The Balanda Show N°16 Fevrier 2026 | Page 113

PÉDAGO
Jeunes étalons en péril
La crise actuelle rend difficile la mise sur orbite de tout nouvel étalon, a fortiori quand il ne conjugue pas pedigree fabuleux, excellente carrière de courses et physique irréprochable. Les juments à saillir sont moins nombreuses et la crise peut pousser les éleveurs à opter pour des reproducteurs confirmés ou des jeunes au profil très commercial plutôt qu’ à suivre leurs réelles aspirations. « Autrefois, les acheteurs venaient pour acquérir les poulains d’ une jument ou d’ une souche, aujourd’ hui ils recherchent les produits d’ un étalon. Cela nous oblige à être plus sélectifs », pose Damien Vagne. Et quand un mâle couvre 200 juments ou même davantage « il empêche un ou deux jeunes de percer », affirme Pascal Noue, qui exploite 8 étalons au haras de la Hêtraie, dont le prolifique Nirvana du Berlais, déjà père de deux gagnants de Groupe 1. Le mentor du célèbre et désormais retraité Kapgarde ajoute: « pour qu’ un étalon démontre son potentiel il faut qu’ il ait des poulains dans la paille, donc qu’ il saillisse dans l’ idéal au moins 70 ou 80 juments. » Le guide des étalons de la Fédération des éleveurs du galop présentait 156 étalons en 2025, ils ne sont que 138 cette année. Une dizaine de nouveaux sires seulement sont arrivés sur le marché français. De nombreux haras ont limité la hausse du prix de leurs étalons ou ont même baissé leur tarif pour s’ adapter aux circonstances et être mieux placés par rapport à la concurrence. Le jeune Mare Australis, qui a débuté sa carrière à La Hêtraie en 2023, est ainsi passé de 4 500 à 4 000 €. Au Haras d’ Etreham, Metropolitan, dont les premiers poulains sont foals, a vu son tarif fléchir de 15 000 à 12 000 €. Au haras de Beaumont, la saillie du populaire Intello est affichée à 7 000 € et non plus 8 000 €. On pourrait citer bien d’ autres exemples. « La crise aura peut-être l’ avantage de rendre les prix de saillie plus rationnels, analyse Nicolas Simon. Ces 20 dernières années ils ont doublé ou triplé, et les étalons débutent beaucoup trop cher. Les étalonniers ont commencé à baisser leurs prix, mais pas encore assez! » Damien et Bruno Vagne ont pris deux décisions. Pour commencer, ils investissent à chaque fois qu’ une bonne occasion se présente dans des parts d’ étalons ou droits à saillir. Leurs mises peuvent être décuplées si le reproducteur se révèle bon, et surtout cela évite de repayer des saillies chaque année. Hélas un dispositif d’ encouragement de France Galop, qui consistait à rembourser à l’ éleveur les intérêts liés à un emprunt contracté pour acquérir des reproducteurs, vient d’ être supprimé. « Pour les étalons dont nous n’ avons pas de part nous avons décidé de ne pas dépasser le tarif de 10 000 €, explique Damien. Le différentiel entre notre investissement et les saillies plus chères nous sert à financer les coûts d’ exploitation de nos jeunes chevaux. On baisse le coût de production pour pouvoir investir dans les postes de débourrage et d’ entraînement. » Le monde de l’ obstacles sort d’ une période dorée durant laquelle les acheteurs étrangers faisaient des razzias dans les prés, achetant les foals et yearlings à des tarifs généreux. Cette manne s’ est partiellement tarie et les prix offerts ne sont plus les mêmes. Les primes au naisseur ont également été supprimées sur les courses étrangères … Les éleveurs sont donc plus regardants sur le prix des saillies. « Il y a eu une bulle
Pascal Noue
© Louise Peltier
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