Casaques de Rêve N°19 Juin 2026 | Courses-Elevage

Aga Khan Studs, 2026 s’annonce encore meilleure 

Par Jocelyn de Moubray

Les Aga Khan Studs ont connu de nombreuses bonnes années, mais 2025 a été la meilleure du XXIe siècle, et il semble que cette année pourrait être encore meilleure. Avant même la fin du mois de mai, les Aga Khan Studs ont déjà remporté 4 Groupe 1 et révélé deux futurs étalons : Daryz et Rayif. 

Des chiffres exceptionnels

Remporter avec Daryz le premier Prix Aga Khan IV (Gr.1) – anciennement Prix d’Ispahan – rebaptisé en hommage à l’homme qui a développé l’élevage pendant près de soixante-dix ans – a sans doute été une satisfaction supplémentaire pour l’entité. La France est devenue le centre des activités d’élevage et de courses des Aga Khan Studs dès les premières années du siècle après l’acquisition des chevaux de course et des effectifs de l’élevage de Jean-Luc Lagardère. Qu’il s’agisse de l’élevage ou des chevaux de course, ils sont répartis entre la France et l’Irlande mais, à quelques exceptions près, la majorité des succès est venue de France. Entre 2005 et 2025, les Aga Khan Studs ont enregistré, en moyenne, 13 victoires de Groupes ou de Listed chaque année, uniquement en France. Entre 2005 et 2015, le nombre annuel de succès black type a varié entre 12 et 23, avant une période moins faste entre 2016 et 2024, comptant entre 3 et 12 victoires de Groupes ou de Stakes par an. L’année 2025 a été la meilleure depuis 2005, avec 24 victoires de Stakes en France et 44 places. Cette année, avec déjà 11 victoires et 11 places, le total final devrait être encore supérieur. Parmi les années remarquables figure celle de 2009, où les chevaux portant les couleurs de l’Aga Khan comprenaient, entre autres, Siyouni, Varenar, Rosanara, Behkabad, Rajsaman, Shalanaya et Daryakana, pour un total, en France, de 22 victoires black type et 34 places. L’année 2015 fut également exceptionnelle, avec notamment les champions Ervedya et Vazirabad, comptant 19 succès black type et 28 places. Année 2015 durant laquelle Zarak, fils de Dubawi et Zarkava, effectuait des débuts victorieux à Deauville. Le nombre de chevaux est quant à lui resté stable : il y avait 79 partants individuels en France en 2009, 87 en 2015 et 78 en 2025. Toute activité d’élevage, même de la taille des Aga Khan Studs, connaît des résultats qui varient d’une année à l’autre. L’élevage du pur-sang est une activité agricole influencée par les conditions météorologiques, les risques inévitables d’accidents ou de blessures, ainsi que de nombreux autres facteurs. Toutefois, si les succès enregistrés entre 2005 et 2015 résultaient, en partie, de l’acquisition des chevaux Lagardère, il est légitime de se demander pourquoi les Aga Khan Studs semblent avoir entamé, depuis 2024, un nouveau cycle vertueux de réussite. 

Entraîneur : un maillon primordial

Les entraîneurs jouent un rôle essentiel dans toute grande opération d’élevage, Francis-Henri Graffard a repris, en 2022, la responsabilité du centre d’entraînement d’Aiglemont, près de Chantilly, à la suite du départ à la retraite d’Alain de Royer-Dupré. Une étude universitaire, publiée en mars dernier par le groupe irlandais The Economic and Social Research Institute, basée sur les résultats cumulés de milliers de chevaux passés par les ventes publiques en Grande-Bretagne et en Irlande, cherchait à expliquer pourquoi la corrélation entre les prix obtenus aux enchères et les résultats en course n’était pas parfaite. L’étude concluait que le facteur principal résidait dans les entraîneurs eux-mêmes. Les entraîneurs les mieux classés obtenaient des résultats significativement supérieurs, aussi bien avec des chevaux coûteux qu’avec des chevaux moins chers, par rapport aux entraîneurs de rang inférieur. L’étude estimait que l’effet des entraîneurs représentait entre 30 et 40 % de l’écart entre résultats attendus et résultats réels. Depuis 2022, Francis-Henri Graffard a obtenu des résultats exceptionnels, aussi bien pour les Aga Khan Studs que pour ses autres clients, mais il ne s’agit pas pour autant d’un contraste avec les entraîneurs précédents, qui figuraient déjà parmi les meilleurs. L’explication la plus probable se situe ailleurs. 

