The Balanda Show N°16 Fevrier 2026 | Rencontre

TEL PÈRE, TELLE FILLE!

PHILIPPE & CAMILLE PELTIER

Par Emmanuel Rivron

Associés depuis 2019, Philippe et Camille Peltier sont repartis sur de nouvelles bases et ont vite trouvé leur rythme de croisière. Grâce à une organisation bien huilée et une répartition des rôles définie, le père et sa fille ont réalisé leur meilleure saison en termes de victoires en 2025 et espèrent bien poursuivre sur le même rythme cette saison ! 

Galorama. Avez-vous été surpris quand Camille vous a dit qu’elle souhaitait devenir entraîneur ?

Philippe Peltier. Non, pas du tout. Camille était mordue de chez mordue, dès son plus jeune âge. Elle était « toujours dans mes pattes » sur les hippodromes. Je ne l’ai pas dissuadée, mais je l’avais prévenue que c’était un métier dur. Camille a tout de même suivi une filière générale au niveau scolaire, car on n’est jamais à l’abri dans ce métier. Elle avait suivi un BTS de comptabilité et gestion en alternance chez Guy Chérel avant de connaître des expériences en Angleterre, en Irlande, en Australie, sans oublier en France chez André Fabre. Elle a fait ses classes un peu partout, ce qui lui a beaucoup servi, comme son expérience dans les épreuves pour cavalières, elle qui a dû gagner une trentaine de courses. 

G. Comment s’étaient passés les premiers mois de collaboration entre père et fille ? 

P. P. Cela n’a pas été forcément évident au départ, car j’avais mes idées de « vieux con ». Il ne faut pas oublier que j’avais travaillé une trentaine d’années tout seul. Il y a eu quelques « engueulades », il faut bien le reconnaître et heureusement que ma femme était là pour faire le tampon. En plus de cela, nos premiers mois d’association ont coïncidé avec une période de rhino à l’écurie, suivie par le COVID. Mais comme nous avions des poulains estimés, nous ne nous sommes pas trop affolés. 

G. Qu’a apporté Camille à l’écurie ? 

P. P. Camille a apporté de la fraîcheur dans un métier où il ne faut surtout pas s’endormir sur ses lauriers. La jeunesse, ça booste ! Le fait qu’elle parle anglais est un vrai plus pour l’écurie avec une clientèle internationale désormais. Je lui ai donné des responsabilités et c’est parti maintenant. Il faut se faire confiance mutuellement. Cette association est un plus pour moi et ça m’a beaucoup soulagé, d’autant qu’il y a des courses partout à présent. C’est un vrai bonheur d’être associés. 

G. Quelle est la qualité principale de Camille, ainsi que ses défauts ? 

P. P. Camille est travailleuse, assurément. Et il le faut pour faire tourner une entreprise, surtout dans ce métier. Quant à ses défauts, on en a tous et c’est avec l’expérience qu’on corrige ses erreurs. 

G. Si la casaque Peltier se distingue régulièrement sur les obstacles, elle a également brillé au trot grâce à Matisse du Pont récemment. Quelle est la genèse de cette histoire ?

P. P. Comme j’avais vendu la moitié d’un pur-sang, Modus Operendi, à Jean Michel Bazire, il m’a trouvé un trotteur, Matisse du Pont. Ce poulain a gagné à Vincennes cet hiver sous nos couleurs. Ça fait vraiment plaisir. D’ailleurs, l’établissement de la Chapelle-d’Aligné (72), où nous sommes installés, était un centre d’entraînement pour les trotteurs avant moi. Et mon grand-père, Pierre, avait commencé avec des trotteurs dans des courses de pays, avant de tomber sur un très bon pur-sang, du nom d’U Master. S’il avait trouvé un bon trotteur, peut-être que j’entraînerai au trot ! 

