C’est l’habit d’apparat par excellence. Elles sont historiques, symboliques et emblématiques. Des épopées les plus anciennes aux « joutes » des temps modernes, elles savent émerveiller et écrire l’histoire des courses. À « mi-parcours » entre le Qatar Prix du Jockey Club et le Prix de Diane Longines, plongeons dans l’histoire de ces mythiques casaques qui ont marqué ces deux monuments du turf français.
Par Pierre Champion
Des origines à nos jours, les couleurs du Prix du Jockey Club sont chatoyantes, scintillant de tous leurs feux dans la mémoire des courses et de l’ élevage. Les casaques ayant marqué l’ histoire de la compétition sont nombreuses, certes, du fait de ses 190 ans d’ existence, mais, comme dirait l’ humoriste, il y en a qui sont plus nombreuses que d’ autres! Telle celle de Marcel Boussac, par exemple, ou de l’ Aga Khan, sans oublier les aventures ou mésaventures vécues par quelques autres. À commencer par celle du père fondateur de la compétition, Lord Henry Seymour, au surnom si joliment trouvé de « Milord l’ Arsouille ».
L’exceptionnel record de Marcel Boussac
La casaque ayant brillé de tout son éclat dans le Prix du Jockey Club et y comptant le plus grand nombre de victoires n’est autre que celle de Marcel Boussac, le propriétaire-éleveur français le plus important du XXIe siècle. Les couleurs Boussac – casaque orange, toque grise choisies en référence à celles d’Edmond Blanc (casaque orange, toque bleue), figure historique des courses et de l’élevage, au carrefour des années 1900 – passeront ainsi victorieusement le poteau à douze reprises dans le Prix du Jockey Club, de 1922, où Ramus ouvre la marque, à 1978, où Acamas ferme le ban. Dans l’intervalle, il y aura les succès de Tourbillon, en 1931, de Thor, en 1933, de Cillas, en 1938, de Pharis, en 1939, d’Ardan, en 1944, de Coaraze, en 1945, de Sandjar, en 1947, de Scratch, en 1950, d’Auriban, en 1952, et de Philius, en 1956. En outre, à l’exception de Ramus, tous ces lauréats furent élevés par Marcel Boussac et sont souvent des fils de ses étalons, ces derniers déjà eux-mêmes vainqueurs du championnat des 3 ans. De la sorte, Cillas et Coaraze sont-ils des fils de Tourbillon, alors que Sandjar est par Goya, continuateur de Tourbillon. Quant à Ardan, Scratch, Auriban et Philius, ils sont, tous les quatre, par Pharis. Soulignons aussi qu’en 1950, Marcel Boussac remporta non seulement le « Jockey Club », avec Scratch, mais le Derby
d’Epsom, avec Galcador, et les Oaks, avec Asména, étant, cette année-là, et la suivante, tête de liste des propriétaires et des éleveurs des deux côtés de la Manche. En 1956, il fit, en outre, le doublé du Prix du Jockey Club et du Prix de Diane, avec Philius et Apollonia.
Scratch vs Tantième : le contesté verdict des commissaires
En 1950, la victoire de Scratch sur Tantième fit couler beaucoup d’encre, car les 2 poulains se livrèrent un duel extrêmement serré et franchirent ensemble le disque final. Seulement, il n’y avait pas, alors, de photo-finish et, si Scratch fut déclaré vainqueur par les officiels, le doute subsista dans l’entourage de son dauphin, ainsi qu’aux yeux de plusieurs observateurs. L’incident fut porteur, puisqu’on eut tôt fait, ensuite, d’instaurer la photo, afin d’éviter toute contestation. Scratch confirma son succès cantilien en s’adjugeant, quelques mois plus tard, le St. Leger de Doncaster, tandis que Tantième inscrira deux fois son nom au palmarès du Prix de l’Arc de Triomphe.
Auriban part à l’envers, mais gagne !
