The Balanda Show N°16 Fevrier 2026 | Chronique UK

LANFRANCO DETTORI, LE DERNIER SAUT DE L ’ANGE D’ UN DON DU CIEL

Voilà c’ est fini. L’ artiste a atterri une dernière fois sur ses deux pieds. Ciao et grazie mille. Je n’ ai pas suivi son « magnificent seven » en direct en 1996: sept courses gagnées lors de la même réunion à Ascot! Je me souviens, en revanche, clairement avoir vu le reportage de cet exploit le lendemain, dans un journal généraliste. À ce moment-là, Frankie Dettori a sorti l’ hippisme des dernières pages pour le mettre en UNE. Propulsé devant les projecteurs des médias qu’ il a toujours eu le don de manier au mieux, deux mois après son tour de force historique, l’ Italien s’ est retrouvé en prime time sur la BBC pour présenter l’ émission du hit-parade Top of the Pops. Frankie Dettori a enchaîné avec le rôle de présentateur du quiz populaire hebdomadaire A Question of Sport, une marque de pizzas, une chaîne de restaurants, une série Netflix… Pendant 40 ans de carrière, Frankie a été un ambassadeur pour notre sport, un point d’ appui pour les néophytes qui découvrent un hippodrome et le pari, et un nom qui résonnait en dehors des champs de courses. Un sportif dynamique, divertissant et détonant, qui a toujours joué le jeu avec les journalistes et les caméras. Parfois il en a trop fait, comme avec sa tournée d’ adieux à rallonge en 2023, qui a fini avec une volte-face et un nouveau départ aux USA. Mais, à sa décharge, il a voulu redonner de sa personne à chaque pays, chaque hippodrome, et chaque fan qui a compté lors de cette carrière hors norme. Et parfois on en demandait beaucoup (trop) aussi. Je me souviens de l’ avoir attendu à York pour l’ interviewer après une victoire avec Enable. Sorti des vestiaires par une porte dérobée, je lui ai couru après, pour l’ attraper de justesse:

— « Frankie, s’ il vous plaît, une réaction? »

— « Vous ne pouvez pas tous me laisser tranquille? »

— « J’ essaie juste de faire mon travail. »

Alors il cède, fixe son sourire, fait son show devant la caméra et puis s’ échappe vers la sortie. Car si le spectacle était dans sa nature, il est aussi devenu son devoir. C’ est pour cela qu’ il a choisi de terminer sa carrière de sportif en Amérique latine, un continent passionné d’ hippisme, détendu et accueillant. Les Sud-Américains étaient fiers de recevoir la star Frankie, « le Maradona des courses », en Argentine, Uruguay et pour terminer au Brésil. À son tour, le jockey semblait apaisé, ravi de répondre positivement à une invitation qui datait de longues années. «Parfois on attend trop de moi, a-t-il déclaré au Racing Post, ici je ne me sens pas étouffé». Je n’ ai pas voulu rater cette dernière. Même si pour certains, la tournée d’ Amérique latine était l’ étape de trop, surtout avec l’ annonce de sa faillite financière suite à des irrégularités fiscales, on devait bien à cet homme, qui a porté les courses depuis des décennies, le respect d’ assister à sa dernière représentation. Je l’ ai donc suivie via les réseaux sociaux et la retransmission locale YouTube. Cela n’ aurait pas pu terminer autrement. Frankie Dettori est sorti par la grande porte, sous la bénédiction du Corcovado de Rio de Janeiro. Pendant une soirée riche en rebondissements et en émotions, on retiendra que le crack-jockey italien a encore régalé les fans pour remporter un tout dernier Groupe 1, les 2 000 Guinées brésiliennes. Le nom du cheval? Bet You Can! Après un dernier saut de l’ ange, il lâche aux journalistes: « J’ ai changé d’ avis, je n’ arrête pas! … Mais non, je rigole! » Le célèbre saut de victoire ne fait pas de Dettori un ange. Mais il a été un don du ciel pour les courses, et il nous manquera.