The Balanda Show N°16 Fevrier 2026 | Hommage

NICOLAS BLONDEAU

HOMMAGE À UN HOMME DE CHEVAL

Sa disparition a ébranlé toute la filière hippique et équestre. Nicolas Blondeau s’ en est allé le 22 janvier 2026 à Saumur d’ une crise cardiaque après être descendu de cheval. Débourreur et formateur reconnu, cavalier aguerri et ancien gentleman-rider, homme de culture, il aura dédié sa vie à « éduquer les chevaux et débourrer les hommes », donnant naissance à une méthode universelle patiemment construite, mais aussi à une école Blondeau ouverte en 2005 avec sa femme Florence. Ce centre de formation unique en son genre deviendra rapidement une référence internationale en approche éthologique, attirant un large panel de professionnels et passionnés. Nous avions rencontré Nicolas Blondeau en janvier dernier, à l’ occasion d’ une UNE dédiée aux débourreurs-pré-entraîneurs. Retour.

« LA VOIX A UN RÔLE FONDAMENTAL »

les petits secrets de la fameuse méthode Blondeau

Axée sur une « relation de confiance » entre l’ homme et le cheval, la méthode Blondeau est répandue dans les centres de débourrage et reste la référence écrite en la matière. Entretien avec son auteur Nicolas Blondeau.

Par Serge Okey

Galorama. Quelles sont les grandes caractéristiques des chevaux?

Nicolas Blondeau. Ce sont des animaux sociaux dont l’ organisation repose sur deux types de relations fondamentales: la hiérarchie et les relations affines. Ce sont de véritables négociateurs dans leurs interactions, capables de tisser des liens affectifs forts et durables. Le cheval est un être d’ une sensibilité exceptionnelle, doté d’ un intellect structuré et d’ une grande capacité d’ adaptation.

G. Un cheval est-il fait pour travailler?

N. B. Le fondement de sa relation avec l’ homme est d’ avoir quelque chose à accomplir. Rompre ce lien de travail avec les chevaux entraînerait leur disparition. Ils sont capables de s’ engager dans une relation de coopération, de nouer des liens forts avec les humains et le métier qu’ ils exercent. À condition qu’ ils comprennent les attentes et qu’ ils trouvent motivation à le faire, le travail devient un élément structurant de leur individualité.

G. Quel est l’ esprit de la méthode Blondeau et en quoi consiste-t-elle?

N. B. Elle favorise une relation de confiance et de coopération entre l’ humain et le cheval, quelle que soit la discipline. En analysant le mental et le physique de chaque cheval, elle préserve son potentiel et garantit un apprentissage durable. Elle consiste à entrer directement dans l’ éducation du cheval, en s’ adressant à lui comme à quelqu’ un. L’ objectif est de l’ amener à participer pleinement à tout ce qui lui est proposé. Elle est applicable à tous les chevaux, car elle prend en compte la personnalité de chacun à chaque étape.

G. Quelles sont les différentes étapes du débourrage selon votre méthode?

N. B. La méthode Blondeau se déroule en 20 étapes progressives, permettant au poulain d’ intégrer chaque nouvelle situation avec confiance. Parmi ces étapes essentielles, on retrouve: les premières manipulations réalisées à l’ intérieur du box, l’ embarquement et le débarquement dans un van, le premier montoir réalisé au box, les premiers pas montés à l’extérieur du box.

G. Que faut-il absolument faire et ne surtout pas faire avec un cheval?

N. B. D’ abord, rendre le cheval confiant. Il ne faut pas chercher à le pousser par l’ arrière pour obtenir le mouvement, mais plutôt appliquer le procédé bauchériste, qui consiste à solliciter la marche en avant en utilisant la baguette sur l’ avant-main. La seule difficulté à surmonter pour le cheval est la peur de
l’homme ou de ce qu’il peut lui demander. L’ objectif est de devenir au plus tôt son référent. Il est également essentiel de ne pas sédater un cheval qui, endormi, ne peut rien apprendre.

G. Vous débourrez des chevaux de plat, de trot et de sport: quelles sont les différences dans l’ approche?

N. B. Aucune.

G. Combien de personnes formez-vous en moyenne?

N. B. Entre les formations intra-entreprises d’ une journée et les formations en apprentissage d’ une année, 230 personnes par an.

G. En quoi consiste le programme de recherche CHEVALÉDUC et où en est-il?

N. B. Dirigé par Jocelyne Porcher (INRAE) en partenariat avec la région Normandie, il a exploré la question suivante: « Le débourrage du jeune cheval est-il une formation professionnelle? » L’ École Blondeau a été retenue comme terrain d’ observation. L’ étude a porté sur un panel de 100 jeunes chevaux, mâles et femelles, en interaction avec des hommes et des femmes, permettant de recueillir de riches données statistiques. Les résultats ont mis en évidence le rôle fondamental de la voix dans l’ accompagnement affectif du cheval, en pleine transformation lors du débourrage. Ce programme a donné lieu à de nombreuses publications scientifiques.