The Balanda Show N°16 Fevrier 2026 | Jehan Bertran de Balanda - Partie 1

Un demi-siècle de courses

Jehan Bertran de Balanda

« J’ ai eu la chance de toujours vivre de ma passion »

Par Céline Gualde

Ça y est, Jehan Bertran de Balanda est à la retraite ! Après un demi-siècle de carrière et 1 860 victoires au galop, le désormais ex-entraîneur a pris la direction de la Normandie, non sans ressentir une certaine peur du vide. Mais après deux mois de sa nouvelle vie, tout va plutôt très bien pour cet épicurien.

C’est une petite maison pimpante, nichée au cœur du Calvados, non loin de Deauville. Des colombages très couleur locale, quelques pommiers, une pelouse vert pomme… On jurerait une carte postale de la campagne normande. Dans un paddock, deux ânesses et une jument bavardent autour d’une botte de foin : on reconnaît Romane Tame, la « ponette » de Jehan Bertran de Balanda, celle qui l’accompagna des années durant sur les terrains de concours hippique comme à la piste à Maisons-Laffitte. Elle aussi a pris sa retraite, accompagnant son cavalier et l’épouse de celui-ci, Véronique, dans leur nouvelle aventure.

À l’intérieur de la maison, un feu crépite dans la cheminée. Sa chaleur douce rend le sirotage d’un petit café encore plus agréable. Deux chiens se prélassent sur le canapé pendant que Jehan de Balanda, l’œil pétillant, se raconte.

Galorama. Comment vivez-vous cette retraite ?

Jehan Bertran de Balanda. Beaucoup mieux que je ne le pensais ! Je craignais de ressentir un manque, mais j’ai trouvé mon rythme. Je prends des cours de golf, de pilates, nous allons beaucoup au cinéma… Je suis également membre du comité de l’hippodrome de Clairefontaine. Nous aimons vivre en Normandie, Véronique et moi, dans cette maison acquise il y a une quinzaine d’années auprès d’une vieille dame qui y était née ! C’était un coup veinard. Le haras de mon fils Nicky est tout proche, mon autre fils Olivier est lui aussi dans le coin, il a un restaurant, la cantine des Fanfarons, à Manneville-la-Pipard. Je peux profiter d’eux. Je suis retourné dans mon ancienne écurie à Maisons-Laffitte, le 22 janvier, pour la première fois. Je voulais voir sauter mes chevaux chez Nathan Vergne, qui est installé dans mon ancienne cour. J’avais une boule au ventre en partant de chez moi, mais j’ai finalement passé une excellente matinée grâce à Nathan et j’étais heureux de revenir ici ensuite. Depuis que je suis retraité, je n’ai plus mal au dos ! Mes douleurs étaient liées au stress.

G. Pourquoi avoir cessé d’exercer fin 2025, à 71 ans, et pas plus tôt ou plus tard ?

J. B. d. B. Il n’est pas facile de dire « j’arrête » quand on exerce un métier-passion. J’ai débuté dans le monde des courses à 15 ans ! J’adorais entraîner et, en 47 ans de carrière, pas une fois je n’ai eu besoin d’un réveil pour me lever à 5 heures du matin. C’est la conjoncture actuelle qui m’a poussé à tourner la page. Je me concentrais sur le travail du matin et n’allais plus trop chercher les clients, j’étais un peu dépassé. Et puis les deux ou trois dernières années, j’appréhendais les accidents quand j’allais sur les hippodromes. L’obstacle est une discipline difficile et je me sentais responsable en cas de coup dur.

