Par Jocelyn de Moubray
À peu près n’ importe quel étalon peut produire un bon cheval; ce qui distingue ceux qui sont au-dessus de la moyenne ou mieux encore, c’ est la régularité des résultats supérieurs à la norme. Lorsqu’ un cheval a cinq ou six générations en piste, sa valeur est plus ou moins évidente. En début de carrière, il est difficile de savoir si son succès ou son manque de réussite relève simplement de la chance ou de la malchance, ou s’ il existe une corrélation constante entre l’ étalon et la réussite en course. La taille de l’ échantillon est importante car, sur un petit nombre de produits, un coup de chance peut tout changer. C’ est souvent lorsqu’ un cheval a deux générations en piste que l’ échantillon devient suffisamment large pour permettre un jugement précis.
Il y a six étalons français principaux dont la deuxième génération a 3 ans cette année: Hello Youmzain et Persian King (Etreham), Wooded (Bouquetot), Romanised, désormais à Castillon, Golden Horde (Sumbe) et Chachnak (haras de la Gastine). Tous les six ont produit des chevaux de grande classe et pourraient encore s’ imposer comme étalons confirmés, mais ils devront tous accomplir davantage cette année s’ ils veulent laisser une trace durable.
Hello Youmzain
Il y a un an, Hello Youmzain semblait être l’ un des meilleurs étalons de cette génération. Son tarif avait été porté à 40 000 €, niveau auquel il avait reçu un soutien comparable à celui de ses premières saisons, couvrant 116 juments, et une part avait été vendue en ligne chez ARQANA pour 250 000 €. Les choses ne se sont pas déroulées exactement comme prévu: il y a eu de nombreux gagnants, 46 gagnants de 3 ans, soit 55% de ses partants, mais seulement 4,8% de chevaux de black type et 1,2% de gagnants de stakes. La pouliche Godspeed a remporté une course de Groupe 2, mais elle a été son unique gagnante de stakes de 3 ans. Sa deuxième génération est plus réduite que la première, mais elle a compté 15 gagnants de 2 ans, avec un pourcentage de gagnants de stakes et de chevaux de stakes supérieur à celui observé l’ année précédente. Parmi ces gagnants figurent les lauréats de listed Dostoïevsky et Valasara, ainsi que les invaincus lauréats de maiden en Grande-Bretagne Extremely Zain et Lady Youmzain. Le fils de Kodiac voit son tarif ramené à 25 000 €, mais il pourrait facilement rebondir cette année.
Persian King
Persian King se trouve dans une situation similaire, son tarif passant de 30 000 €, pour ses deux premières années de monte, à 15 000 € pour 2026, et il n’ a couvert que 81 juments en 2025. Ses premiers 3 ans se sont comportés honorablement: 38 gagnants, soit 43% de ses partants, 5,6% de chevaux de stakes et 4,5% de gagnants de stakes, dont la placée de Classique Cankoura, et un total de 4 chevaux notés 110 ou plus. Toutefois, pour maintenir un tarif de 30 000 €, un étalon a besoin d’ un ou deux très grands chevaux dès ses premières générations. Persian King dispose de plusieurs 3 ans prometteurs, notamment les excellentes pouliches gagnantes d’ inédits Concorde Agreement et Évita, ainsi que le mâle lauréat d’ un maiden Pearled Majesty, entre autres. Un grand 3 ans en 2026 transformerait sa situation.
Wooded
Bien qu’ il soit un fils de Wootton Bassett, super étalon et lui-même lauréat de Groupe 1, Wooded était déjà en perte de vitesse avant même que ses premiers 3 ans n’ entrent en piste, n’ ayant obtenu que 12 gagnants de 2 ans dans sa première génération et aucun cheval de stakes. Toutefois, les courses de 2 ans en France sont moins importantes qu’ en Angleterre ou en Irlande: seules 12% des courses leur sont réservées. Wooded est le seul de ces étalons à avoir produit un gagnant de Groupe 1, Woodshauna, ainsi qu’ un autre sprinter de tout premier plan de Groupe 1, Jawwal. Il a certainement manqué de chance, car l’ un de ses 3 ans prometteurs, Hohenschwangan, est mort au printemps et, avec seulement 58 produits au sol, la perte d’ un possible cheval de stakes est un coup dur pour la réputation d’ un étalon. Wooded est proposé à 7 000 € cette année, contre 15 000 € à ses débuts. Parmi ses 3 ans figure Texas Wood, entraîné par Jean-Claude Rouget, déjà double gagnant et plein de promesses.
Romanised
Romanised est un autre dont le bilan aurait pu paraître meilleur si Curragh Camp avait pu courir après le Jockey Club, rejoignant sa pouliche gagnante de Groupe Zia Agnese. La deuxième génération du fils de Holy Roman Emperor semble pouvoir être meilleure, car il a eu le même nombre de gagnants de 2 ans, parmi lesquels le lauréat de Listed Cielo di Roma, et Dalyan, qui s’ est bien comporté face à certains des meilleurs 2 ans en Allemagne.
Golden Horde
Golden Horde n’ a jamais vraiment été à la mode, et après n’ avoir eu que 7 gagnants de 2 ans dans sa première génération, il n’ a couvert qu’ un très petit nombre de juments en 2025. Les résultats de ses 3 ans n’ ont pourtant pas été mauvais: 14 gagnants, soit 41% de ses partants, la pouliche Rabbit’s Foot, placée de Groupe 1, et 8,9% de chevaux de stakes par rapport aux partants. Peu de produits de sa deuxième génération ont couru à 2 ans, mais parmi ceux-ci figure Talmas, un mâle qui a été l’ un des plus beaux gagnants de maiden de la saison hivernale de Deauville, s’ imposant de 5,5 longueurs sur 1 500 mètres en décembre.
Chachnak
Parmi les six, celui qui se trouve sans ambiguïté dans une meilleure position aujourd’ hui qu’ à son entrée au haras il y a cinq ans est Chachnak, un fils de Kingman et de la très bonne jument Tamazirte, placée de Groupe 1 dans la Poule d’ Essai et le Prix de Diane. Chachnak a couvert 75 juments en 2025, contre seulement 37 l’ année précédente. Il n’ a eu que 16 partants de 3 ans l’ an dernier, mais ceux-ci comprenaient 12 gagnants, soit 62%, ainsi que la performeuse de Groupe Ginalyah, vendue pour poursuivre sa carrière aux États-Unis pour 800 000 €. Neuf de ses vingt-quatre 2 ans ont déjà couru et ils comptent déjà 6 gagnants, soit encore plus de 60% de lauréats par rapport aux partants, avec plusieurs sujets qui semblent pouvoir être de grande classe, comme Pink Panthera et Testify.
Les variables ont bien sûr tendance à revenir vers la moyenne. Ainsi, les étalons dont la première génération a moins bien fait qu’ attendu ont de fortes chances de mieux réussir avec la deuxième, tandis que ceux qui ont dépassé les attentes feront probablement moins bien, à moins qu’ il ne s’ agisse d’ étalons soit très bons, soit très ordinaires. Pour cette génération, entrée au haras en 2021, cette année est celle où leur destinée sera révélée.