En 1952, le champion de Marcel Boussac se nomme Auriban. Il est pétri de talent, ayant gagné les Prix Robert Papin et Morny, à 2 ans, mais il est aussi d’un caractère ombrageux et manque ses départs plus souvent qu’à son tour. Dans le Prix du Jockey Club, en dépit des précautions prises, il fait de nouveau des siennes et cherche à partir en sens inverse, faisant une volte et perdant un terrain considérable, jusqu’à une vingtaine de longueurs (N.D.L.R. : les boîtes de départ n’étaient pas en vigueur à l’époque). Remis dans le droit chemin, par son jockey, le légendaire Rae Johnstone, il recolle progressivement au peloton, comblant tranquillement son handicap, et, poursuivant sa progression, il vient prendre l’avantage dans la ligne droite, pour s’imposer sans coup férir. Une remontée inoubliable !
Le rétablissement d’Acamas : comme un temps suspendu
C’est sur un autre incident, surmonté par le champion du moment, en l’occurrence Acamas, en 1978, que se clôt la saga Boussac dans le Prix du Jockey Club. Le crack jockey Yves Saint-Martin – recordman de victoires dans la course avec 9 succès – est l’artisan de ce spectaculaire rétablissement. Son cheval vient de gagner le Prix Lupin, ex-Groupe 1 tremplin vers le « Jockey Club », et s’élance dans la position de favori à Chantilly. Les choses se passent bien jusqu’à l’entrée de la ligne droite, où Yves Saint-Martin et Acamas sont mis hors course, à la suite d’une bousculade, qui les projette en pleine piste, loin de la corde, et leur fait bien concéder 50 mètres sur les chevaux de tête ; a priori, ils ont perdu toute chance… Mais le jockey garde son sang-froid, laissant à son poulain le temps de se rétablir et de se relancer, puis il le cadence et, sentant l’exploit possible, l’empoigne avec force. Encore dernier décollé à 300 mètres du poteau, Acamas, bien en ligne, se rapproche maintenant vivement, refaisant régulièrement le terrain perdu et, en un sprint incisif, va fondre sur Frère Basile, qui semblait pourtant parti pour la gloire, et lui prendre un nez sur le fil, sans que son partenaire se soit même servi de sa cravache… Temps suspendu que cet impérissable final !
De Boussac à l’Aga Khan, une affaire au long cours
La casaque verte, épaulettes rouges, toque verte, du prince Karim Aga Khan est la deuxième la plus titrée de l’époque contemporaine dans le Prix du Jockey Club, avec 8 succès, de 1960 à 2022. Cela va de la victoire de Charlottesville à celle de Vadeni, en passant par celles de Top Ville, en 1979, de Darshaan, en 1984, de Mouktar, en 1985, de Natroun, en 1987, de Dalakhani, en 2003, et de Darsi, en 2006. Si les 12 réussites de Marcel Boussac s’étendent sur cinquante-huit années, les 8 distinctions de S. A. l’Aga Khan, toutes obtenues avec des élèves maison, se déroulent sur soixante-deux ans. Une affaire au long cours, d’un côté comme de l’autre.
Les « Rothschild », à ne plus y croire !
Comme toutes les grandes courses, le Prix du Jockey Club a ses livrées heureuses, ses livrées fétiches. Et puis il y a celles qui y sont moins performantes, voire qui y jouent de malchance. Les couleurs Rothschild, casaque bleue, toque jaune – les casaques les plus anciennes ont ceci de commun qu’elles se déclinent simplement –, font partie de la seconde catégorie. Pourtant habituées des champions, depuis des temps immémoriaux, elles n’ont pas trouvé en le Prix du Jockey Club habit dans lequel se fondre durablement. Ainsi, en 1977, lorsque Crystal Palace et Concertino se présentent dans le championnat cantilien, avec une réelle chance de bien faire, cela fait quatre-vingt sept ans qu’un représentant du haras de Meautry n’a pas gagné le Derby français : c’était avec Heaume, en 1890… Dans l’intervalle, rien n’y a fait, le sort paraissant même s’acharner contre la casaque, comme en 1934, lorsque Brantôme, le crack de l’écurie, tousse, la veille de l’épreuve, et doit déclarer forfait, alors qu’il partait « couru ». Mais, cette fois, le dimanche 5 juin 1977, le « signe indien » est vaincu et Crystal Palace, préparé par François Mathet et monté par Gérard Dubroeucq, a raison, dans une arrivée serrée, du visiteur Artaius et de son compagnon de couleurs, Concertino. Pour un peu, les « Rothschild » faisaient « 1 » et « 2 » dans le « Jockey Club ». À ne plus y croire !
