Les chiffres( provenant de la Fédération des éleveurs du galop) sont désormais consolidés: en 2025, le nombre de juments pur-sang saillies a baissé de 4,4 %. Pour les juments AQPS le verdict est encore plus sévère:- 13,5 %. Ces poulinières autres que pur-sang ont une vocation « obstacle », le pan de la filière du galop qui souffre le plus actuellement. Tout laisse à penser que cette tendance s’ accentuera en 2026, car la quasi-totalité des éleveurs que nous avons approchés assure qu’ ils se sont déjà séparés de plusieurs juments ou sont sur le point de le faire. Parmi les exceptions, Edwige le Métayer du Haras du Buff en Normandie. Cette structure vit principalement des pensions, avec beaucoup de clients étrangers. Les poulinières personnelles de l’ éleveuse ont des pedigrees très solides. Leurs produits continuent donc à réaliser de bons scores sur les rings des ventes. Karine Perreau, basée dans la Nièvre, a réalisé une saison époustouflante sur les hippodromes, où ses « petits » ont remporté vingt-huit courses l’ année dernière dont trois Groupes. Le même week-end de fin novembre Ocre et Koktail Brut lui ont offert respectivement un Groupe 3 à Auteuil et un Groupe 2 en Irlande. « Seules les primes au naisseur que j’ ai touchées m’ ont permis de m’ en sortir, car je n’ ai quasiment pas vendu l’ an passé. Je n’ ai presque pas de chevaux en pension et la commercialisation de mes poulains a toujours été ma principale source de revenus. Là, j’ ai 10 yearlings et autant de 2 ans en stock … J’ ai considérablement réduit le nombre de mes juments saillies dès 2025: au lieu de 16 ou 17 pleines, elles n’ étaient que 12 au départ, pour 10 gestantes aujourd’ hui. Le fait de grimper à la 11 e place au classement des éleveurs français ne m’ a pas apporté de nouveau client. » Même son de cloches chez Laurence Gagneux, basée en Normandie tout près du Haras du Pin et qui peut s’ enorgueillir d’ avoir fait naître Diamond Carl, vainqueur du Grand Steeple-Chase de Paris 2025 pour la casaque Papot. « L’ an dernier, j’ ai anticipé en ne faisant saillir que 6 juments sur 12 ou 13. Cette année, j’ ai tellement un petit moral que je n’ ai pas encore défini mon plan de monte! Après le Grand Steeple, je n’ ai pas eu un coup de fil d’ acheteur potentiel pour des sujets de la famille de Diamond Carl. » Le Haras des Éclos de Laurence Gagneux vit essentiellement des pensions avec une trentaine de juments appartenant à des éleveurs hors-sol, français pour la plupart. « L’ un de mes clients, M. Montauban, m’ avait mise en garde au sujet de cette crise qui se profilait depuis quelques années, mais je n’ ai pas voulu le croire. Je n’ ai jamais produit de chevaux commerciaux pour les ventes aux enchères. J’ ai le défaut d’ être trop fidèle à mes souches. » Cela lui a permis d’ élever un gagnant de Grand Steeple, issu de l’ étalon désormais exporté Diamond Boy, mais pas de battre des records sur le ring. Damien Vagne, 31 ans, est associé avec son père Bruno à la tête de l’ excellent élevage d’ Allen, à Souvigny dans l’ Allier, où se côtoient chevaux AQPS et bovins charolais. « Il y a 4 ou 5 ans, on pouvait vendre un beau poulain issu d’ une mère modeste.