G. Vous êtes né dans une famille de cavaliers de saut d’obstacles. Pourquoi avoir pris la voie des courses ?

J. B. d. B. Mon grand-père, Pierre, a été vice-champion olympique de CSO en 1928 à Amsterdam avec son cheval Papillon XIV. Mon père, Marc, qui était officiellement viticulteur, passait le plus clair de son temps sur les terrains de compétition avec son grand ami, le cavalier de légende Pierre Jonquères d’Oriola, devenu le parrain de ma sœur. Mon frère, Gilles, a été deux fois champion du monde de saut d’obstacles par équipe à vingt ans d’intervalle, en 1982 et 2002. Il a une équitation magnifique et nous nous parlons beaucoup « chevalistiquement ». J’ai moi-même pratiqué le saut d’obstacles jusqu’aux épreuves juniors, souvent avec des pur-sang réformés que mon père nous trouvait. J’étais petit, léger et surtout mauvais élève, je me suis vite retrouvé à l’école des courses !

G. Et vous avez débuté comme jockey…

J. B. d. B. Oui, mais j’étais nul ! Léger et sérieux certes, mais cela ne suffit pas ! Je n’avais pas de nerfs, et de toute façon c’est l’entraînement qui me passionnait. J’ai énormément observé la méthode de mes patrons successifs, Pierre Etchebest à Pau puis Étienne Mazoyer dans le Centre. Plus tard, j’ai travaillé chez François Boutin et même si notre collaboration a été assez courte, il m’a énormément appris sur le travail des jeunes chevaux.

G. Racontez-nous vos débuts ?

J. B. d. B. Je suis allé travailler un réformé des courses chez une amie en région parisienne. Elle m’a dit : « tu sais que c’était un crack ? » Je me suis du coup renseigné sur ce cheval qui s’appelait Sean. C’était un ex-Rothschild qui s’était classé troisième du Prix Hocquart (Gr.2 à Longchamp) et avait été réformé pour une tendinite. Mais ses jambes me semblaient impeccables. On a fait venir le vétérinaire des chevaux de mon frère, et il nous a donné le feu vert. J’ai pris mon camion et suis parti avec Sean et un autre cheval à Lyon, où je connaissais pas mal de monde. Maxime Césandri m’a hébergé et j’ai commencé à entraîner fin 1977. À l’époque, pour se lancer, il fallait avoir deux parrains et trois casaques. Mes parrains étaient Étienne Mazoyer, mon père dans les courses, et Jean Boulard. Les couleurs, celles de mon père - casaque bleue, croix de Saint-André bleu marine, toque bleue -, d’Étienne Mazoyer et de Bernard Noirot, pour lequel je montais en province. Sean a gagné le Grand Prix de Hyères puis a répété à Vichy. J’ai ensuite eu de bons propriétaires comme Hubert Carion, ma carrière était lancée ! Sean m’avait mené à Lyon, un autre cheval m’a fait prendre la direction de Maisons-Laffitte : Trypolo*. Il a gagné le Grand Steeple des quatre ans à Lyon-Parilly en 1985. Il n’avait plus grand-chose à courir dans l’Est. Mon ami et collègue Jack Barbe m’a conseillé de l’engager à Enghien et Auteuil. Il avait raison puisque Trypolo y a notamment remporté le Prix Maurice Gillois - Grand Steeple des quatre ans, en 1985. Je me suis dit : « C’est à Paris que cela se passe ! » et j’ai trouvé à m’installer à Maisons-Laffitte en 1986. Ma grande fierté est d’avoir été entraîneur tête de liste pour ma dernière année à Lyon, en devançant mon maître d’apprentissage Étienne Mazoyer !

G. Vos chevaux ont souvent eu des carrières très longues. Y avait-il une « méthode Balanda » ?

J. B. d. B. Une méthode je ne sais pas, mais le respect du cheval était au centre de tout. Je suis persuadé que le plus important n’est pas de savoir préparer un cheval – car si on ne sait pas faire cela, il ne faut pas entraîner ! – mais de savoir gérer sa récupération après la course. Pourra-t-il recourir à 10 jours, 3 semaines, 1 mois ? Il faut savoir l’observer afin de préserver la suite de sa carrière.

