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DANS NOTRE SPORT, LA SANTÉ MENTALE N’ EST PAS SUIVIE, SAUF SI ON LE DÉCIDE
AMBRE MOLINS
© APRH
Figurant parmi les meilleures femmes-jockeys, Ambre Molins se distingue semaine après semaine sur les pistes des hippodromes français. Elle affiche déjà près de 30 victoires depuis le début de l’ année. La jeune professionnelle se livre sans concession sur la santé mentale.
Galorama. Quel est le premier mot qui vous vient à l’ esprit lorsqu’ on évoque la santé mentale des jockeys?
Ambre Molins. Tabou, sans aucun doute. La santé mentale des sportifs est un élément dont on ne parle pas assez. De mon point de vue, notre entourage professionnel l’ évoque comme une certaine fragilité. Or, depuis l’ apprentissage, on nous demande d’ être physiquement et mentalement très durs. Dans notre sport, la santé mentale n’ est pas suivie, sauf si on le décide.
G. Votre propre santé mentale a-t-elle déjà été atteinte?
A. M. Oui bien sûr. Honnêtement, je n’ ai pas vu mes parents pendant des années. J’ ai fini par grandir seule, en partant très tôt de la maison familiale. J’ ai eu du mal à leur consacrer du temps, mais ils m’ ont comprise et m’ ont permis d’ être là où j’ en suis aujourd’ hui. Je pense aussi que la réussite demande un certain égoïsme. Mais la vie vous rappelle très vite quelles sont vos priorités.
Par Loïc Stecher Chocron
Lorsque vous êtes à l’ hôpital, c’ est votre famille qui veille sur vous. Je pense que la santé mentale n’ est pas enseignée à l’ AFASEC. En tout cas, ce n’ était pas d’ actualité quand j’ y étais. Peut-être que cela a évolué. En tant que jeune, on nous a bassinés de multiples phrases de « coriaces ». Cela a été dur, oui, mais en même temps, cela m’ a permis de grandir vite.
G. Comment gérez-vous les succès et vos périodes de méforme?
A. M. La victoire n’ est pas quelque chose d’ extraordinaire. Je pense que je le vis plutôt normalement, en le savourant justement. À l’ inverse, lorsque les échecs se multiplient, j’ ai tendance à me renfermer sur moi-même. Je me remets beaucoup en question et j’ ai besoin de me recentrer.
G. Et votre poids? A. M. La pesée est primordiale. Je l’ effectue plusieurs fois par jour. Connaître son corps est tellement important pour nous, jockeys, sportifs de haut niveau. Cela demande des efforts au quotidien. D’ autant plus qu’ il faut jongler avec les transports, les horaires parfois à rallonge, les montes du jour. La nutrition est capitale mais pas que. J’ ai la chance d’ avoir un coach sportif, deux kinésithérapeutes, trois masseuses, un coach mental, une acupunctrice, une réflexologue, deux ostéopathes, une magnétiseuse ainsi qu’ un médecin généraliste. Je peux aller loin pour m’ améliorer et durer.
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