Par Céline Gualde
L’entraîneur Yannick Fouin a été, durant la première partie de sa carrière, jockey salarié chez Jehan Bertran de Balanda.
Il y est arrivé à 18 ans, auréolé de ses titres d’Étrier d’or (meilleur apprenti français en plat) et de meilleur apprenti d’Europe. Témoignage.
« J’ai commencé à travailler pour M. Balanda en 1988 ou 1989. J’arrivais de chez André Fabre où j’avais fait mon apprentissage et j’avais déjà perdu ma décharge. Je me souviens d’un patron dur mais juste et qui m’a donné ma chance. Il formait les chevaux mais aussi les hommes ! Il avait ses salariés autour de lui un peu comme une famille, il aimait qu’on soit dévoués.
Nous avons eu de bons moments de sport, comme les victoires dans la Grande Course de Haies de Deauville à Clairefontaine en août 1991 avec Professional, pour la casaque de Magalen Bryant. Moins d’un mois plus tard, nous gagnions le Grand Steeple de Merano ! Mes meilleurs souvenirs de cette époque, je les ai avec l’étalon Denham Red, un super cheval qui portait la casaque de M. Teboul et était toujours deuxième de Villez dans les grands rendez-vous. Il est tombé sur cet os toute sa carrière !
Chez Jehan de Balanda, il y avait une sacrée équipe de jockeys : Denis Leblond qui était un crack, Dominique Bressou, Thierry Gillet, Patrice Lemaire… On en faisait voir un peu au patron, on était jeunes ! Une fois à Deauville où on avait un peu festoyé avec Thierry Gillet dont je partageais le bungalow, je suis arrivé le matin à l’entraînement en oubliant mes bottes. J’ai galopé ma jument Gravières avec des baskets mauves aux pieds et je me suis fait sacrément remonter les bretelles !
À 26 ans, alors que j’atteignais ma pleine maturité en tant que pilote, je me suis gravement accidenté à Auteuil, avec plusieurs fractures des vertèbres. Les médecins n’ont pas voulu me rendre ma licence, le métier de jockey que j’adorais était fini pour moi. Le ciel m’est tombé sur la tête. M. Balanda a été très présent durant mon hospitalisation, il m’a dit qu’il fallait me relever, que je deviendrais son assistant. Il m’a soutenu. Je l’ai donc épaulé durant un an et demi avant de m’installer à mon compte en tant qu’entraîneur. »
Dominique Bressou
Par Emmanuel Rivron
Dominique Bressou. J’y suis resté une quinzaine d’années. Quand je suis rentré à l’écurie, je n’avais pas pour objectif premier de monter pour cette belle maison, même si l’espoir est toujours présent en pareil cas. Il y avait probablement 60 à 70 chevaux à l’époque, avec d’excellents jockeys comme Denis Leblond, Yannick Fouin, qui montait beaucoup également, et d’autres bons pilotes. J’étais le cinquième ou sixième couteau. Mon objectif quand j’ai intégré l’écurie était notamment d’être un peu libre le week-end pour honorer mes montes à la « campagne », dans l’Ouest.
D. B. J’ai aussitôt adoré la façon de travailler de Jehan, que j’appelais « patron » à l’époque. Les chevaux étaient tout de suite mis dans le rythme. On faisait de vrais canters sur la main. C’était vraiment plaisant, avec notamment beaucoup de jeunes chevaux que l’on dressait sur les obstacles. On voyait une vraie évolution avec ces poulains. L’excellente ambiance qui régnait à l’écurie n’était sûrement pas étrangère à cette réussite. Jehan avait notamment un premier garçon très proche de ses employés. Nous étions beaucoup de jeunes, de 25 à 35 ans, avec une vraie émulation entre les cavaliers, très friands de partager leurs points de vue et les perspectives de carrière des chevaux. C’était vraiment top et constructif.