G. Comment avez-vous vu évoluer les courses au fil du temps ?

J. B. d. B. J’ai adoré l’hippodrome d’Enghien, quelle tristesse que l’obstacle y ait été supprimé ! C’était un véritable tremplin pour Auteuil, on n’y écœurait pas les chevaux. Compiègne ne peut pas prétendre le remplacer, cela n’a rien à voir. Enghien permettait une progression. Je trouve que le programme des courses est moins bien établi qu’avant et qu’il est devenu plus compliqué d’organiser la carrière des chevaux de « moyenne gamme ». Aujourd’hui les entraîneurs doivent prendre des participations dans presque tous les chevaux. Et puis durant la plus grande partie de ma carrière, il n’y avait pas de jockeys free-lance, on n’avait pas à appeler leur agent, on leur parlait directement ! J’avais Thierry Gillet, Denis Leblond, Laurent Métais, Dominique Bressou, Yannick Fouin, Boris Chameraud à domicile. Des jockeys, j’en ai formé quelques-uns ! Je suis fier de la réussite de garçons comme Bressou ou Fouin, j’espère qu’ils ont appris des choses avec moi. Je suis passé au bon moment, à la bonne époque. J’ai eu la chance de toujours vivre de ma passion.

G. Quel est votre meilleur souvenir des courses ?

J. B. d. B. C’est peut-être l’hommage qui m’a été rendu à Auteuil lors du dernier week-end international de l’obstacle, en novembre. Lorsqu’on m’a donné le micro, au rond de présentation, j’avais mes deux petites-filles contre moi et, en tournant la tête, j’ai vu mes fils en larmes. Ça m’a beaucoup ému et j’ai bien failli perdre mes mots ! Je n’avais jamais compté mes victoires. Quand ils ont sorti les statistiques je me suis dit que ce n’était pas si mal !

Le 29 novembre, lors de la victoire d’Ocre dans le Prix Sytaj (Gr.3), la dernière course de ma carrière, il pleuvait des trombes d’eau. Lorsque je suis rentré dans le restaurant de l’hippodrome, mes collègues et les professionnels présents m’ont fait une ola. Ça te secoue un peu tout de même ! C’est Dominique Bressou qui va entraîner Ocre désormais. Le Prix Sytaj était la première victoire de Groupe pour la casaque Searching de Matthieu Ponson, ce qui rendait le moment encore plus exceptionnel.

Remporter des courses c’est normal lorsqu’on entraîne, alors les meilleurs souvenirs de ma carrière sont surtout des moments de convivialité. Gagner un Groupe en Italie, à Milan, avec Tarte aux Pommes montée par Thierry Gillet par exemple. La confiance et l’amitié sont les priorités. Jean-Pierre Raymond a été propriétaire chez moi durant 38 ans. Nous sommes inséparables et malgré cela nous nous vouvoyons toujours ! J’ai beaucoup d’amis et j’en suis fier.

G. Vous restez finalement très actif dans l’univers des courses ?

J. B. d. B. Oui ! Pour commencer j’ai toujours adoré élever et je continue. J’ai 4 juments en association, notamment avec Catherine Bonneau qui est installée dans la Manche. J’ai fait naître plusieurs bons chevaux dont Sleeping Blue, vainqueur de la Grande Course de Haies d’Enghien en 2009 par 10 longueurs, pour les couleurs de Jean-Pierre Raymond. J’avais d’ailleurs gagné la saillie de l’étalon Sleeping Car dont il est issu. Parmi mes poulinières il y a Melle April, en association avec Thomas Lebaron. C’est une fille de Khalkevi dont je suis co-naisseur et qui a gagné 3 fois à Auteuil. Elle sera saillie pour la première fois cette année. Et puis je continue à suivre les chevaux de Jean-Pierre Raymond et de Matthieu Ponson. Ce sera une bonne occasion de nous retrouver sur les hippodromes et ailleurs !