G. En tant que fille d’entraîneur, la découverte des chevaux a dû être très précoce, n’est-ce pas ?

Camille Peltier. Effectivement, j’avais eu mon premier poney dès mes 3 ans. J’étais toujours avec mon père étant petite et j’ai commencé par le concours complet jusqu’à mes 16 ans, avant de monter en course pour cavalières. J’ai rapidement vibré dans les tribunes grâce à des chevaux comme Décétia ou encore As d’Atout. Je me rappelle également bien l’Anjou Loire Challenge d’Imposant : j’étais gamine et je pleurais déjà de stress à mi-course. 

G. Pourquoi avoir décidé de vous associer avec votre père ? 

C. P. J’ai toujours voulu devenir entraîneur, mais, au départ, je voulais m’installer toute seule. J’étais même allée voir quelques installations. Un jour, papa m’a dit que ce serait quand même dommage de ne pas nous s’associer. J’ai hésité, mais j’ai franchi le pas.

G. N’est-ce pas risqué pour l’harmonie familiale de travailler en association avec son père ?

C. P. Ça peut l’être, d’autant que nous avons deux caractères forts. J’arrivais avec mes nouvelles idées et lui était habitué à entraîner tout seul. C’était un peu compliqué au début, dans un contexte peu favorable et il y a eu quelques accrochages. Heureusement que ma mère était là, tout comme le premier garçon, Olivier Cacquevel. Au fur et à mesure du temps, mon père a su me laisser de la place.

G. Quelles sont les principales qualités de votre père ?

C. P. Il a eu cette intelligence de partager et de voir les choses à deux, ce que tout le monde n’a pas. Ce n’est pas forcément simple cette ouverture d’esprit. 

G. Et ses défauts ?

C. P. Il peut être gueulard mais n’est pas rancunier, et il sait se remettre en question, même si ce n’est pas au moment même. Il arrive à peser le pour et le contre. Il n’a pas trop de filtres quelquefois, n’étant pas toujours trop diplomate.

G. Quelle est votre organisation, hors meeting de Pau ?

C. P. Je suis dans la cour à 5 h 30 : je nourris les chevaux et fais les boxes ensuite avec les gars. Je monte à cheval toute la matinée et lui s’occupe des engagements. On discute au café des différents travaux. Papa entretient la piste et observe à pied les exercices des chevaux. Nous avons ainsi deux angles de vue avec deux ressentis différents. C’est intéressant et complémentaire.

G. Comment se passe la communication avec vos propriétaires ?

C. P. Nous avons généralement nos propriétaires attitrés. Les clients historiques communiquent naturellement avec mon père. Je m’occupe notamment des propriétaires étrangers, mais pas seulement. Nous communiquons régulièrement via des messages WhatsApp. Il est primordial de donner des nouvelles des chevaux aux propriétaires.

G. Quid de la répartition des tâches durant l’hiver ?

C. P. Papa s’occupe des poulains à l’écurie tandis que je suis à Pau. Quand j’étais petite et qu’il faisait les meetings, nous le rejoignions à Pau pendant les vacances avec ma mère et mes sœurs cadettes. J’ai également fait des hivers pour Guy Chérel. Pau est un peu ma deuxième maison.

G. Parmi vos chevaux présents dans le Béarn, votre fer de lance, Callisto du Nord, a conservé son invincibilité sur les obstacles. Quelle est l’histoire de ce poulain ?

C. P. Callisto a été élevé par mes parents. Nous avons développé et amélioré l’élevage ces dernières années en allant vers de meilleurs étalons et ça fonctionne plutôt bien. Éclipse de Cotte, la mère de Callisto, avait gagné sous l’entraînement de mon père, avant qu’il l’envoie à l’élevage. Nous sommes allés à Chœur du Nord, étalon confirmé que l’on aime bien et qui donne des gentils chevaux. Édouard Monfort, un de mes meilleurs amis, s’est greffé à cette belle histoire familiale. Il voulait acheter un yearling d’obstacles et l’a choisi dans les prés. C’est vraiment très sympa de partager cela en famille et entre amis. Callisto a bien récupéré de sa dernière victoire et la suite logique est le Prix Camille Dubosq (08/02), toujours au Pont-Long.