Peintre Célèbre fait le bonheur du marchand d’art !
La casaque bleue, toque bleu ciel, de Daniel Wildenstein et des siens n’a pas, non plus, spécialement brillé dans le Prix du Jockey Club, alors qu’en regard, par exemple, 5 Prix de Diane sont à son actif. Aussi, la joie de Daniel Wildenstein fut-elle à son comble, lorsqu’en 1997, Peintre Célèbre, le bien nommé, évidemment, pour le marchand d’art, atteignit le « graal » et lui offrit « SON » Prix du Jockey Club, sous la selle d’Olivier Peslier et l’entraînement d’André Fabre. Trois semaines plus tard, Peintre Célèbre apportera encore à son éleveur-propriétaire son unique Grand Prix de Paris (Gr.1). À ce jour, Peintre Célèbre demeure, d’ailleurs, le dernier à avoir réussi le doublé Prix du Jockey Club – Grand Prix de Paris.
Bella Paola et la casaque Dupré, aux portes de l’exploit
Casaque grise, toque rose : François Dupré n’a rien à envier aux précédents quant au classicisme et à la sobriété de ses couleurs. Celles-ci se sont distinguées dans 2 Prix du Jockey Club, celui de Reliance, en 1965, et celui de Rheffic, en 1971. Par deux fois, préalablement, elles auraient pu pareillement s’y illustrer, Tantième ne manquant la victoire que d’un souffle, en 1950, face à Scratch (N.D.L.R. : voir ci-avant), et la pouliche Bella Paola ne devant son échec, contre Tamanar, en 1958, qu’à une course très malheureuse. Cette Bella Paola mérite que l’on s’arrête sur son cas. Véritable championne, gagnante, à 2 ans, du Grand Critérium, puis, à 3 ans, des 1 000 Guinées, des Oaks, du Prix Vermeille et des Champion Stakes, elle tentait, dans le Prix du Jockey Club, un exploit n’ayant pas été réalisé depuis quatre-vingt-quatre ans et le succès de son homologue, Saltarelle, aux dépens des mâles, en 1874. Las, elle devait échouer au port et aucune autre pouliche, depuis – sans que beaucoup, il est vrai, aient tenté leur chance –, n’a pu parvenir à briser la glace, Natagora, troisième de l’édition 2008, restant celle ayant le mieux fait en la matière dans un passé récent. Ainsi, Saltarelle est toujours la référence, complétant une liste de 8 femelles lauréates depuis la création de la course.
Shamardal, pour Godolphin, le premier d’une nouvelle ère
En 2005, c’est une page de l’histoire du Prix du Jockey Club qui se tourne, la distance en étant très sensiblement raccourcie pour passer de 2 400 à 2 100 mètres. Édouard de Rothschild, nouveau président de France Galop, en est à l’origine. La décision est loin de faire l’unanimité, étant même très controversée, tant au sein de l’Institution que par voie de presse. La réforme aboutit à la suppression d’un Groupe 1, le Prix Lupin – au palmarès pourtant si éloquent –, et, à terme, à la désagrégation de la filière classique menant traditionnellement au Prix du Jockey Club, les Prix Noailles, Greffulhe et Hocquart perdant, tour à tour, leur statut de Groupe 2, pour devenir Groupe 3. Tous les chemins mènent, désormais, au Prix du Jockey Club, y compris de traverse. L’un des objectifs de la restructuration était, disait-on, à l’époque, de permettre une Triple Couronne « à la française », allant, en progression, des 1 600 mètres de la Poule d’Essai des Poulains, en mai, aux 2 400 mètres nouvellement attribués au Grand Prix de Paris, en juillet, en transitant par les 2 100 mètres du Prix du Jockey Club, en juin. Toujours est-il que le premier vainqueur du Prix du Jockey Club nouvelle formule fut Shamardal, sous la casaque bleue, toque bleue, de l’écurie Godolphin, dont c’est là, pour l’heure, le seul sacre dans notre Derby. Un Shamardal qui, à sa manière, finalisa une forme de Triple Couronne, puisqu’il avait dans son bagage la Poule d’Essai des Poulains et qu’il s’apprêtait à y ajouter, une dizaine de jours plus tard, sur la même distance de 1 600 mètres, les St James’s Palace Stakes, à York.