La société d’entraînement JBB a évolué, nous avons créé Castle Racing. Ce nom est une idée de Véronique, car nous habitons à Blangy-le-Château dont les habitants se nomment les Castelblangeois. Les statuts ont déjà été approuvés par France Galop et cette entité portera mes diverses activités. Je découvre aussi le rôle de propriétaire chez Nathan Vergne et Dominique Bressou. J’échange beaucoup avec eux. Pour l’instant ce n’est que du plaisir !


Nicolas Bertran de Balanda

« Mon père s’ est toujours investi corps et âme »

ParSergeOkey

Témoin privilégié de la carrière de Jehan Bertran de Balanda, son fils Nicolas est très admiratif du long palmarès inscrit par son patriarche dans les annales de l’obstacle et du plat. Anatomie d’une empreinte de près d’un demi-siècle par le prisme de l’héritage.

S’il fallait un mot. Un seul, pour décrire son paternel ? « Passionné », répond sans hésiter Nicolas Bertran de Balanda, fils cadet du héros de ce numéro. « C’est quelqu’un qui s’est toujours investi à 200 %, corps et âme. Son tempérament, cette passion sont le moteur de sa réussite, dont je suis très fier. Pour avoir été moi-même entraîneur, je suis bien placé pour mesurer qu’une course n’est jamais gagnée d’avance. Il s’est illustré en obstacles, mais aussi en plat avec de très bons chevaux. Sa longévité est d’autant plus admirable ». Bon sang ne sachant mentir, Jehan Bertran de Balanda a naturellement mis « très tôt » le pied à l’étrier à Nicolas. « C’est lui qui m’a fait monter sur mes premiers poneys et chevaux, qui m’a transmis le virus, encouragé et beaucoup appris. Il m’a aiguillé au début. Après, j’ai fait mon chemin ». Gentleman-rider, entraîneur, courtier, propriétaire, éleveur. Un champion d’Auteuil nommé Gémix, une parenthèse irlandaise chez Tattersalls, une solide réputation sous la « casaque » commerciale NBB Racing… Nicolas Bertran de Balanda incarne un héritage multi-casquettes.

« La rage de vaincre et l’instinct »

Dans cette famille d’officiers militaires, de stars du CSO et des hippodromes, l’honneur est un devoir qu’on s’habitue depuis longtemps à recevoir. Sans doute le salaire de valeurs comme l’exigence, vertu cardinale coulant dans la sève du grand arbre généalogique Bertran de Balanda. Dans les propos des jockeys et entraîneurs que son patriarche a formés, deux qualificatifs reviennent régulièrement en boucle : « Un patron dur, mais juste ». Nicolas Bertran de Balanda ne sait que confirmer : « Mon père a l’exigence du travail bien fait. Ce n’était certainement pas le patron le plus facile. C’est quelqu’un de rigoureux, mû par la rage de vaincre. » Un autre mot le décrit bien selon son fils : « L’instinct ». « Il avait ses méthodes, mais a beaucoup fonctionné au feeling ».

Quand Marcel Roland évoque une sensibilité pas toujours facile à soupçonner, Nicolas valide encore : « C’est vrai, mais la carapace est épaisse », sourit-il. Au moment de l’hommage visant à saluer ses 47 ans de carrière, à Auteuil, le vernis a précisément perdu de sa robustesse. Sur le visage de Jehan Bertran de Balanda, l’émotion était palpable. « Ce fut un moment très fort pour lui, il a été sensible au résumé de ses performances, aux personnes chères autour de lui, cela l’a un peu secoué ».

« Les choses simples »

Jehan Bertran de Balanda vibre-t-il pour autre chose que les chevaux ? Encore faudrait-il que cette passion dévorante laisse un peu de place à d’autres latitudes. Au-delà de quoi, l’intéressé aime « les choses simples » : « Voir ses petits-enfants, passer des bons moments avec les gens qu’il aime, se faire un bon petit resto, mais c’est quelqu’un de raisonnable ».

