! Avec lui, j’ ai fait tout un travail sur qui je suis, ce que je recherche, sur mon équilibre et mes envies, ma façon d’ être en accord avec moi-même, la dose de sacrifices en regard de mes aspirations, l’ approche de la victoire et de la défaite, l’ estime de soi. C’ est compliqué de mélanger qui on est, et ce qu’ on fait. Ce n’ est pas parce qu’ on perd qu’ on devient un mauvais jockey. Avant, je voulais monter 400 fois par an. Aujourd’ hui, je suis plus en quête d’ équilibre.
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