Par Serge Okey
Tel un blason moderne, la casaque figure parmi les symboles des courses. Un élément majeur d’ identification, fruit d’ un long héritage, au gré des évolutions et des réglementations. Une longue histoire dont les vagues origines ajoutent un peu de mystère à cette saga haute en couleur.
« Nom féminin, XVe siècle, étymologie obscure ». Même le dictionnaire de l’Académie française en perd un peu son latin. L’hypothèse la plus répandue fait remonter le mot « casaque » aux peuples « Quzzãk » ou « Kazak », ancêtres des Cosaques. Il renvoie aussi à un vêtement ample porté par des paysans ou palefreniers.
En France, la légende veut que la première casaque soit apparue le 25 juin 1812 au Champ de Mars, sur le plus vieux champ de courses de l’océan Indien : celui de l’île Maurice, où une joute
équestre fut organisée ce jour-là pour réconcilier autochtones francophones et néo-occupants britanniques. Derrière cette origine mystérieuse, ce morceau d’étoffe s’est fait une spécialité lumineuse : devenir l’emblème des propriétaires dans les pelotons. Rouge, noire, verte, bleue, à pois, à losanges ou à rayures… la casaque est l’élément d’identification par excellence sur un hippodrome. Le premier signe distinctif d’un cheval parmi les autres.
« Plus qu’un vêtement, un symbole »
Tels des chevaliers modernes, les jockeys portent haut ces blasons surnommés « couleurs » ou « racing silks ». À l’image de l’histoire des courses, celle de la casaque est indissociable de la noblesse et de la haute société. Plus qu’une tunique : un étendard que les grandes écuries se transmettent de père en fils. « La signature visuelle d’une écurie », dixit France Galop. « Plus qu’un vêtement, un symbole », souligne l’AFASEC, au regard du mythe associé à certaines couleurs.
Dans l’esprit collectif, la casaque grise et rose de Jean-Luc Lagardère et le vert aux épaulettes rouges de la dynastie Aga Khan sont presque aussi célèbres que le maillot jaune du leader du Tour de France. Du football au rugby, il est d’ailleurs amusant de constater à quel point les maillots de sport ont emprunté les codes des casaques hippiques. À la différence près que les maillots de sportifs sont tellement bombardés de pubs, qu’ils donnent parfois à leurs hôtes l’apparence d’hommes-sandwiches.
« Business is business »
Une devise que les Anglo-Saxons appliquent aussi aux courses, tandis que leurs pendants français campent sur une tradition plus sobre sans publicité. En 2026, seuls 27 propriétaires ont bénéficié d’une dérogation par les commissaires de France Galop. Le cas de la casaque Khalid Abdullah avec son logo et la mention Juddmonte Farms en blanc sur fond vert. Certaines autorisations peuvent être provisoires, comme l’inscription « Emirates » en lettres blanches sur la tunique Godolphin, du 3 mars au 19 juin. Ce blason moderne s’entoure de codes très stricts : 2 couleurs, 3 exceptionnellement, au gré d’une palette de 18 coloris et 25 motifs, selon le Code des courses au galop. Entre nuances (vert clair, vert, gros vert) pour la couleur de fond, damiers, chevrons, croix de Lorraine, disque ou épaulettes pour le dispositif, nouvelle palette de couleurs pour la couleur du dispositif, créer une casaque offre un nombre infini de possibilités.