Non, pas de passe-temps particulier au-delà des chevaux. Comme beaucoup d’anciens, Jehan Bertran de Balanda est fait de ce bois-là. Si, tout de même : un intérêt assez assidu pour l’art. Surtout s’il s’agit d’un tableau signé d'Hubert de Watrigant, ami auquel « il a demandé de peindre ses meilleurs chevaux ». « Il admire beaucoup son travail ». À l’occasion, ses proches savent qu’un petit coup de cœur pour une sculpture, un joli bronze déniché chez Drouot, un tableau de cheval, de chasse, accrochera forcément un sourire et sa reconnaissance.

« A priori, il se met un peu au golf »

Devant pareille dynastie, on pourrait s’attendre à ce que de grandes réunions de famille aient bercé des traditions comme Noël. La saga Bertran de Balanda étant très répandue de par le monde, avec des cousins et petits-cousins aux quatre « coins » du Globe, la vérité est plus intime. Depuis novembre, Jehan Bertran de Balanda a élu domicile avec son épouse dans leur maison secondaire, au sud de Pont-l’Évêque. À deux pas de ses deux fils, basés eux aussi en Normandie. À quoi devrait ressembler sa retraite ? « A priori, il se met un peu au golf, mais pour le reste, je crois qu’il ne sait pas encore. Ce qui est certain, c’est qu’il va garder un pied dans les chevaux, via des activités de conseils ». Les années passent sans que la passion ne batte en retraite. Les carrières s’achèvent, mais les œuvres demeurent.


TOP 5 des plus grands protégés de Jehan Bertran de Balanda

Par Paul Casabianca

Après 47 ans de carrière et plus de 1 800 victoires, difficile d’ évoquer tous les succès de l’ ex-entraîneur mansonnien. Voici un florilège des cinq chevaux qui ont, à leur manière, marqué de leurs empreintes l’ immense carrière de Jehan Bertran de Balanda.

TRYPOLO, À JAMAIS LE PREMIER

Parce que les premières fois ne s’ oublient pas, Jehan Bertran de Balanda n’ est pas prêt d’ oublier la date du 17 novembre 1985. Sur l’ hippodrome d’ Auteuil, ce jour-là, Trypolo va lui offrir son premier Groupe 1, dans l’ épreuve reine des 4 ans: le Prix Maurice et Jean Gillois – Grand Steeple-Chase. Après avoir soufflé ses 30 printemps à l’ été 1984, le natif de Toulouse rayonne au plus haut niveau dans le temple de l’ obstacle. Dans une arrivée extrêmement disputée, Trypolo (Apollo Eight), reconnaissable par sa jolie robe grise, domine d’ une courte tête Mister Sy. Pour le plus grand bonheur de son mentor, vainqueur à 31 ans de son premier Groupe 1. Trypolo, lui, conclua sa carrière à l’ âge de 10 ans avec 10 victoires au compteur et 37 places en 79 sorties.

LE SAUVIGNON, L’ INVINCIBLE

14 ans après son premier titre Groupe 1, Philastre, lauréat en 1999 du Prix Maurice Gillois – Grand Steeple-Chase des 4 ans, permet à Jehan Bertran de Balanda d’ atteindre de nouveau les sommets pour la deuxième fois dans cette épreuve. Le début des années 2000 marque un véritable tournant dans sa carrière. L’ entraîneur du champion Le Sauvignon (Morespeed), associé à son fidèle partenaire Dominique Bressou, demeura invaincu en obstacles de mai 2000 à décembre 2002. Dix-neuf mois d’ invincibilité couronnés par 8 victoires (dont 7 au niveau Stakes) et trois de Groupe 1! Le fils de Morespeed aligne les bâtons avec classe et désinvolture et offre à son mentor ses lettres de noblesse. Pour la première fois de sa carrière, le nom Bertran de Balanda figure au palmarès de la Grande Course de Haies d’ Auteuil (2000 et 2001) et du Grand Prix d’ Automne (2000). Un triptyque inédit et historique, puisqu’ ils ne sont que 2 chevaux (N. D. L. R: Evohé II l’ a réalisé en 1937-1938) dans l’ histoire à avoir conservé leur titre dans la Grande Course de Haies d’ Auteuil, après avoir épinglé dans l’ intervalle le Grand Prix d’ Automne.