Par Pierre Champion
La création du Prix du Jockey Club remonte à 1836, sous l’impulsion de Lord Henry Seymour. L’idée est d’en faire l’équivalent du Derby d’Epsom, qui se court depuis 1780, en Angleterre, et sacre le meilleur sujet de 3 ans. Du reste, le nom de la course est tiré de celui du Jockey Club britannique, qui régit les courses, là-bas, depuis le milieu du XVIIIe siècle, et dont s’inspirent beaucoup les organisateurs hippiques français. Parallèlement, un cercle mondain, portant le même nom, voit le jour, à Paris, dont Lord Henry Seymour sera le premier président. Le Prix du Jockey Club est ainsi le fruit, initialement, d’une forme de parrainage, de patronage, orchestré par la Société d’encouragement pour l’amélioration des races de chevaux en France. Le lieu choisi pour son déroulement est l’hippodrome de Chantilly et la distance fixée à 2 500 mètres, tôt ramenée à 2 400 mètres, en écho au parcours proposé à Epsom. Les chevaux de Lord Henry Seymour, Frank, Lydia et Vendredi, en seront les trois premiers vainqueurs, pour le plus grand plaisir de leur enthousiaste et excentrique propriétaire, dandy flamboyant, qui ne fut pas surnommé pour rien « Milord l’Arsouille », même si, en l’espèce, la légende dépasse sans doute la réalité. Anglais résidant en France, Lord Seymour était en fait un passionné des sports, des défis, des challenges, d’une adresse remarquable à l’épée ou au pistolet, discipline dans laquelle on lui prêtait la capacité de couper en deux un cigare dans la bouche d’un cavalier au galop (N.D.L.R. : anecdote rapportée par Pierre Jotreau, dans le livre Les sabots de la gloire, Paris, Ramsay, 1981). Moins légèrement, Seymour joua un rôle prépondérant dans le développement des courses de galop en France, jusque, au-delà du Prix du Jockey Club, dans l’avènement de l’hippodrome de Longchamp. En résumé, « Milord l’Arsouille » n’est rien de moins qu’une figure tutélaire de notre sport.
Par Pierre Champion
Ce n’est pas un mince exploit qu’a réussi l’entraîneur irlandais, Aidan O’ Brien, en plaçant ses trois représentants dans la course aux trois premiers rangs, dimanche dernier, sur l’hippodrome de Chantilly. Un « Jockey Club » aux couleurs de Coolmore, donc, avec la victoire de Constitution River, aux dépens de Hawk Mountain et de Montréal. Un tir groupé, aussi, aux deux premières places, des produits du regretté Wootton Bassett, étalon miracle, révélé en France, par Nicolas de Chambure, en son haras d’Étreham, et acheté, ensuite, par les associés de Coolmore, qui ont transformé l’essai, tout en perdant prématurément, malheureusement, le fils d’Iffraaj, à l’automne 2025. Wootton Bassett leur avait déjà donné Camille Pissarro, vainqueur du même Qatar Prix du Jockey Club, en 2025. L’épreuve leur avait également souri en 2021, avec St Mark’s Basilica, lequel offrait son premier Prix du Jockey Club à Aidan O’ Brien. Une vingtaine d’années plus tôt, Michael Tabor, l’un des animateurs du consortium Coolmore, avait fait sien le « Jockey Club », grâce à Montjeu, préparé par John Hammond et monté par Cash Asmussen, sous la même casaque bleue, mâtinée d’orange, que Constitution River. Et le « grand ancêtre », Robert Sangster, qui, avec John Magnier et le légendaire entraîneur Vincent O’Brien – sans lien de parenté avec Aidan –, lancèrent Coolmore et Ballydoyle, dans les années 1970, n’avait pas été en reste dès 1982 et le succès d’Assert, bientôt conforté par celui de Caerleon, en 1983. Une longue histoire, somme toute, avec le Derby français.