« Aujourd’hui, on est 3 à travailler à l’ancienne »
Les couleurs, c’est sacré. Un peu comme un mariage ou un logo. Alors puisque le choix est large, il faut veiller à faire le bon. « J’envoie régulièrement une sélection de trois échantillons à mes nouveaux clients », raconte Christian Cormy, un des derniers Mohicans de la couture à l’ancienne, sous l’enseigne Confection Mireille. Marque de fabrique : « Col rabattu à la main, coutures surpiquées, emmanchures galonnées, boutonnières et boutons. Tout est cousu et brodé sur du satin de nylon. » Basé à 20 km de Clermont-Ferrand, ce fringant octogénaire est un témoin privilégié de l’évolution des casaques. « J’ai pris la succession de ma maman en 1981. » Dans son atelier de 30 m², les temps ont évolué. Les mails ont remplacé le téléphone, sa camionnette tourne un peu moins sur les hippodromes, le rythme des commandes est passé de 500 à 300 annuelles, son équipe de deux à une employée, mais son savoir-faire continue de briller. « Les jockeys de l’écurie Papot portent tous des casaques Mireille », confie-t-il au lendemain des sacres de Sel Jem et Losange Bleu, mi-mai, à Auteuil. Sa maman équipait Gérard Mascle, star du trot des années 1960 et 1970, puis les frères Gougeon. « Ourasi a gagné ses 4 Prix d’Amérique avec, chaque fois, une casaque toute neuve, spécialement faite pour l’occasion. » Christian Cormy a développé la marque côté galop. « Au début des années 1980, on était 5-6 fabricants. Aujourd’hui, on est 3 à travailler à l’ancienne, entourés de beaucoup de revendeurs. » Si la concurrence anglaise fait rage depuis peu, son rayonnement reste international : Espagne, Portugal, Maghreb, Benelux, Dom-Tom, la Grande-Bretagne un peu, et même le Japon. Au fil des ans, les tissus ont gagné en légèreté. « Les jockeys pèsent plus lourd qu’avant, cela oblige à faire plus léger. On peut compter 120 g pour une veste en tergal ultra-légère, 180 g pour une casaque en satin. Cette dernière est beaucoup plus résistante. À Auteuil, c’est recommandé », explique celui que beaucoup nomment monsieur Mireille. Parallèlement, les distinctions entre trot et galop ont eu tendance à s’amenuiser. « Il y a une quinzaine d’années, les motifs ont changé. Aujourd’hui, on donne au galop ceux qui étaient réservés au trot, idem pour les écharpes ». Quelques nuances subsistent néanmoins. Un « V » sur une casaque à ParisLongchamp est un chevron à Vincennes.
Forcément, cette veste légère a suivi le vent des technologies. Pour maximiser la performance, le satin traditionnel laisse de plus en plus la place au nylon et autres fibres moins lourdes. Une chose, en revanche, n’a pas changé : la casaque demeure l’emblème visuel par excellence des hippodromes. Plus qu’une tenue, un concentré d’histoire, d’identité et de tradition.
Par Serge Okey
Rouge Chanel
« J’ai fait téléphoner chez Hermès, ils étaient tout étonnés que je ne fasse pas ma casaque moi-même. Mais j’habille les femmes, pas les chevaux. » Avant le Prix de Diane 1964, mademoiselle Coco Chanel accorda une interview au journal Week-End restée célèbre, dans laquelle elle explique avoir dû ruser pour que sa casaque soit rouge comme elle le souhaitait : « J’ai choisi le rouge moi-même. Pour le blanc, je leur ai dit de tricher, de le mettre aux coudes. Quand le jockey a le bras plié, on ne le voit plus. »
Tourner casaque
C’est l’ancêtre de l’expression « retourner sa veste ». Une attitude longtemps attribuée aux mercenaires pour sauver leur peau. Charles-Emmanuel Ier de Savoie aurait popularisé l’expression alors qu’il rêvait des trônes français et espagnol en même temps. Un mythe raconte qu’il portait une veste aux couleurs des deux pays pour changer d’alliance opportunément.
Canaris
Leur tunique majoritairement jaune vaut aux footballeurs nantais le surnom de Canaris. Mais l’origine de celle-ci doit plus au cheval qu’à un oiseau. Lorsqu’il fonda le club de football en 1943 avec Marcel Saupin, l’entrepreneur Jean Le Guillou reprit les couleurs de sa casaque avec lesquelles son cheval Ali Pacha brillait sur les hippodromes. C’est pourquoi le FC Nantes joue en jaune et vert, symboles de succès et d’espoir.
Modèle
« Notre premier client, c’est le cheval. Le deuxième, le cavalier », aimait à dire Jean-Louis Dumas, patron d’Hermès de 1978 à 2006. Entre les courses et Hermès, l’histoire est longue comme un Grand Steeple-Chase de Paris. En outre, le pouvoir de branding des casaques et leur héritage aristocratique sont tels que d’autres grandes marques s’en sont inspirées pour leurs créations. Gucci avec ses couleurs saturées, Dior sous Galliano… Au passage, savez-vous comment étaient surnommées les prestigieuses clientes des grandes maisons de mode dans les années 1930 ? Des jockeys.
Par Alice Baudrelle
Jockey de 1984 à 2016, Thierry Jarnet a remporté environ 2 600 victoires à travers le monde, dont 4 Prix de l’ Arc de Triomphe. Devenu coach pour les élèves de l’ AFASEC, il nous a livré son ressenti sur l’ évolution de la casaque.