TURGOT LE FAIT ENTRER DANS LA LÉGENDE

Remporter le Prix Haye la Jousselin (Gr.1) comme le Grand Steeple-Chase de Paris (Gr.1) est le rêve de tout entraîneur d’ obstacle. Jehan Bertran de Balanda connaîtra la consécration une seule fois dans sa carrière, à l’ âge de 54 ans, avec Turgot (Turgeon), le 7 novembre 2004. Au terme des 5 500 mètres du parcours, sur un terrain très souple, le protégé de Magalen Bryant, associé à Laurent Métais, permit à l’ entraîneur mansonnien d’ entrer à jamais dans la légende d’ Auteuil. Alors âgé de 7 ans, Turgot remporta, lui, le deuxième Groupe 1 de sa carrière. Le premier fut obtenu 3 ans plus tôt, dans le Prix Inspace – Ferdinand Dufaure (Gr.1). Pour le même entraînement, évidemment, mais avec Dominique Bressou (encore lui) comme partenaire.

KAUTO STONE, UNE GRAINE DE KAUTO STAR

Frère utérin d’ un certain Kauto Star, l’ un des plus grands compétiteurs sur les obstacles de ce siècle, vainqueur à cinq reprises du King George Chase (Gr.1), Kauto Stone avait dans ses gènes une graine de star. Six ans après avoir produit une légende vivante, sa mère, Kauto Relka, donna naissance le 7 mars 2006, à Kauto Stone. Ce fils de With the Flow, entraîné par Jehan Bertran de Balanda, connaîtra des débuts difficiles sur les obstacles (arrêté puis tombé), avant de montrer tout son potentiel, lors du meeting d’ été de Clairefontaine. Deuxième du Racing Post Prix Cambacérès (Gr.1) 2009 à la fin de son année de 3 ans, il remporta de toute une classe le Prix Maurice Gillois (Gr.1) l’ année suivante, associé à Christophe Pieux. Âgé de 5 ans, il rejoint ensuite l’ entraînement de Paul Nicholls en Angleterre. Un match avec son frère aîné Kauto Star est même envisagé dans le King George Chase. Ce duel n’ aura pas lieu. Kauto Stone collectionna les places au plus haut niveau avant de remporter un deuxième Groupe 1, outre- Manche, le 3 novembre 2012.

OCRE, LA PLUS SYMBOLIQUE

Ému aux larmes, accompagné de sa petite-fille, Jehan Bertran de Balanda regarde sous la pluie, les yeux remplis d’ émotions, l’ hommage rendu par France Galop, lors des 48 H de l’ Obstacle. Des larmes de joie tombèrent du ciel ce jour-là. Deux semaines plus tard, l’ entraîneur mansonnien présente son dernier partant à Auteuil, dans le Prix Sytaj (Gr.3). Préparée avec soin et minutie par son mentor, Ocre (Jeu St Éloi) terrasse l’opposition pour s’ offrir la plus belle victoire de sa carrière. Le voir sortir par la grande porte était le souhait de tout un chacun. Cela faisait 13 ans que Jehan Bertran de Balanda n’ avait pas sellé un lauréat de Groupe. Cette victoire ô combien symbolique est à l’ image de ses 47 ans de carrière, belle et grandiose. Ocre, elle, devrait encore nous conter de belles histoires cette année.