The Balanda Show N°16 Fevrier 2026 | Actualité - Jockey

JOCKEY

THOMAS BEAURAIN

« LE NOM JE L’ AVAIS, IL A FALLU ME FAIRE UN PRÉNOM »

Par Paul Casabianca

Lauréat de la 600e course de sa carrière avec Peso di Legno, le 16 janvier à Pau, Thomas Beaurain réalise un début de saison aussi remarqué que remarquable. L’occasion d’en savoir plus sur le jockey le plus expérimenté des pelotons d’obstacles, fils du regretté et célèbre Jean-Yves Beaurain.

Ils ne sont pas si nombreux à avoir atteint le cap des 600 victoires dans la colonne des jockeys d’ obstacles. Ils se comptent même sur les doigts d’ une main. Derrière Bertrand Lestrade, le seul à avoir dépassé la barre des 1 000 gagnants, Clément Lefebvre, Kévin Nabet, James Reveley et Thomas Beaurain, lauréat de sa 600e course le 16 janvier dernier à Pau, intègre ce cercle très fermé. « Je suis assez fier de cela, reconnaît l’ un des pilotes les plus chevronnés des pelotons. Nous ne sommes pas beaucoup à avoir franchi ce cap, c’ est une belle récompense. Cela demande beaucoup de travail et de concessions pour y arriver ». Âgé de 38 ans, Thomas Beaurain sait évidemment de quoi il parle. Dans un métier aussi difficile que celui de jockey d’ obstacles, où la gestion du poids, des chutes et des blessures rythme votre quotidien, perdurer n’ est pas une sinécure: « J’ai la chance d’avoir une famille unie et d’ être bien entouré. L’ an dernier, j’ ai participé à 440 courses, ce qui veut dire que je n’ ai pas passé beaucoup de temps à la maison. Je suis obligé de suivre un régime pour faire le poids, cela demande également beaucoup de sacrifices. » Des sacrifices récompensés par une première victoire de Groupe 1 à Auteuil, dans le Prix La Haye Jousselin en 2024, en selle sur le champion Gran Diose. Un moment inoubliable et riche en émotions. « Remporter le Prix La Haye Jousselin, un prix qui me tient à cœur comme tout le monde sait, ça a été le plus grand moment de ma carrière. Au passage du poteau, j’ai eu une grosse pensée pour mon père, qui a remporté cette course mythique à huit reprises. À la base, je ne devais pas monter cette course, mais comme Clément [Lefebvre] était blessé et que James [Reveley] était pris sur Il est Français, on m’a appelé le mercredi pour monter Gran Diose. J’avais déjà eu l’occasion de lui être associé pour une course de rentrée. Je n’ai pas eu le temps de trop cogiter, je me suis dit “tu as été appelé, il faut y aller !”. Je l’ai monté naturellement et tout s’est très bien passé. »

Se faire un prénom

Que ce soit dans le monde du spectacle, du cinéma ou du sport, être le fils ou la fille d’une vedette ou d’une star des pelotons n’est pas toujours facile. Porter un nom illustre est certes un honneur, mais il est parfois difficile de se créer sa propre identité. Thomas Beaurain, le fils du regretté et célèbre Jean-Yves Beaurain, multiple vainqueur de Groupe 1 à Auteuil, a durant des années porté l’ étiquette « du fils de ». « Je l’ ai accompagné partout. Mon père a toujours été mon idole. Le nom je l’ avais, mais je n’avais pas le prénom. Quand j’ étais jeune, on m’ appelait souvent comme le fils de Jean-Yves [Beaurain]. Nous avons eu deux carrières totalement différentes. Mon père était premier jockey chez M. Sécly. J’ ai monté sur plus de 100 hippodromes, alors que lui n’ était vu qu’ à Auteuil ou Enghien. Le fait de participer à des courses en cross, notamment pour le compte de Patrice Quinton, m’ a beaucoup aidé et m’ a permis de me faire connaître. Je ne peux pas dire que j’ ai dépassé mon père, mais au fil du temps, le regard des professionnels a changé et on a fini par m’ appeler par mon prénom. » Passionné depuis son jeune âge par le milieu hippique, son père n’ a pas souhaité qu’ il suive la filière classique. « J’ étais assez lourd et grand quand j’ étais adolescent. À cette époque, je ne rentrais pas dans les critères de l’ AFASEC. J’ ai alors débuté en tant que gentleman-rider dans un premier temps, après avoir passé un BEP en comptabilité. J’ ai également travaillé un an dans l’immobilier pour voir autre chose. » Chassez le naturel, il revient au galop. En 2007, Thomas Beaurain rejoint l’ écurie de son père devenu alors entraîneur. Après trois ans passés à Lyon, l’ ancien apprenti de Nicolas de Balanda, qui a également travaillé aux côtés d’ Emmanuel Clayeux et d’ Arnaud Chaillé- Chaillé, pose ses valises dans l’ Ouest, chez Jean- Luc Guillochon puis Patrice Quinton: « J’ ai gagné mon premier Groupe avec Azura du Kalon pour son entraînement. Nous avons remporté de belles courses ensemble: quatre fois le Grand Steeple de Waregem, le Grand Cross de Pau. Nous avons vraiment vécu une belle épopée. » Jockey freelance depuis 2015, Thomas Beaurain a connu des hauts et des bas comme tout le monde: « Ce qui fait ma force, c’ est mon expérience et mon travail, rappelle le principal intéressé. En 2026, j’ espère surfer sur la vague du succès et continuer à travailler avec les personnes qui me font confiance. Si je n’ ai pas de blessures, j’ ai pour ambition de figurer dans le Top 5 et de remporter de belles courses. »