« Lorsque j’ai commencé à monter en course, il y avait beaucoup plus de casaques en soie, notamment les casaques classiques. Elles n’étaient pas beaucoup plus lourdes que les casaques en synthétique, mais le poids des jockeys se joue parfois à quelques grammes ! J’avais une hygiène de vie et un régime alimentaire assez stricts, donc ce n’était pas un problème pour moi. Les casaques ont évolué de par la technologie et l’inflation, qui ont entraîné la disparition de plusieurs fabricants français. Avant, on pouvait acheter les casaques cousues main en grand nombre chez Mireille ou Au Petit Matelot, une grande boutique de vêtements dans l’avenue de la Grande Armée à Paris. Avec le temps, il a fallu trouver des solutions moins coûteuses et commander des casaques sur Internet à l’étranger, qui sont fabriquées par des machines. Je ne trouve pas qu’il y ait eu une grosse révolution au niveau de l’aspect des casaques en elles-mêmes. » Nostalgique de l’époque des couleurs de la famille Wildenstein et de la marquise de Moratalla, qui ont disparu, Thierry Jarnet garde un faible pour une casaque en particulier : « Pour moi, celle qui avait un petit plus par rapport aux autres était celle d’Olivier Lecerf, noire toque bleue, que j’ai portée avec Subotica. Non seulement je la trouvais très jolie, mais elle a aussi une signification particulière : c’est avec elle que j’ai remporté ma première victoire pour André Fabre, mon premier Groupe 1, et mon premier « Arc »… Un vrai porte-bonheur ! »
« LES CASAQUES ONT ÉVOLUÉ DE PAR LA TECHNOLOGIE ET L’ INFLATION, QUI ONT ENTRAÎNÉ LA DISPARITION DE PLUSIEURS FABRICANTS FRANÇAIS. »
Par Alice Baudrelle
Créée en 1790, Au petit matelot est la plus vieille enseigne parisienne encore en activité, située dans l’avenue de la Grande Armée. On y trouve des vêtements élégants pour s’habiller à la campagne, en bord de mer ou en ville, mais cette boutique a également fourni des casaques pendant très longtemps. Lors de la reprise du magasin par Charles-Henry et Golvine de Vaucelles, en février 2023, les casaques n’étaient plus confectionnées depuis quelques années à cause du manque de demande. Golvine de Vaucelles nous a appris qu’il ne s’agissait pas d’une décision irrévocable, à condition bien sûr d’avoir une clientèle assez large pour ce type de produit… Avis aux nostalgiques de cette institution!
Par Alice Baudrelle
Créée en 1880, Petitpas est la plus vieille sellerie sur notre sol et fabrique elle-même les casaques à Laval. Commercial au sein de l’entreprise, Théo Hurel nous a expliqué ce qui a contribué à l’évolution des matières: « Il y a une quinzaine d’années, Petitpas a été racheté par le groupe qui détient Hippomat, Abrivert et France Industrie Maréchalerie. Hippomat est une sellerie assez complémentaire, qui est spécialisée dans le matériel de trot. En ce qui concerne la fabrication des casaques, nous avons dû la faire évoluer pour plusieurs raisons: les demandes des clients, la mode et les prix. Il a fallu répondre aux nouveaux besoins des jockeys en termes de qualité, mais surtout de poids et de confort. La mode a également contribué à l’évolution des casaques, notamment le choix des matières. Aujourd’ hui, nous exploitons certaines matières parce qu’elles répondent à un effet de mode, mais nous pourrions en utiliser d’autres. Chez Petitpas, 98% des casaques au galop sont faites en satin, et une infime partie de notre clientèle demande du lycra. La soie est beaucoup plus chère et moins durable que le satin, et les deux matières sont similaires en termes de légèreté. Comme les prix des casaques ont augmenté, nous sommes obligés de travailler avec des matières moins chères, d’où l'arrivée du satin en remplacement de la soie. À l’avenir, le lycra pourrait peut-être se démocratiser: il n’y a rien de plus durable et le tissu est extensible, très confortable, mais aussi beaucoup moins cher que le satin. Nous avons eu quelques demandes, surtout à l’étranger. » En ce qui concerne la production, Théo Hurel nous a donné quelques chiffres: « Il faut au moins 4 mètres de tissu pour fabriquer une casaque avec sa toque. Entre la découpe et l’assemblage, cela représente entre 17 et 20 heures de travail. » Précisons que les fabricants de casaques n’ont pas besoin d’être agréés par France Galop pour exercer cette activité.
