Par Emmanuel Rivron
Du Kentucky Derby à la Melbourne Cup, en passant par la Japan Cup, les chapeaux de Maison Laurette ne passent pas inaperçus. Autodidacte installée à Deauville, Laure Fessard a franchi l’obstacle de la reconversion avec réussite. À quelques jours du Prix de Diane Longines (Gr.1), symbole de l’élégance, un coup de projecteur sur cet artisanat s’impose.
GALORAMA. Comment avez-vous embrassé cette profession de chapelière ?
Laure Fessard. Alors que je travaillais encore dans les relations internationales, je faisais de petites créations. J’ai toujours aimé la mode et, comme je voulais créer mon entreprise, j’ai fondé Maison Laurette en 2018, dans mon petit appartement parisien. L’objectif était de m’installer à Deauville pour vivre une nouvelle vie, proche de mes chevaux, mon autre passion. Je suis arrivée à Deauville en 2020 dans un petit établissement, avant d’emménager dans une magnifique boutique, tenue par Jeanne Lanvin dans les années 1930. Il y règne une âme mode et couture qui est extraordinaire.
G. Pourquoi cette attirance pour le chapeau ?
L. F. Très lié au monde du cheval, le chapeau est une extension de la personnalité, bien plus qu’un accessoire. La technique de fabrication est poussée, très haute couture : j’adore ! Je suis autodidacte mais j’ai beaucoup lu, je suis allée voir des modistes, des chapeliers, avec beaucoup d’immersions, en Angleterre surtout. J’ai obtenu le titre d’artisan d’art en 2023. C’est une belle reconnaissance du milieu, importante pour la transmission du savoir-faire qu’il est primordial de garder en France.
G. Comment fabrique-t-on un chapeau ?
L. F. Pour un chapeau sur mesure, il faut s’adapter à la robe portée par la cliente, à sa morphologie, sa silhouette, tout en prenant en compte l’évènement en question. Sans oublier de connaître sa personnalité pour faire une pièce qui lui ressemble. Avant la fabrication, je me projette beaucoup dans l’espace. Le croquis à plat va m’orienter sur le côté esthétique. Pour des pièces plus poussées et plus couture, je les construis autour du visage, d’un look. L’aspect technique est très fort : il faut que cela tienne mais que ce soit confortable. La créativité et la matière sont infinies. Tant que la matière première est noble, on peut tout prendre (pailles, feutres, cuir, broderies, tissus).
G. Quelle est la forme de chapeau intemporel pour le Prix de Diane Longines ?
L. F. Pour un chapeau réutilisable au Prix de Diane, il faut ce côté « champêtre-chic ». On peut imaginer des fleurs sur un canotier en paille, des petites plumes. J’utilise beaucoup de paille de sisal, ainsi que des fleurs en soie, en tissu, en cuir…
G. Combien de temps faut-il pour fabriquer un chapeau ?
L. F. Les chapeaux du quotidien comme le panama, pour hommes, peuvent demander entre 3 et 4 heures. Pour des pièces de course ou de cérémonie, je pars plutôt pour 8 heures minimum. J’ai récemment fabriqué une pièce pour une fondation sur laquelle je devais planter 1 000 plumes à la main, ce qui m’a pris une centaine d’heures. J’avoue être très occupée en cette période de l’année mais j’adore ça. Et dans ces cas-là, rien de mieux que de monter à cheval pour me ressourcer !
G. Quelle est la patte Maison Laurette ?
L. F. C’est une patte très couture, très élégance à la française, avec des modèles d’inspiration des grandes maisons des années 1940-1950. Je ne fais pas de chapeaux très garnis, lourds, mais plutôt en finesse, pour faire une jolie silhouette, avec des détails comme des boutons, de petites fleurs… Les clients étrangers apprécient beaucoup. Je suis très fière d’être « la chapelière de Deauville » et de chapeauter des grands du milieu hippique.