TROISIÈME PARTIE
VU PAR SON ENTOURAGE PROCHE
Christophe Taranne
« Un homme exceptionnel »
Par Emmanuel Rivron
Après avoir fait toute sa carrière professionnelle dans l’ écurie mansonnienne, Christophe Taranne est un témoin privilégié pour évoquer à la fois le patron et l’ homme qu’ est Jehan Bertran de Balanda. De retour d’ une journée passée avec son ancien chef sur la route des étalons, ce fidèle parmi les fidèles revient avec nous sur cette expérience de vie aux côtés du natif du pays catalan.
Galorama. Combien de temps êtes-vous resté chez Jehan Bertran de Balanda?
Christophe Taranne. J’ ai travaillé à l’ écurie pendant trente-huit ans et un mois pour être exact. Je me souviens même des noms des chevaux que j’ avais montés mon premier jour, le 22 octobre 1987. À dire vrai, je tenais plus à cheval que je ne les montais ce jour-là. Je savais tout juste tenir un balai quand je suis rentré chez M. de Balanda, qui devait être à Maisons-Laffitte depuis une année environ avec Patrice Lemaire comme premier jockey. J’ ai fait tout ce qu’ on peut faire comme postes dans une écurie. M. de Balanda m’ a tout appris, de A à Z. Quand je suis arrivé, il devait y avoir 30-35 chevaux dans l’ effectif, ce qui a dû monter jusqu’ à près de 100 à une époque.
G. Rester autant d’ années dans une entreprise est assez rare. Comment expliquez-vous cette fidélité?
C. T. J’ aimais comment le travail était fait. Ces dernières années, j’ avais l’ entière confiance de M. de Balanda et je pouvais travailler librement, comme je le voulais, tout en rendant des comptes bien entendu. En plus d’ être un excellent patron, M. de Balanda est quelqu’ un d’ humain. En cas de problème personnel, il avait toujours le mot juste ou le petit geste pour vous remettre en selle. C’ est un homme exceptionnel.
G. Comment expliquez-vous l’ ascension et la réussite de cette écurie?
C. T. Le travail et la rigueur sont les principales raisons de cette montée en puissance. De la ferrure qui n ' allait pas à un cheval à celui qu’ il ne trouvait pas dans son assiette, il avait toujours ce regard. On en apprenait tous les jours avec lui. Sans rigueur, il n’ y a pas de réussite. Dans cette rigueur, il nous a fait progresser et nous a fait apprendre plus vite les choses. M. de Balanda était toujours franc et direct. Mais une fois que c’ était dit, c’ était terminé.
G. Quelle était la méthode d’ entraînement de Jehan Bertran de Balanda en quelques mots?
C. T. On entraînait pour aller aux courses, sans être trop dur. Les chevaux progressaient plutôt au fur et à mesure des courses, mais on était tout de même capables de gagner avec un débutant. Il adorait dresser les jeunes chevaux. Tout était fait sans les brusquer. Il prenait du temps avec ceux qui étaient moins doués. M. de Balanda s’ adaptait à chaque cheval, aidé par les jockeys et cavaliers, qu’ il écoutait beaucoup. Il construisait des carrières, et tous les chevaux avaient des engagements bien précis, avec un programme établi à l’ avance. Et quand un compétiteur n’ avait pas le niveau, le propriétaire en était tout de suite averti. M. de Balanda est quelqu’ un d’ honnête. Il a toujours respecté et ses chevaux et ses équipes.
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