The Balanda Show N°16 Fevrier 2026 | Obstacle

EMMANUEL CLAYEUX, ROI DU CROSS-COUNTRY

Le meeting d’ obstacles de Pau s’ achève le 8 février, Emmanuel Clayeux peut se féliciter, une nouvelle fois, de la réussite de ses chevaux de cross-country, parmi lesquels le champion Hip Hop Conti, toujours au sommet.

Lorsque j’ai croisé Emmanuel Clayeux lors de la Vente d’Automne ARQANA, en novembre dernier, pour prendre de ses nouvelles, je lui ai demandé comment se présentait son effectif à l’approche de Pau. Il m’a répondu qu’il comptait près de 30 chevaux, dont 7 environ spécialistes du cross-country, parmi lesquels le champion Hip Hop Conti. Emmanuel Clayeux a d’ailleurs toujours eu d’excellents chevaux de cross. À l’époque où je travaillais chez lui, Urgent de Grégaine, Diesel d’Allier et Net Lady étaient les plus en vue, avec Lucky Net Love qui montait également en puissance. Les chevaux n’étaient jamais brusqués, et l’on comprenait rapidement qu’ils étaient faits pour la discipline du cross-country. Que ce soit parce qu’ils n’appréciaient pas les haies ou le steeple-chase, ou simplement parce qu’ils montraient une aptitude naturelle au saut et au style requis pour réussir dans ce registre. Nous emmenions souvent les chevaux de cross pour des sorties d’une heure et demie, durant lesquelles ils sautaient fossés, talus, troncs d’arbre et galopaient dans les bois, enchaînant virages et changements de rythme. Autant d’exercices qui, selon moi, aident les chevaux à s’adapter aux exigences d’une discipline, et une conviction partagée par Emmanuel Clayeux.

Le fer de lance

L’équipe Clayeux pour le cross-country n’a sans doute jamais été aussi forte que cette année. Elle était emmenée par Hip Hop Conti, triple vainqueur du Grand Cross de Pau (Listed). Un cheval vraiment remarquable : assez ordinaire en haies et en steeple, il s’est en revanche parfaitement adapté aux virages et aux difficultés du célèbre cross palois, comme un poisson dans l’eau. Il n’avait que 2 ans lorsque je travaillais chez Emmanuel Clayeux, et sans être impressionnant, il possédait ce petit quelque chose, cette particularité qui laissait penser qu’il pourrait bien s’en sortir. Sa morphologie compacte et son dos court le rendent très agile, et grâce à une arrière-main puissante, il franchit sans difficulté les montées, les descentes, les talus et le passage de route. Je pense que la variété des obstacles du cross correspond parfaitement à son mental : cela le stimule et le met à l’épreuve, ce qui explique sans doute pourquoi il n’était pas aussi performant en steeple-chase. Il visera une quatrième victoire dans l’épreuve reine (le 8 février) et n’a jamais semblé aussi fort et dominateur, après avoir remporté ses deux courses de la saison, les 10 et 24 décembre 2025.

Des statistiques vertigineuses

Au moment où j’écris ces lignes (22 janvier), 11 cross ont déjà été disputés, sans compter les épreuves réservées aux anglo-arabes. Emmanuel Clayeux en a remporté 6, et a également pris une deuxième et une troisième place. Avec encore 6 courses à venir, il est facile de l’imaginer en gagner au moins 2 supplémentaires, y compris le Grand Cross, d’autant qu’il présentera non seulement le favori, mais aussi le deuxième favori avec Kouroukoukou. Ce cheval s’était forgé une solide réputation le meeting passé en remportant son dernier cross de la saison avec brio, laissant clairement apparaître qu’il avait enfin compris le jeu. Lui aussi n’était pas un top steeple-chaser, mais il s’est nettement amélioré avec les virages et les enchaînements de Pau. Battu pour sa rentrée par Hip Hop Conti et Saint Godefroy, ce que l’on peut aisément lui pardonner tant ce sont des champions, il est ensuite revenu pour s’imposer lors de ses 2 sorties suivantes. D’abord sur 4 100 mètres, devançant un autre pensionnaire d’Emmanuel Clayeux, Thequietman, puis pour ses débuts sur 5 000 mètres, où il s’est imposé avec brio face à Saint Godefroy, de 4,5 longueurs. Cette performance a été son véritable acte de candidature au trône de Hip Hop Conti, et il pourrait bien faire de Pau son royaume dans les années à venir.

Emmanuel Clayeux a également signé deux autres succès à Pau avec Jack Lux et Kahid de Fregande. Le premier nommé a ensuite monté de catégorie pour terminer troisième derrière Kouroukoukou, et on pourrait bien le voir tenter sa chance dans le Grand Cross. À mon sens, c’est un cheval capable de bien faire dans les grands cross provinciaux, en commençant par Lignières, avant de viser éventuellement des étapes plus relevées de la Crystal Cup comme Fontainebleau, voire tenter sa chance au Lion-D'angers. Il en va de même pour Kahid de Fregande, même s’il semble doté de beaucoup de vitesse, il est davantage taillé pour des cross plus techniques et sur des distances plus courtes.

Au-delà du meeting de Pau

L’effectif cross-country d’Emmanuel Clayeux comprend également 2 chevaux que l’on ne verra probablement pas à Pau, mais qui viseront les épreuves de la Crystal Cup tout au long de l’année, avec en ligne de mire la course qu’il avait failli remporter autrefois avec Urgent de Grégaine : la Velká Pardubická. Ilbao, troisième du Grand Cross à Craon, a effectué sa rentrée à Pau en se classant sixième, une performance très honorable pour un premier essai sur un parcours qui, on peut le penser, n’est pas idéal pour un grand cheval comme lui. Irundo est un autre cheval revenu de blessure avec une victoire à Lyon en novembre. Compte tenu de son potentiel, il pourrait aussi bien se présenter à Cheltenham qu’à Fontainebleau, ou relever le défi d’endurance que représente l’Anjou Loire Challenge. Lui aussi pourrait rejoindre Ilbao pour une double offensive de l’équipe Clayeux dans la Velká Pardubická.

Pau, un pari rentable

Je trouve à la fois enthousiasmant et impressionnant de voir une écurie cibler, et franchement dominer, une discipline sur un même hippodrome. Les allocations proposées permettent aux chevaux de bénéficier ensuite d’une longue période de repos après le meeting, avant une reprise progressive de l’entraînement. Ils peuvent ainsi disputer 3 à 5 courses en l’espace de 8 semaines et tenter de maximiser leurs gains. Prenons l’exemple de Hip Hop Conti, un cas exceptionnel : l’an dernier, en 3 sorties à Pau, il a signé 2 victoires et une deuxième place, empochant 73 000 €, avant de conclure sa saison hivernale par un succès à Lignières pour 23 000 €. Ses 2 victoires cette année lui ont déjà rapporté 40 000 €. Lorsque l’on estime le coût annuel d’entraînement d’un cheval entre 20 000 et 25 000 €, il démontre qu’un passage réussi à Pau peut largement couvrir les frais annuels. Le 8 février, date du Grand Cross de Pau (Listed), tous les regards seront tournés vers Hip Hop Conti, James Reveley et Emmanuel Clayeux, qui tenteront d’entrer dans l’histoire en signant une quatrième victoire consécutive. Pour ma part, j’ai déjà hâte d’y être.