Par Fanny Hubart-Salmon
C’est une saison toujours très attendue de l’autre côté de l’Atlantique, notamment avec ses mythiques Oaks et Kentucky Derby, deux des plus importants Groupe 1 au pays de l’Oncle Sam. Fanny Hubart-Salmon a eu le plaisir d’ assister au sacre de Golden Tempo et de rencontrer ceux qui ont fait l’ actualité du printemps 2026.
1 an, 1 mois et 21 jours de différences. Les frères Ortiz se disent « presque jumeaux ». Nés à Puerto Rico dans une famille de jockeys, ils ont suivi les traces de leur grand-père Irad, de leur oncle Ivan et de leur idole Angel Cordero Jr. Formés à la même école que John Velázquez, ils débutent sur le seul hippodrome de l’île qu’ils quittent à un an d’écart.
Ce printemps au Kentucky, Irad est le roi de Keeneland. Il finit tête de liste du meeting avec 22 victoires, dont 2 Groupe 1. José quant à lui signe le 1er mai un coup de 5 à Churchill Downs, dont les Kentucky Oaks (Gr.1) avec Always A Runner pour Chad Brown. Le lendemain, il remporte le Kentucky Derby (Gr.1) en selle sur Golden Tempo pour Cherie DeVaux. Il devance son frère aîné, deuxième sur Renegade et toujours en quête de sa première victoire dans l’épreuve reine américaine. José est le neuvième jockey à réussir le doublé Kentucky Oaks – Kentucky Derby la même année.
Les 9 jockeys ayant réussi le doublé Kentucky Oaks – Kentucky Derby la même année.
1884 Isaac Murphy
1933 Don Meade
1950 Bill Boland
1952 Eddie Arcaro
1966 Don Brumfield
1993 Jerry Bailey
2009 Calvin Borel
2024 Brian Hernandez Jr.
2026 José Ortiz
• Né le 02/10/1993 (Trujillo Alto, Puerto Rico)
• S’installe en Pennsylvanie au printemps 2012
• 2016 Tête de liste des jockeys nord-américains (au nombre de victoires)
• 1 Eclipse Award (meilleur jockey en 2017)
• 6 victoires de Breeders’ Cup
• Cap des 3 000 victoires à Churchill Downs le 9 juin 2024
• 2 Kentucky Oaks : 2019, 2026
• 1 Kentucky Derby : 2026 (Golden Tempo)
• Né le 11/08/1992 (Trujillo Alto, Puerto Rico)
• S'installe à New York au Printemps 2011
• 5 Eclipse Awards (meilleur jockey en 2018, 2019, 2020, 2022, 2023)
• 23 victoires de Breeders’ Cup
• Cap des 4 000 victoires à Keeneland le 13 octobre 2024
L’aventure devait durer dix-huit mois. Le stage de cavalier d’entraînement chez Patrick Biancone prendra une tout autre tournure. Deux décennies plus tard, Julien Leparoux, qui n’avait jamais monté la moindre course en France, reçoit l’un des trophées les plus convoités du turf américain. Le George Woolf Memorial Jockey Award n’est en effet pas une récompense comme les autres puisqu’elle est un plébiscite de ses collègues du vestiaire. C’est à Keeneland, son hippodrome préféré, que nous avons rencontré le jockey, avant qu’il ne s’envole pour recevoir son prix en Californie. L’occasion également de demander à ses collègues ce qui a motivé leur vote.
Un jockey Made in USA ?
L’hippodrome de Santa Anita, qui remet le trophée depuis 1950 en partenariat avec la Jockeys’ Guild, fut celui où le jeune Julien posa ses valises en 2003. Il se souvient encore du long vol vers Los Angeles. Il avait alors 19 ans et 12 heures devant lui pour se demander s’il faisait le bon choix. Deux ans plus tard, Patrick Biancone le fait débuter en course. Des débuts fulgurants, couronnés par l’Eclipse Award du meilleur apprenti en 2006. Il remportait cette année-là 403 courses, plus qu’aucun apprenti et professionnel confondus. Parmi ses victoires en 2006, son premier Groupe 1, les Beverly D. Stakes avec Gorella. La pouliche avait commencé sa carrière en France pour Jean de Roualle. Un entraîneur que Julien connaît bien puisque son père, Robert Leparoux, y a longtemps été garçon de voyage, après avoir monté en obstacle. Si Robert n’a pas pu voir son fils devenir jockey, il lui aura donné des armes solides pour durer dans un métier difficile : recul, lucidité et humilité. Une carrière 100 % made in USA pour Julien Leparoux qui n’a jamais tourné le dos à ses racines cantiliennes et bretonnes. Il reste un supporter inconditionnel du PSG. Citoyen américain depuis 2018, il vit à Louisville, au Kentucky, à proximité de l’hippodrome de Churchill Downs, où il signait en novembre 2024 sa 3 000e victoire.