Par Alice Baudrelle
Basée en Normandie, Adele Brizard a créé Elgin Equestrian en 2009. Cette marque de distribution commercialise de nombreux produits destinés aux acteurs des courses dont des casaques, qui sont confectionnées en Angleterre. Adele Brizard nous a expliqué: « Je propose beaucoup de choses comme des couvre-reins, des couvertures, du matériel de course ou encore des casaques, mais c’est trop difficile d’être vendeur et fabricant en même temps, donc je fais de la distribution. Comme j’ai participé à plusieurs concours de modèles et allures AQPS, la plupart de mes clients sont des gens du milieu de l’obstacle. Louisa Carberry, par exemple, achète régulièrement des casaques chez Elgin Equestrian, qui sont visibles sur tous les hippodromes de France. Je vends majoritairement des casaques en satin imprimé ultra-léger, avec des boutons-pression sur le devant, ce qui les rend plus faciles à fermer. La qualité est impeccable, et le service est rapide. » Parmi les autres distributeurs de casaques en France, il y a donc Hippomat à Laval ou encore Dalie Horse Racing à Cabriès.
Par Mélodie Janvier
C’est une métamorphose qui ne cesse de s’accélérer ces dernières années, portée par une nouvelle génération de jockeys, qui sont aussi très souvent les meilleurs drivers de l’Hexagone, qui voit les casaques dites « traditionnelles » être de plus en plus délaissées au profit des modèles « seconde peau ».
Antoine Leraille, fondateur de la toute jeune entreprise Trotting Style, spécialisée dans la confection de casaques hyper-personnalisables, nous explique : « Effectivement, je pense que l’évolution des casaques est aujourd'hui plus marquée au trot qu’au galop. Dans cette discipline, on y voit encore beaucoup de casaques "traditionnelles", bien que nous ayons eu le plaisir de voir quelques-unes de nos pièces y faire leur apparition. Historiquement, les casaques satinées de type blouson étaient largement majoritaires, or, depuis quelques années, les modèles en lycra prennent le pas. Il existe deux types de casaque en lycra : celle de type blouson, et celle à enfiler comme un pull. Le trot présente la particularité de comporter deux spécialités : le trot attelé et le trot monté, il faut donc tenir compte de cette spécificité, car les attentes ne sont pas les mêmes. Et puis il y a d’autres paramètres qui entrent en jeu : la morphologie et les générations. Le lycra a le vent en poupe chez les jeunes jockeys et drivers, moins chez les pilotes plus anciens ou les amateurs. Pour ces derniers, qui peuvent aussi avoir une corpulence plus importante, la casaque "blouson" reste très appréciée et adaptée à leur utilisation. Le lycra présente plusieurs avantages majeurs : grâce à sa grande extensibilité, il permet une grande liberté de mouvements. Les casaques en lycra, qui sont donc beaucoup plus proches de la peau, permettent aussi d’améliorer significativement l’aérodynamisme. Contrairement à une casaque en satin, avec des coupes plus amples, il n’y a pratiquement aucune prise au vent. » Un paramètre d’autant plus important qu’il est accentué par la généralisation de la position très en avant sur l’encolure des jockeys de trot, dans un sport où la recherche de vitesse reste le graal. « Les modèles à enfiler comme un pull présentent également un autre avantage : celui d’éviter les problèmes de perte de bouton ou de casse fermeture. Par ailleurs, nous utilisons la technique d’impression par sublimation, nos casaques n’ont ni broderie, ni flocage, ni coutures de motifs et/ou de jonctions de couleurs. Les visuels sont directement intégrés dans le tissu, cela permet une grande liberté de personnalisation ainsi qu’une excellente tenue dans le temps. Elles sont également plus accessibles financièrement, ce qui peut aussi expliquer la demande croissante. Depuis 2023, les casaques en lycra représentent environ 69 % de nos ventes. »
Par Alice Baudrelle
Fondateur de la fameuse sellerie IJockey en 2012, Jérémy Canfyn peut compter sur 3 commerciaux à Chantilly, à Senonnes et à Pau. Il nous a confirmé que le lycra était loin d’avoir le vent en poupe en France, malgré ses avantages: « Personnellement, je fais fabriquer les casaques en France pour des raisons de proximité et de réactivité. Nous avons beaucoup de commandes en satin et très peu en lycra, à part pour nos clients allemands. J’ai pourtant essayé de creuser sur l’utilisation du lycra afin de gagner en aérodynamisme, mais ce tissu moulant n’a pas rencontré de succès en France pour des raisons esthétiques. Je trouve cela étonnant car les matières ont évolué dans plusieurs sports comme le ski ou le vélo, qui ont privilégié la performance, mais les gens n’y sont pas sensibles dans le milieu des courses. La seule chose qui a évolué au niveau des casaques chez IJockey, c’est leur taille. Nous proposons une taille “L” car les jockeys sont de plus en plus grands, et c’est important d’en tenir compte. »
Par Alice Baudrelle
Ancien jockey devenu entraîneur à Maisons-Laffitte, Xavier Hondier évoque les casaques d’hier et d’aujourd’hui, entre nostalgie et désir de modernisation.