D. B. Le matin, ça se passait bien. Je pense qu’il adorait ma façon de monter et de lui expliquer mon ressenti après les boulots. Quand je suis arrivé à l’effectif, il y avait un poulain de 2 ans très « chaud ». Dès qu’il en avait un devant lui, il essayait de lui grimper dessus. J’ai alors proposé au premier garçon de le monter. J’étais le seul à l’avoir le matin, et ce poulain a réussi à gagner sa course à Paris. C’était gratifiant.
D. B. Jehan m’a donné un sacré coup de pouce en me faisant confiance dans un Prix du Président de la République. Il avait préparé un cheval du nom d’Encore un Peu pour cette épreuve convoitée. Alors que je ne l’avais jamais monté et que j’étais peu associé aux chevaux de l’écurie, je me suis retrouvé au départ de ce handicap de prestige. Le propriétaire du cheval était surpris de voir mon nom associé à Encore un Peu, mais Jehan a répondu à ses interrogations en lui disant que j’avais de l’expérience et que j’avais déjà sauté le rail-ditch, ce qui n’était pas du tout le cas… En réalité, je n’avais jamais monté de chevaux de cette qualité-là. Se retrouver dans un Prix du Président de la République avec si peu d’expérience, c’était quelque chose pour moi et je le devais à Jehan. Nous avions fini deuxième à une grosse cote, seulement battus par Algan, un « Doumen-Moratalla » monté par Adam Kondrat. Suite à l’arrêt de carrière de Denis Leblond et à l’accident de Yannick Fouin, j’ai de plus en plus monté les chevaux de l’écurie, car c’était l’époque des jockeys maison et pas des free-lances. C’est ainsi que j’ai été notamment associé à la carrière de Le Sauvignon, vainqueur de la Grande Course de Haies d’Auteuil (Gr.1) en 2000 et 2001.
D. B. Jehan est un vrai homme de cheval, avec une méthode qui fonctionnait très bien. Je n’ai pas tout pris dans ma façon d’entraîner, mais je m’en suis inspiré bien entendu. Nous avons à peu près la même façon de voir les choses.
« JEHAN FORMAIT LES CHEVAUX MAIS AUSSI LES HOMMES! IL AVAIT SES SALARIÉS AUTOUR DE LUI UN PEU COMME UNE FAMILLE, IL AIMAIT QU’ ON SOIT DÉVOUÉS. »
Par Cécile Adonias
Ils se sont rencontrés chez François Boutin à Chantilly. Jehan était alors apprenti. Il poursuivra son chemin à Lyon chez Étienne Mazoyer avant de s’y installer comme entraîneur. « Nous sommes toujours restés en contact, aussi bien professionnellement que personnellement. Nos familles se sont liées d’amitié, nous sommes partis plusieurs fois en vacances ensemble. Et tout ça, grâce aux chevaux ! » explique Marcel Rolland. « Je ne peux pas dire que nous nous appelons souvent, mais de temps en temps. Jehan est un vrai homme de cheval, une personne fidèle en amitié et, même si cela ne se soupçonne pas, quelqu’un de sensible devant les événements de la vie. Il ne montre que peu ses émotions, mais il prend beaucoup de plaisir lorsqu’il gagne une course par exemple. Nous avons pu le constater lors de sa dernière victoire à Auteuil dans le Groupe 3 Prix Sytaj avec Ocre. »
Les deux amis ont partagé beaucoup de moments ensemble. L’un des très bons souvenirs, qui a marqué Marcel, restera les 50 ans de Jehan Bertran de Balanda. Une grande fête organisée à Maisons-Laffitte avec sa famille et ses amis où l’ambiance était superbe. Mais également toutes les victoires sur les pistes des deux entraîneurs respectifs. « Nous avons toujours beaucoup de plaisir à voir l’un ou l’autre gagner. Nous n’avons pas besoin de grandes paroles ou de grands mots pour nous comprendre. Jehan est une personne fidèle et franche. Nous faisons partie de la même génération, l’ancienne ! ». Marcel