Une carrière bien gérée
Tepin reste selon lui l’un des meilleurs souvenirs de sa carrière. Ensemble, ils ont remporté la Breeders’ Cup Mile (Gr.1) avant de s’imposer à Royal Ascot dans les Queen Anne Stakes (Gr.1) et au Canada dans le Woodbine Mile (Gr.1). « J’espère en retrouver un jour une comme elle », évoque-t-il. À bientôt 43 ans, Julien Leparoux est vice-président et trésorier de la Jockeys’ Guild. Il aura su mettre à profit les études de gestion vers lesquelles ses parents l’avaient poussé. Il conjugue aujourd’hui le sens des responsabilités et la priorité donnée à sa famille. Une force tranquille que ses collègues s’accordent à reconnaître : « Julien, c’est la classe ».
• 12 titres de meilleur jockey à Keeneland.
• 9 titres de meilleur jockey à Churchill Downs.
• Record du nombre de victoires sur le turf à Churchill Downs.
• 2 Eclipse Awards (2006, Meilleur apprenti – 2009, meilleur jockey).
• 7 victoires de Breeders’ Cup.
• 275 victoires de Groupes dont 67 à Keeneland
Chad Brown commence le meeting de Keeneland en beauté. L’entraîneur y passe le cap des 3 000 victoires grâce à Zulu Kingdom dans le Maker’s Mark Mile (Gr.1). Le 4 ans, associé à Flavien Prat, bat notamment Notable Speech, lauréat de la Breeders’ Cup Mile 2025.
Chad Brown n’est pas au Kentucky ce jour-là, mais à New York, où il veille notamment sur deux de ses espoirs classiques : Emerging Market, engagé dans le Kentucky Derby (Gr.1), et Always A Runner, orientée vers les Longines Kentucky Oaks (Gr.1). Tous deux se remettent de la pneumonie. La pouliche, Always A Runner, restée plus d’un mois à la clinique vétérinaire, avec de longues sessions en chambre d’oxygénothérapie hyperbare, débute victorieusement début février. Elle montre ensuite de nouveau des signes de faiblesse avant de rebondir et de signer un deuxième succès. Début mai, direction Louisville, où elle passe le peloton en revue dans le dernier tournant pour remporter la 152e édition des Longines Kentucky Oaks sous la selle de José Ortiz.
Trois victoires en trois sorties pour une revenante. Le lendemain, Emerging Market, compagnon de convalescence, se classe dixième du Kentucky Derby. « Sans excuse », déclare son jockey Flavien Prat. Malgré un bon parcours et une ouverture au bon moment, le poulain n’a jamais été en mesure de fournir l’effort nécessaire pour mieux figurer. Mi-mai, coup dur pour Chad Brown : Peter Brandt annonce qu’il retire plus de 75 % de son effectif jusqu’alors confié à l’entraîneur. Gezora, lauréate du Prix de Diane Longines (Gr.1) et de la Marker’s Mark Breeders’ Cup Filly & Mare Turf (Gr.1), fait partie d’un lot arrivé chez Bill Mott, tandis que d’autres sont transférés chez Riley Mott et Miguel Clément.
• Né le 18/12/1978 (New York, USA)
• 5 Eclipse Awards (meilleur entraîneur en 2016, 2017, 2018, 2019, 2024)
• 19 victoires de Breeders’ Cup
• Cap des 3 000 victoires à Keeneland le 12 avril 2026
Les principales agences de ventes nord-américaines (Keeneland, Fasig-Tipton et Ocala Breeders’ Sales) s’unissent à plusieurs grands haras pour assurer un modèle durable de reconversion. Une nouvelle initiative qui soutient la Thoroughbred Aftercare Alliance (TAA), l’entité qui coordonne et labellise les programmes permettant aux anciens chevaux de course de trouver une deuxième carrière. Dès la vente de juillet 2026, les 3 sociétés de ventes doubleront leur contribution, en versant 0,1% du chiffre d’affaires brut de chaque vente. La participation devient aussi obligatoire pour les acheteurs et les vendeurs, chacun ajoutant 0,1% sur ses transactions. Les estimations basées sur les chiffres de 2025 projettent plus de 4,4 millions de dollars par an. Les stations de monte vont aussi mettre en place un nouveau modèle: les étalons couvrant plus de 50 juments verseront 50% du prix de saillie affiché, le pourcentage étant ramené à 25% du prix de saillie pour les étalons moins populaires. Toujours sur la base des tarifs 2025, les projections sont estimées à 2,2 millions de dollars par an pour l’ équivalent américain d’ Au- Delà Des Pistes. Entre ces mesures et d’ autres financements déjà en place, la Thoroughbred Aftercare Alliance (TAA) pourrait approcher d’ un budget annuel de 10 millions de dollars par an. Cette dernière s’ engage en retour à créer un groupe de travail et des sous-comités pour encadrer son plan stratégique.