À la tête d’une écurie de propriétaires à Maisons-Laffitte, Xavier Hondier a monté en course de 1987 à 2011, avec environ 300 succès à la clé. Parmi ses plus belles victoires figurent le Prix Léon Olry-Roederer, 3 Grandes Courses de Haies de Merano, ou encore la Grande Course de Haies de Milan. En accord avec la modernisation des matières des casaques, il est également favorable à un assouplissement de la réglementation à France Galop: « Dans certains pays comme les États-Unis ou l’Australie, les propriétaires ont le droit de faire coudre un logo ou un dessin sur leurs casaques. Cela n’est pas autorisé chez nous et je trouve ça dommage, car je pense que cela pourrait attirer davantage de propriétaires. » Xavier Hondier assiste à un phénomène plus abstrait, la désacralisation de la casaque: « Avant, il s’agissait d’un objet de prestige qu’il fallait respecter. Les casaques étaient pliées minutieusement à chaque utilisation, même après avoir été salies. Maintenant, la plupart des garçons de voyage les mettent en boule après la course, et je trouve que la casaque a perdu de sa noblesse. »
« UN ASSOUPLISSEMENT DE LA RÉGLEMENTATION DES CASAQUES POURRAIT ATTIRER DAVANTAGE DE PROPRIÉTAIRES »
Par Alice Baudrelle
Les couleurs d’un propriétaire résultent de la combinaison des dispositifs du corps de la casaque, des manches et de la toque, ainsi que des coloris autorisés. Le client peut choisir entre 25 dispositifs au niveau du corps, 12 au niveau des manches, 10 au niveau de la toque, et 18 coloris: les 3 éléments doivent être composés d’au moins 2 coloris, exceptionnellement de 3. Il est interdit de coudre des lettres ou un logo sur sa casaque. Un propriétaire peut cependant être autorisé par les commissaires de France Galop à mettre un logo publicitaire sur sa casaque (sur une écharpe ou un dossard par exemple) à l’occasion d’une course publique, à condition qu’il en ait fait la demande au préalable par écrit auprès de ces derniers. Là encore, il y a des restrictions: les logos et marques publicitaires concernant le tabac, l’alcool, la religion ou encore les partis politiques sont interdits.
Par Alice Baudrelle
En France, les casaques restent fidèles à une certaine tradition. À l’étranger, elles ont depuis longtemps pris des libertés. Entre sobriété hexagonale et créativité assumée ailleurs, ces différences racontent deux visions bien distinctes des courses.
Entre les années 1940 et 1950, les États-Unis furent le premier pays à industrialiser les matières synthétiques. Bien qu’étant un matériau noble, la soie absorbait l’humidité et s’alourdissait considérablement lors des intempéries, sans oublier son manque de solidité et le temps de séchage. Bien plus élevé qu’en Europe, le rythme intensif des courses américaines a poussé les USA à adopter le synthétique pour des raisons pratiques évidentes. En revanche, l’Angleterre a fermé la porte à cette évolution jusqu’au début des années 1970, privilégiant le prestige de la soie aux avantages du nylon, qui était considéré comme une matière vulgaire. Finalement, le pays a capitulé suite à l’apparition des gilets de protection obligatoires pour les jockeys sous la casaque, qui a rendu la soie totalement inadaptée (puisque non extensible). L’Irlande a suivi le mouvement à la même époque, et la France a fini par bannir la soie au début des années 1990. Au début des années 1950, les États-Unis ont également fait évoluer le design de la casaque, suite à la multiplication des propriétaires et à la saturation des combinaisons existantes. Une casaque américaine peut comporter des initiales comme celle de Kenneth Ramsey – qui a des chevaux en France chez Gianluca Bietolini – ou bien un logo ou un visuel uni (tête de cheval, fleur de lys…). L’Australie est sans doute le pays le plus ouvert après les États-Unis sur cette question, alors que la majorité des pays européens est assez conformiste sur le sujet. En France et en Irlande, il est interdit de coudre des initiales ou des emblèmes sur une casaque : l’ l’industrialisation des paris a sans doute joué un rôle-clé sur notre sol, en voulant faciliter la lecture des casaques pour les turfistes. En revanche, les initiales, les logos et autres visuels sont autorisés en Allemagne, dont le modèle des courses s’est construit de manière très décentralisée. En Angleterre, la réglementation traditionnelle s’est assouplie en 2017 avec la possibilité de créer une casaque sur mesure… moyennant tout de même la somme de 5 000 livres!