Rolland poursuit : « La communication et les réseaux sociaux ne sont pas de notre génération. Ceux qui sont restés jusqu’au bout n’étaient pas que de simples propriétaires, c’était avant tout des amis, des personnes qui ont toujours été présentes et ce, jusqu’au dernier jour. Aujourd’hui, pour une seule casquette, il faut avoir énormément de ressource : communication, commerce, gestion salariale et administrative, relation avec les courtiers, et bien sûr entraîner les chevaux. Il faut gagner des courses et ne pas s’éparpiller, sinon cela n’est pas sain. C’est comme cela que Jehan a pu mener sa carrière jusqu’au bout. Il est issu d’une grande famille de cheval, par son père et son frère, entre autres. Toute sa vie a été dédiée aux chevaux et il va continuer à s’en occuper. D’après ce qu’il m’a expliqué, il va suivre les chevaux de ses amis. Même s’il a cessé d’entraîner, il va rester impliqué, car c’est avant tout un plaisir ! »
Marcel Rolland conclut l’entretien sur une anecdote : « Lorsque nous étions chez François Boutin, il montait les galops le matin. Et il voulait gagner les galops du matin comme ceux de l’après-midi (rires). Cela lui a valu de se faire reprendre par M. Boutin. C’est un gagneur ! »
Par Emmanuel Rivron
Christophe Taranne. J’ai travaillé à l’écurie pendant trente-huit ans et un mois pour être exact. Je me souviens même des noms des chevaux que j’avais montés mon premier jour, le 22 octobre 1987. À dire vrai, je tenais plus à cheval que je ne les montais ce jour-là. Je savais tout juste tenir un balai quand je suis rentré chez M. de Balanda, qui devait être à Maisons-Laffitte depuis une année environ avec Patrice Lemaire comme premier jockey. J’ai fait tout ce qu’on peut faire comme postes dans une écurie. M. de Balanda m’a tout appris, de A à Z. Quand je suis arrivé, il devait y avoir 30-35 chevaux dans l’effectif, ce qui a dû monter jusqu’à près de 100 à une époque.
C. T. J’aimais comment le travail était fait. Ces dernières années, j’avais l’entière confiance de M. de Balanda et je pouvais travailler librement, comme je le voulais, tout en rendant des comptes bien entendu. En plus d’être un excellent patron, M. de Balanda est quelqu’un d’humain. En cas de problème personnel, il avait toujours le mot juste ou le petit geste pour vous remettre en selle. C’est un homme exceptionnel.
C. T. Le travail et la rigueur sont les principales raisons de cette montée en puissance. De la ferrure qui n'allait pas à un cheval à celui qu’il ne trouvait pas dans son assiette, il avait toujours ce regard. On en apprenait tous les jours avec lui. Sans rigueur, il n’y a pas de réussite. Dans cette rigueur, il nous a fait progresser et nous a fait apprendre plus vite les choses. M. de Balanda était toujours franc et direct. Mais une fois que c’était dit, c’était terminé.
C. T. On entraînait pour aller aux courses, sans être trop dur. Les chevaux progressaient plutôt au fur et à mesure des courses, mais on était tout de même capables de gagner avec un débutant. Il adorait dresser les jeunes chevaux. Tout était fait sans les brusquer. Il prenait du temps avec ceux qui étaient moins doués. M. de Balanda s’adaptait à chaque cheval, aidé par les jockeys et cavaliers, qu’il écoutait beaucoup. Il construisait des carrières, et tous les chevaux avaient des engagements bien précis, avec un programme établi à l’avance. Et quand un compétiteur n’avait pas le niveau, le propriétaire en était tout de suite averti. M. de Balanda est quelqu’un d’honnête. Il a toujours respecté et ses chevaux et ses équipes.