Des performeurs toujours meilleurs

Les Aga Khan Studs ont produit un total de 93 chevaux en 2023 : 44 mâles et 49 femelles. Fin mai de leur année de 3 ans, cette génération compte déjà le vainqueur de Groupe 1 Rayif, les candidats au Qatar Prix du Jockey Club (Gr.1) Dolmalan et Daryzan, les possibles participantes au Prix de Diane Longines (Gr.1) Zayida et Behrayna. Ainsi que de nombreux autres chevaux qui sont déjà ou semblent destinés à devenir black type : Synaran, Erdenali, Varandir, Asakir, Kinasani, Vardif, Mirik, Ebiyar, Tashakour, Calasita, Edaja, Narissa, Azamita et Valasara. À la fin de l’année, il serait surprenant qu’il n’y ait pas au moins 20 performeurs black type, soit 22 % des produits, ainsi que 3 ou 4 performeurs de Groupe 1, soit 3 à 4 %. Ce sont des résultats exceptionnels, environ trois fois supérieurs à la moyenne. Si l’on examine la production des 100 meilleurs étalons européens, on constate qu’environ 8 % deviennent performeurs black type et 1 % performeurs de Groupe 1 ; la génération 2023 des Aga Khan Studs affiche donc des résultats au moins trois fois supérieurs à ceux des produits des meilleurs étalons européens. 

L’un des meilleurs parcs d’étalons

Les Aga Khan Studs possèdent eux-mêmes 3 des meilleurs étalons européens. Actuellement, 10 d’entre eux affichent plus de 10 % de performeurs black type parmi leurs produits de 3 ans. Frankel domine cette liste avec 22 %, suivi de Zarak et Kingman, à égalité avec 17 %, puis Siyouni, avec 14 %. Parmi les 3 ans des Aga Khan Studs, 22 sont issus de l’un des 2 étalons vedettes de la maison : Zarak et Siyouni. Dans ce contingent, au moins 8, soit 36 %, sont déjà, ou semblent très probablement, destinés à devenir des chevaux de Groupes ou de Stakes. Environ 25 % des 3 ans des Aga Khan Studs sont issus de Zarak ou Siyouni.
Disposer de 2 des meilleurs étalons d’Europe constitue un avantage déterminant pour toute opération d’élevage. Les Aga Khan Studs n’ont pas utilisé massivement ces 2 reproducteurs au début de leur carrière, ce qui explique le temps nécessaire avant que leur impact complet ne se manifeste en piste ; mais dans les années à venir, leur influence sera considérable. La génération 2025, de 91 produits, comprend déjà 20 sujets, soit 22 %, issus des 2 stars maison, ainsi que 13 autres produits d’autres étalons des Aga Khan Studs. Et bien sûr, lorsqu’il est possible de faire saillir gratuitement un quart de ses juments par des étalons de premier plan, le budget consacré aux frais de saillie peut être utilisé plus efficacement pour les autres juments. Le succès dans l’élevage engendre un cercle vertueux, car produire et faire courir des chevaux d’élite permet aussi de créer de futurs grands reproducteurs. Parmi les vedettes de 2009 figurait Daryakana, mère de Daryz, tandis qu’Ervedya, star de 2015, est la mère de l’étalon Erevann, qui aura ses premiers partants en 2026, aux côtés du vainqueur du Qatar Prix du Jockey Club 2022 (Gr.1) Vadeni. Les futurs étalons des Aga Khan Studs devraient vraisemblablement inclure Daryz et Rayif, ainsi qu’un ou deux autres 3 ans vedettes de la génération 2026.