G. Le fait que les jockeys soient des « poids plumes » les aide-t-il à se remettre plus vite d’ une blessure?
É. L. Cela change surtout leur programme de rééducation. On adapte les charges et intensités de travail selon le poids du patient. En salle, un jockey va être plus performant qu’ un pilier de rugby. Mais courir n’ est pas dans ses habitudes, on ne lui demandera pas la même chose sur ce point qu’ un joueur de foot ou qu’ un coureur de fond par définition. On va insister sur des exercices placés, l’ équilibre, des positions semifléchées, sur tout un travail d’ échelle de rythme.
LA GRANDE PARTICULARITÉ DES JOCKEYS, C’ EST DE VOULOIR TOUT DE SUITE SE REMETTRE EN SELLE
G. Que vous disent-ils? É. L. Ce sont des passionnés. Encore une fois, la première question, c’ est: « quand est-ce que je reprends, docteur? » On les accompagne aussi sur le plan mental en les sensibilisant sur les risques de rechute. L’ objectif, c’ est de reprendre le mieux possible. Être bien dans sa tête et dans son corps. Pour diminuer la charge mentale par rapport à la blessure, on se fixe des objectifs de reprise. En cas de dépression ou d’ anxiété, un psychologue est à disposition pour les accompagner.
G. Par rapport aux autres sportifs, quel regard portez-vous sur les cadences des jockeys, qui enchaînent les courses à un rythme effréné?
É. L. C’ est un élément primordial. En football, si on regarde le parcours du PSG l’ an passé, après une saison à rallonge, on n’ est pas surpris par le nombre de joueurs aujourd’ hui à l’ infirmerie. La question c’ est, jusqu’ où pousser le bouchon sans que le corps en pâtisse? Dans l’ ensemble, les fédérations, les médecins et syndicats veillent à cet équilibre, mais c’ est vrai que le métier de jockey est soumis à d’ importantes cadences, à des impératifs sportifs et financiers, à des pressions qui facilitent les risques de blessures. Une étude récente sur les profils psychologiques impactant un risque de récidive en matière de blessure montre qu’ il y a un lien avec l’ anxiété et la dépression. Ceux qui sont plus prudents sont plus sujets à l’ anxiété, ceux qui le sont moins risquent de rechuter et, par conséquent, risquent une dépression.
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