C. T. On progresse plus vite en montant des bons chevaux, ce qui attirait les bons jockeys. Il y a toujours eu une superbe ambiance entre eux. À l’époque des pilotes « maison », ils avaient chacun leurs clients et leurs casaques. Ça se passait très bien. Du début jusqu’à la fin, j’ai eu la chance de travailler avec les meilleurs jockeys d’obstacles comme Christophe Pieux, Gaëtan Masure, Jacques Ricou, Bertrand Lestrade, Boris Chameraud, Denis Leblond, Yannick Fouin, Laurent Métais, Dominique Bressou et j’en oublie certainement. Il en a aussi beaucoup formé en plat, comme Antoine Sanglard, Mathieu Androuin, Thierry Gillet.
C. T. Pas du tout. C’était certes plus dur, mais nous n’avons jamais baissé pavillon, avec la même rigueur et le travail bien fait. Même s’il n’y avait pas de chevaux de haut niveau, on essayait toujours de « taper » juste, selon le niveau de chaque élément. À chaque arrivée d’un cheval à l’écurie, il y a toujours l’espoir de tenir un futur crack. De toute façon, qu’il soit d’un haut niveau ou non, il faut donner la même attention à chaque cheval. M. de Balanda est quand même sorti par la grande porte, avec deux gagnants pour ses deux derniers partants avec Klovis des Mottes et Ocre dans un Groupe 3. C’étaient deux belles victoires d’équipe, qui couronnaient mon travail, celui de Léonie et de Ludo. Nous étions tous très fiers d’avoir apporté un premier Groupe à M. Ponson et à l’écurie Searching. Je trouve la fin de l’histoire magnifique.
C. T. Je ne suis pas à la retraite mais je ne travaille plus actuellement, après plus de trente-huit ans au sein de cette belle écurie. Je n’ai pas trouvé ce que je voulais jusqu’à présent, et je me donne un petit peu de temps. Je veux trouver le bon projet. Pour l’instant, je suis « orphelin professionnel » de M. de Balanda (trémolos dans la voix). Quand je suis rentré chez M. de Balanda, je croyais tout connaître mais je ne savais rien. Il m’a appris un métier et m’a transmis une passion. Pour tout cela, je l’en remercie grandement.
Ludovic Viaux
Par Emmanuel Rivron
Ludovic Viaux. Après avoir notamment exercé chez Yannick Fouin, je suis arrivé chez M. de Balanda, pour qui j’ai travaillé pendant dix-sept ans en tant que garçon de voyage. Je suis resté jusqu’au bout de l’aventure. Quand je suis arrivé à l’écurie, il y avait quand même près de 120 chevaux. C’était une excellente écurie avec beaucoup de partants. Il n’y avait pas une réunion d’obstacles où nous n’étions pas représentés.
L. V. M. de Balanda était assez proche de ses employés, même s’il y avait naturellement des prises de tête comme dans toutes les relations. C’était une écurie bien organisée, avec un patron qui était toujours correct dans les horaires de son personnel.
L. V. L’écurie m’a permis de voyager aux quatre coins de l’Hexagone. Je me rappelle notamment avoir emmené Nahual dans le Sud, où il a remporté le Grand Prix du Département 06 – Défi du Galop à Cagnes (Listed). Je me souviens particulièrement d’un déplacement vers Lyon. Comme la jument qui y courait voyageait mal, M. de Balanda avait embarqué avec elle une sorte de statue à taille humaine pour qu’elle se sente accompagnée dans le camion. Ça avait fait rire pas mal de monde en arrivant sur l’hippodrome.
L. V. La liste serait trop longue, mais la victoire de Kauto Stone avec Christophe Pieux dans le Prix Maurice Gillois (Gr.1) restera gravée dans ma mémoire. Ce cheval était borgne et avait demandé beaucoup de travail en début de carrière. Il n’a d’ailleurs plus gagné pour l’écurie ensuite, puisque son propriétaire avait décidé de l’envoyer en Angleterre quelques mois plus tard. L’écurie a clôturé en beauté avec le succès de Klovis des Mottes et celui d’Ocre six jours plus tard dans un Groupe 3, à l’occasion d’une magnifique journée remplie d’émotions.