Par Pierre Champion
L’histoire du Prix de Diane est à peine moins ancienne et tout aussi colorée
que celle du Prix du Jockey Club. Les deux courses auront, bientôt,
deux siècles d’existence et, forcément, le récit y trouve son compte. Il y a les grandes casaques du Prix de Diane, comme celles du Prix du Jockey Club. Ce sont, en partie, les mêmes, mais au service d’une histoire qui se décline différemment. Chaque aventure sportive a sa particularité, sa singularité. C’est là tout son intérêt et tout son attrait.
Sept succès en moins de vingt ans pour l’Aga Khan
Les couleurs les plus titrées dans le Prix de Diane sont celles du prince Karim Aga Khan, sept fois lauréat de l’épreuve entre 1993 et 2012. L’exploit n’est pas mince d’avoir signé ces 7 succès en moins de vingt ans. Ils vont de celui de Shémaka, en 1993, à celui de Valyra, en 2012, en passant par ceux de Véréva, en 1997, Zainta, en 1998, Daryaba, en 1999, Zarkava, en 2008, et Sarafina, en 2010. Dans la colonne des entraîneurs, c’est Alain de Royer-Dupré qui fut l’artisan de ces différentes victoires, à l’exception de celle de Valyra, que prépara Jean-Claude Rouget. Soulignons que Daryaba, qui s’imposa sous la selle de Gérald Mossé, comme Shémaka, Véréva et Zainta, se trouve être, en une prégnante actualité, la grand-mère d’un certain Daryz.
L’écurie Wildenstein, l’une des plus présentes, également, au palmarès
La casaque verte, épaulettes rouges, toque verte, a donc gagné 3 Prix de Diane consécutifs entre 1997 et 1999, grâce, tour à tour, à Véréva, Zainta et Daryaba. Dans les années 1970, Daniel Wildenstein a fait presque aussi bien, via ses championnes, Allez France, Pawneese et Madélia, remportant la course trois fois en quatre ans, soit en 1973, 1976 et 1977. L’écurie Wildenstein est, pareillement, l’une des plus présentes au palmarès du Prix de Diane, ayant à son actif deux succès supplémentaires, obtenus par l’entremise d’Aquarelliste, en 2001, et de Bright Sky, en 2002.
L’exploit de Pawneese
En 1976, Pawneese réussit une véritable gageure en s’adjugeant le Prix de Diane, neuf jours après avoir gagné son équivalent britannique, à savoir les Oaks d’Epsom. Elle le fait de bout en bout, dans un style aérien, aux dépens de la lauréate de la Poule d’Essai des Pouliches et du Prix Saint-Alary, Riverqueen. Le mois suivant, Pawneese poursuit sur sa lancée en allant battre ses aînés dans les King George VI & Queen Elizabeth Stakes, à Ascot, tandis que Riverqueen fait la même chose dans le Grand Prix de Saint-Cloud. Quel tandem formé par ces deux-là !
Madélia, l’invaincue signée Penna
En 1977, Madélia parvient à contrer Trillion, d’une tête, à l’arrivée d’un Prix de Diane qui la voit demeurer invaincue en quatre sorties depuis la mi-avril. En moins de deux mois, aux soins de l’entraîneur argentin installé en France, Angel Penna, et sous la selle du crack jockey Yves Saint-Martin, alors première monte pour Daniel Wildenstein, 4 victoires, donc, et, parmi celles-ci, 3 titres de Groupe 1, de la Poule d’Essai des Pouliches au Prix de Diane, en passant par le Prix Saint-Alary. Madélia ne sera pas revue en compétition. Il s’agit d’un produit de Caro, à l’image de Crystal Palace, qui vient de briser la malchance ancestrale de l’écurie Rothschild dans le Prix du Jockey Club, huit jours plus tôt.
