Par Serge Okey
Des tribunes pleines à craquer. Neuf kops de supporters chantant à tue-tête, écharpes, casquettes et maillots aux couleurs de leurs idoles. Haies d’honneur pyrotechniques, échassiers aux couleurs de l’Amérique, animations immersives, ferveur… En 105 ans d’âge, le Prix d’Amérique reste une formidable fête populaire.
Un événement quasi sold out. « Près de 37 000 entrées », rapporte Valérie François, directrice du marketing du Trot. Ça, c’est le côté face, « très positif » de ce championnat du monde du trot, auquel il convient d’ajouter un beau vainqueur surprise à l’arrivée, en la personne d’Hokkaido Jiel, qui couronne plus de quarante ans de partenariat entre son propriétaire, l’écurie Luck, et son fidèle entraîneur Jean-Luc Dersoir. Lequel aura patienté jusqu’à l’âge de 71 ans pour soulever son premier Graal.
L’autre image de cette édition, c’est bien sûr la maestria de Franck Nivard, dit « Francky la main froide », ravi d’avoir défié les pronostics à la jolie cote de 37/1, au terme d’une « course en or ».
Sixième succès, mine de rien, pour le Normand qui semblait sortir de la mine sur le podium, le visage maculé par la fameuse piste cendrée de Vincennes. On retiendra aussi la joie des enfants au bras
des drivers sur le tapis rouge au lancement du défilé, la traditionnelle présence de la Garde républicaine, et ce giga truck américain posé au milieu de la piste.
Côté pile, quelques hics sont venus émailler le sommet du trot. Des files d’attente, des enjeux toujours en baisse (16,8 millions d’euros sur le Prix d’Amérique au PMU, -5,4 %), et cette maudite interruption du concert de Gims. L’artiste avait prévu un show d’une demi-heure. Il a joué tout au plus
20 minutes à la suite d’incidents techniques. « Le timing est tellement millimétré qu’on n’a pas eu d’autre choix que d’interrompre son concert. On ne pouvait pas retarder les courses », explique Valérie François. Ajoutez à cela le décès d’un journaliste suédois après un malaise, l’accident d’un confrère d’Equidia sur la piste : le Karma de ce Prix d’Amérique est passé par toutes les couleurs.
PROPOSER UNE NOUVELLE EXPÉRIENCE, ATTIRER UNE NOUVELLE CLIENTÈLE…
En dézoomant un peu, l’impression d’ensemble reste cependant bonne. Le Trot jouait gros en changeant de formule. Or, les chiffres sont encourageants : « Plus de 53 000 entrées au terme des trois jours, de nombreuses retombées médiatiques, une ambiance magique le samedi autour du DJ Yann Muller avec un public jeune. On est dans le vrai, gage Valérie François. Il y a des choses à parfaire, mais on a coché toutes les cases ». Le vrai, c’est ce virage autour du terme très tendance de « sportainment » visant à proposer à la fois du sport et du divertissement. « Passer d’un temps fort à un festival » : tel est le parti pris de ce Prix d’Amérique désormais étalé sur trois jours derrière le slogan « Race, live et game ». Courses, concerts et jeux.
Le Trot s’inspire d’événements comme les 24 Heures du Mans pour conquérir un nouveau public autour de quatre objectifs : « Proposer une nouvelle expérience, attirer une nouvelle clientèle, accentuer la dimension internationale et capter de nouveaux annonceurs et partenaires. Les trois premiers sont réussis. Pour le quatrième, l’objectif est de transformer l’essai l’an prochain ».
« Muscle ton jeu », commandait Aimé Jacquet dans le vestiaire des Bleus de 1998 à Robert Pirès, qui comptait parmi la trentaine de VIP invités, à l’image du footballeur parisien Joao Neves, de l’acteur Gérard Darmon et de multiples personnalités et influenceurs. Dans cette société de l’image, chaque détail pèse de son importance. C’est pourquoi en amont du Jour J, le trophée du Prix d’Amérique aura parcouru 16 hippodromes avant une tournée parisienne (Assemblée nationale, Adidas Arena, L’Équipe, Paris Turf, PMU, Zeturf…)
Se mettre à la page des nouvelles tendances. Côté galop, c’est le virage des fameux « Jeuxdi » à ParisLongchamp. Côté trot, la multiplication de journées thématiques à l’image des « Folies douces », « Carnaval de Venise » ou du « Nouvel an chinois ». Et de l’entrée dans une nouvelle dimension de la course reine du trot, rebaptisée Prix d’Amérique Festival.