Thierry Gillet
Par Céline Gualde
« Mon ami Christophe Taranne m’a fait entrer chez Jehan Bertran de Balanda où il était assistant. Je me sentais tout petit face aux autres jockeys qui montaient régulièrement pour l’écurie, dont le légendaire américain Cash Asmussen et Alfred Gibert qui était excellent. J’ai fait mon petit bonhomme de chemin et lorsque ces professionnels sont partis, j’ai été associé à tous les chevaux de plat. À cette époque, Jehan avait trois cours à Maisons-Laffitte, ce qui représentait une bonne centaine de chevaux avec une belle réussite sur les deux tableaux. C’était un patron dur mais pas rancunier. Si on le décevait lors d’une course, on voyait à sa tête qu’il était agacé, mais il ne faisait jamais de scandale sur l’hippodrome. En revanche, le lendemain à l’entraînement il venait à notre hauteur avec son poney et là on trouvait le lot vraiment long !
Je respectais les ordres en tant que jockey, mais je n’étais pas assez gagneur, pas assez déçu de perdre. Il m’a appris à m’imposer, à soutenir mes chevaux davantage tout en les respectant, bref à gagner ! Au début de notre collaboration, il me donnait des ordres précis avant le départ puis, le temps passant, je n’en recevais presque plus. Nous avons de très beaux souvenirs sportifs communs dont ma première victoire de Groupe en plat, à Milan, avec Tarte aux Pommes. Nous sommes allés courir un peu partout ensemble : Allemagne, Suède et Turquie, mais aussi Hong Kong… En juillet 1995, je me suis cassé le fémur à Fontainebleau alors que je montais pour un autre entraîneur. J’ai subi une opération à Paris et, à mon réveil, Jehan était dans ma chambre ! J’ai passé tout le mois d’août dans un centre de rééducation près de Vincennes. Jehan s’est arrangé avec ma compagne pour qu’elle m’amène à Deauville le week-end et que j’assiste aux courses. Je logeais chez lui, il me faisait mes piqûres et poussait même mon fauteuil roulant ! Il m’a dit de ne pas m’inquiéter, que je récupérerais mes chevaux dès mon retour à l’écurie et c’est ce qui s’est passé.
J’ai décidé de me lancer comme jockey free-lance début 2000, il m’a soutenu et j’ai conservé sa confiance. Nous collaborions toujours et Jehan me conseillait sur le choix de mes montes extérieures. Je me souviens qu’il était là lorsque j’ai remporté le Prix de l’Arc de Triomphe (Gr.1) avec Bago en 2004 pour l’entraînement de Jonathan Pease. Jehan m’attendait au centre du rond de présentation après la remise des prix et m’a serré dans ses bras. Il n’avait pas de partant ce jour-là et était venu spécialement pour moi.