Alec Weisweiller et la « Reine » : une même élégance, dans la défaite comme dans la victoire
Les années 1970 sont vraiment riches d’émotion dans le Prix de Diane. En 1971, Pistol Packer, sous les couleurs de Mme Alec Head, bat, du plus court des nez, sa principale rivale, Cambrizzia. Beaucoup d’observateurs pensent, cependant, que celle-ci s’est imposée et, avant que la photo ne soit développée, commencent à congratuler son propriétaire, Alec Weisweiller, dont la joie ne sera que de courte durée, mais qui, fort sportivement, s’en ira ensuite, à son tour, féliciter chaleureusement l’entourage de l’adversaire lauréat.
En 1974, victoire des couleurs royales d’Angleterre, casaque bleue à brandebourgs, manches cerise, toque noire, avec Highclere, qui porte œillères, sous la selle de Joe Mercer. La reine Élisabeth II est présente à Chantilly et peut savourer sa joie. Elle laissera le montant du prix à des œuvres sociales des courses françaises.
Rescousse : Yves Saint-Martin, à l’opposé des ordres
Avec Spreoty et Charles Pratt, au XIXe siècle, et Gérald Mossé, à l’ère moderne, Yves Saint-Martin est le jockey co-recordman de victoires dans le Prix de Diane, l’ayant gagné cinq fois. Il enregistra l’un de ces 5 succès avec Rescousse, en 1972, sous les couleurs du baron de Rédé. Il le fit de bout en bout, ou quasiment. Or, il avait les ordres d’attendre, donnés par Geoff Watson, le chevronné entraîneur de l’écurie Rothschild, très en verve, soit dit au passage, dans le Prix de Diane, où elle peut, par exemple, se targuer de 3 succès en cinq ans, avec Cerisoles, en 1957, Timandra, en 1960, et Hermières, en 1961. Toujours est-il, pour revenir à Rescousse, que, la sentant allante et ne demandant qu’à ce qu’on lui rende la main, celui que l’on surnomma le « prince des jockeys » décida, dans l’instant, de la laisser aller et tous deux coururent, comme cela, au poteau, résistant à la bonne, mais trop tardive fin de course de la favorite, Prodice, montée par le grand rival anglais de Saint-Martin, Lester Piggott. Le sens de la course et l’exceptionnelle intuition du jockey aux 15 Cravaches d’or sont, tout entiers, dans cet exemple.
1975 : l’année sans Prix de Diane
Au printemps 1975, Ivanjica (Poule d’Essai des Pouliches) et Nobiliary (Prix Saint-Alary) dominent la promotion des femelles de 3 ans. Aucune d’entre elles, pourtant, n’inscrira son nom au palmarès du Prix de Diane. Et pour cause : il n’y aura pas de Prix de Diane cette année-là. Pourquoi donc ? Une grève des lads empêchera la réunion de se dérouler et les courses ne seront jamais recourues. Le Prix de Diane annulé. On n’avait pas vu cela depuis les guerres : pas de course en 1940, ni de 1915 à 1918, ni en 1871, du fait de l’occupation prussienne.
Dunette et le bras de Doleuze
En 1979, huit ans après la très courte victoire de Pistol Packer face à Cambrizzia (N.D.L.R. : voir ci-avant), les couleurs de la famille Head ne vont pas connaître la même réussite dans le duel qui les oppose à celles américaines de Mme Love. Lauréate de la Poule d’Essai des Pouliches et du Prix Saint-Alary, leur représentante, Three Troikas, part pourtant « courue », écrasée d’argent, à 1/10… Elle prend l’avantage au moment décisif et fait illusion, mais c’est sans compter sur le finish de Dunette, à son extérieur. Au passage du disque, les deux pouliches sont ensemble. Laquelle a gagné ? Pour le savoir, il faut attendre le développement de la photographie. Georges Doleuze, sur Dunette, croit, cependant, s’être imposé, puisqu’il a levé le bras, en signe d’allégresse, en franchissant le poteau. Freddy Head, sur Three Troikas, n’a rien manifesté. Lui et sa famille vont-ils revivre le même heureux dénouement qu’avec Pistol Packer ? Non, nous l’avons dit, car le nez de leur rivale sera, cette fois, le plus long. Le geste de Georges Doleuze avait été osé, mais l’enthousiaste jockey ne s’était pas trompé. Un an plus tard, dans le Grand Prix de Saint-Cloud, Dunette et Georges Doleuze, à nouveau associés, referont presque le même coup, venant partager la victoire avec Yves Saint-Martin et Shakapour. Georges Doleuze, là aussi, lèvera le bras, mais devra se contenter d’un deadheat.
Niárchos + Boutin
L’armateur grec Stávros Niárchos et ceux qui ont continué son œuvre hippique, sous le label famille Niárchos, ont connu une belle réussite dans le
Prix de Diane, qui va de la victoire de Northern Trick, en 1984, à celle de Senga, en 2017, en transitant par celles d’East of the Moon, en 1994, et de Divine Proportions, en 2005. En 1994, East of the Moon offre l’un de ses derniers succès de prestige à l’entraîneur François Boutin, qui va disparaître l’année suivante et auquel la casaque Niárchos doit son ascension dans les années 1980. La mère d’East of the Moon n’est autre que la championne aux 10 Groupe 1, Miesque, reine du mile et qui, sept ans plus tôt, a dû s’incliner face à Indian Skimmer, dans le Prix de Diane, trouvant la distance juste un peu trop longue.
Boussac, moins en verve que dans le « Derby »
Les couleurs de Marcel Boussac n’ont pas été aussi heureuses dans le Prix de Diane qu’elles l’ont été dans le Prix du Jockey Club, où elles comptent, rappelons-le, 12 victoires. Il n’empêche que le grand éleveur-propriétaire est l’un des plus titrés dans le championnat des pouliches françaises, 5 succès à la clef, courant du milieu des années 1930 à la fin des années 1960. Les ponctuent, à tour de rôle, Adargatis, en 1934, Caravelle, en 1943, Corteira, en 1948, Apollonia, en 1956, et Crepellana, en 1969.
Par Pierre Champion
Le Prix de Diane a vu le jour sept ans après le Prix du Jockey Club, soit en 1843. Il est le pendant féminin de celui-ci, sur le même hippodrome de Chantilly, mais sur une distance plus courte de 300 mètres. Il est ainsi disputé sur 2 100 mètres, au lieu de 2 400 mètres (N.D.L.R. : on sait que, depuis 2005, le derby français se court également sur 2 100 mètres). Il est aussi la version française des Oaks anglaises, lesquelles furent créées en 1779, étant ainsi antérieures d’un an au Derby. La première gagnante du Prix de Diane de l’histoire se nomme Nativa. Elle appartient au prince Marc de Beauvau, dont les couleurs triompheront encore l’année suivante, avec Lanterne, et en 1846, avec Dorade. Ce faisant, Beauvau réussit presque l’exploit de Lord Henry Seymour, dont les chevaux remportèrent les trois premiers Prix du Jockey Club. En outre, Nativa, Lanterne, cette dernière figurant également au palmarès du « Jockey Club », et Dorade sont entraînées par le même Henry Jennings, qui détient le record du nombre de victoires dans le Prix de Diane, avec 9 distinctions, et n’est autre que le grand-père maternel d’Alec Head. Nous venons d’évoquer Lanterne et son doublé du Prix du Jockey Club et du Prix de Diane. En prolongement, il nous faut mentionner les deux seules autres pouliches ayant réalisé la passe de deux, soit Jouvence, en 1853, et La Toucques, dix ans plus tard. La première appartenait à Auguste Lupin, l’un des propriétaires historiques de la course, six fois inscrite à son palmarès, ce qui en fait, en la matière, le dauphin de S. A. l’Aga Khan.