Aujourd’hui nous n’avons plus de relations professionnelles et sommes simplement amis. Nous déjeunons souvent ensemble pour parler de tout… et assez peu des courses ! »
« Je respectais les ordres en tant que jockey, mais je n’étais pas assez gagneur, pas assez déçu de perdre. Il m’a appris à m’imposer, à soutenir mes chevaux davantage tout en les respectant, bref à gagner ! » - Thierry Gillet
Jean-Pierre Raymond
Par Loïc Stecher Chocron
Jean-Pierre Raymond et Jehan Bertran de Balanda sont inséparables, et pour cause. Cette amitié autour de cette passion du cheval est née il y a pratiquement quarante ans, à Deauville. « Jehan m’a fait acheter 2 yearlings lors de la vente d’été » se souvient Jean-Pierre Raymond. « Parmi les 2 chevaux, se trouvait Astronomer, qui a ensuite gagné la Grande Course de Haies d’Enghien. Depuis, nous sommes meilleurs amis ! Jamais je n’ai changé d’entraîneur. Pour un petit propriétaire que je suis, Jehan m’a fait vivre des moments inoubliables en gagnant des courses de Groupe. Il y a eu Musardo, qui lui aussi a remporté la plus belle course sur les haies d’Enghien. Certains de mes chevaux se sont placés de Groupe 1 comme Hades, le dernier en date. » Mais après ce palmarès élogieux, Jean-Pierre Raymond met surtout en avant l’homme de cheval qu’est Jehan Bertran de Balanda. « Il aime les chevaux. Nous vivions les courses de la même façon. Je lui accordais toute ma confiance. Il a été sacré Cheval d’or (N.D.L.R. : en 1997), et lorsque l’on peut se reposer sur un entraîneur de talent, cela devient tout de suite plus facile. Il y a eu de bons moments, d’autres qui l’étaient moins. Il fallait simplement l’accepter. »
Leur chemin commun est loin d’être fini. Toujours aussi enthousiaste et cela fait plaisir à voir et à entendre, Jean-Pierre Raymond s'écrie : « L’histoire continue ! Jehan m’avait tenu dans la confidence. Il souhaitait arrêter. Il a pris la bonne décision. Cela n’a pas été facile. Nous en avions parlé ensemble bien avant qu’il annonce publiquement sa retraite. Sa dernière victoire a été à l’image de sa carrière : magnifique (N.D.L.R. : Ocre a enlevé le Prix Sytaj, un Groupe 3, à Auteuil le 29 novembre dernier). Évidemment, l’arrêt de sa carrière est un énorme manque à titre personnel. J’ai, par exemple, placé mes pensionnaires chez Dominique Bressou qui, en tant que jockey, a gagné plusieurs bonnes courses pour ma casaque. Avec mon ami Jehan, nous continuerons à avoir des chevaux ensemble. »
Nathan Vergne
Par Loïc Stecher Chocron
« Nous sommes installés à Maisons-Laffitte depuis le 15 décembre 2025 » lance Nathan Vergne au début de notre entretien. L’an passé, le débourreur, pré-entraîneur, installé au Haras de l’Espérance, à Genneteil dans le Maine-et-Loire, a franchi le cap et obtenu sa licence d’entraîneur public. Spécialisé dans le dressage sur les obstacles, il s’est déjà fait un nom dans la discipline à Auteuil : c’est par ses écuries que sont passés Léopard du Berlais, Matin Midi et Soir, Game of Storm ou encore Kibboutz.
« Au départ, je ne connaissais pas personnellement Jehan Bertran de Balanda, mais son fils Nicolas avec qui je suis ami. C’est d’ailleurs lui qui nous a mis en relation après que Jehan a annoncé à ses enfants son envie d’arrêter le métier.
On avait tous deux l’air de parler le même langage et le contact est passé. Depuis que je suis dans le milieu, j’ai toujours connu l’écurie de Jehan, une écurie de renom. Classique, prestigieuse, et la plus belle cour de Maisons-Laffitte, saine et fonctionnelle pour les hommes comme pour les chevaux. C’est un rêve d’être désormais dans ce lieu. Monsieur Jehan Bertran de Balanda est une institution à lui seul. Pas uniquement pour ses résultats, mais aussi à travers ses codes. Il était à cheval tous les matins et encore aujourd’hui nous avons passé la matinée ensemble. Il m’a donné les clés de son écurie ainsi que les codes de Maisons-Laffitte. Certains de ses chevaux et propriétaires sont restés à l’écurie pour cette nouvelle aventure. Il a lui-même laissé Klovis des Mottes à l’écurie avec lequel il a gagné à Auteuil pour son avant-dernier partant. Bref, il m’a beaucoup aidé lors de mon installation. Le choix d’un centre d’entraînement de France Galop a été déterminant. L’arrivée du CIRE, le Centre international de récupération équin, également. M. Hinderze, son fondateur, est un de mes principaux clients. »