Casaques de Rêve N°19 Juin 2026 | Rencontre

ANNE-HÉLÈNE LEENDERS
LE KIFF AVANT TOUT

Par Emmanuel Rivron

Cela fait désormais huit ans que le sourire de Gabriel Leenders illumine le Top 10 des entraîneurs d’obstacle. Installé à Jarzé, ce talentueux trentenaire peut s’appuyer sur une belle équipe, tout comme il peut compter sur son épouse Anne-Hélène, la mieux placée pour nous parler du chef d’orchestre de la célèbre « brigade du kiff ».

GALORAMA. Comment Gabriel a-t-il vécu le récent week-end du Grand Steeple-Chase de Paris ? 

Anne-Hélène Leenders. Il était très stressé intérieurement, mais très détendu extérieurement. C’est tout Gabriel : il intériorise beaucoup et ne fait rien paraître. Il a toujours le sourire, mais celui-ci cache quelques nuits blanches. Généralement, il commence à dormir, puis se réveille au milieu de la nuit pour réfléchir, avant de se lever vers 5 h – 5 h 30. Il se remet en question en permanence. Ces derniers temps, il s’était montré très serein quand il était en méforme. Par contre, dès qu’il revient dans le game, il ne dort plus, car il veut poursuivre sur sa lancée pour ne pas redescendre. Il se met la pression pour rester au niveau.

G. Ses nuits blanches ont apparemment
du bon puisque Gold Tweet a pris la troisième place du Grand Steeple. Un cheval à part ?

A.-H. L. Gold Tweet restera un cheval qui aura marqué sa vie professionnelle, et même la mienne. Il nous fait passer par toutes les émotions depuis son achat. Grégory Vayre l’avait repéré à 2 ans aux ventes Osarus de La Teste. Il a appelé Gabriel en lui disant qu’il avait bien aimé ce poulain pas très grand, mais avec une bonne petite tête. Gabriel l’a suivi dans ce coup de cœur, d’où l’achat à 14 000 €. Ruben Séror, un des témoins de mariage de Gabriel, est venu monter pendant les vacances et a vraiment bien aimé le poulain, d’où la naissance de l’association sur le cheval. Après un concours sur Twitter pour le baptiser, ce cheval vraiment très attachant réalise une grande carrière. Il nous a notamment fait vivre de belles aventures en Angleterre. Il voyage très bien et est étonnamment revenu avec 1 kg de trop de la Gold Cup (Gr.1), course pourtant très éprouvante. 

G. Cerise sur le gâteau, Gold Tweet s’entend à merveille avec Clément Lefebvre, qui noue une relation particulière avec Gabriel, n’est-ce pas ?

A.-H. L. Gabriel et Clément sont très proches : c’est presque un couple ! Clément était apprenti chez M. Alain de Royer-Dupré quand Gabriel était pupil assistant là-bas. Gabriel lui a rapidement tendu une perche pour travailler ensemble à l’écurie. Clément a d’ailleurs fait le premier gagnant PMU de Gabriel, avec Verdel de Kerza à Fontainebleau. Quelques jours après la troisième place dans le Grand Steeple de Gold Tweet, on a fêté ça chez Clément.

G. Partager les victoires avec ses proches semble être une constante pour Gabriel…

A.-H. L. Le partage est primordial pour lui. Gabriel adore recevoir les personnes passionnées de courses. Il est toujours heureux d’ouvrir ses portes pour faire découvrir son métier et l’environnement dans lequel il fait évoluer ses chevaux et son personnel. Avec beaucoup de clients, ça part d’une simple relation propriétaire-entraîneur, qui devient bien souvent une relation d’amitié. Gabriel est très fidèle en amitié. Il partage sa passion avec eux et va jusqu’au bout. Il peut les appeler, juste pour leur donner de bonnes nouvelles des chevaux. Les propriétaires ne sont pas vraiment habitués à cela

G. Quelle relation noue-t-il avec son personnel ?

A.-H. L. Gabriel est exigeant mais très proche d’eux. Le noyau dur du début est toujours là. Nous organisons souvent des barbecues, le midi, avec le personnel pour célébrer les bons moments, comme ça a été le cas le lendemain du Grand Steeple. Quand un cheval gagne, la première personne à être appelée par Gabriel sera toujours le cavalier qui a travaillé le cheval, afin de le remercier et de le féliciter. À chaque fois que Gabriel est aux courses et qu’il a un partant, il tient toujours à boire un verre avec le ou les garçons de voyage. Grâce à cela, les propriétaires peuvent partager des moments avec des membres de l’écurie et connaissent ainsi très bien l’équipe. Gabriel adore créer des moments entre des personnes qui ne se seraient jamais rencontrées sans cette passion commune du cheval. C’est à son image, car Gabriel est très humain. Il a aussi son caractère, mais il le faut dans un tel métier, aussi dur. Parfois, je le vois souffrir de son métier. Il a par exemple mis du temps à redescendre aux balances après le Prix Ingré (Gr.2). Il était en larmes, relâchant la pression accumulée ces derniers mois. Il va au bout de ses idées en règle générale. 

G. Comme cette idée de devoir remonter en courses après douze jours de coma suite à une violente chute en compétition…

A.-H. L. Nous n’étions pas très proches à cette période, quand Gabriel s’est pris un poteau électrique en pleine course, mais je sais que quand il est entré en centre de rééducation, il n’y a pas un jour où il n’a pas regardé sa chute pour se souvenir pourquoi il était là. Il avait besoin de cela pour aller de l’avant, dans cet objectif de remonter.

G. Gabriel m’avait confié en début de carrière qu’il ne pensait qu’à gagner.
A-t-il toujours ce tempérament ?

A.-H. L. Ça s’est un peu estompé. Avant, son objectif ultime était d’être numéro un. Maintenant, il privilégie sa qualité de vie et de pouvoir passer du temps avec son fils Henri. Il est fan de son fils ! 

G. Gabriel a commencé son activité avec 5 chevaux en 2014 et en entraîne désormais près de 90. Comment avez-vous géré cette évolution ?

A.-H. L. Quand nous avons créé l’écurie, nous avions un deal : lui s’occupait des chevaux et moi de la gestion administrative. Ce n’était pas compliqué pour moi avec 5 chevaux au départ. Je pouvais faire ça en plus de mon travail, mais ça a rapidement monté en puissance. On a réussi à s’organiser. Gabriel a une assistante et une secrétaire, mais je continue malgré tout de m’occuper de la gestion d’entreprise, en plus de mon emploi, que j’ai réduit pour pouvoir l’accompagner au mieux. 

G. Vous qui n’êtes pas issue du milieu des courses, comment vous êtes-vous adaptée à ce rythme de vie très particulier ?

A.-H. L. Je n’ai jamais eu peur de cela. En tant que fille d’agriculteur, je savais ce que c’était de travailler tous les jours et toute l’année. J’ai toujours monté à cheval, mais je ne connaissais rien aux courses. Si on n’aime pas le cheval, c’est compliqué de partager sa vie avec un entraîneur qui leur voue la sienne. Les chevaux passent avant les week-ends et les vacances. Il faut être en capacité de suivre Gabriel sur les hippodromes et ça n’a jamais été un frein pour moi. Notre rythme de vie me convient parfaitement. J’y trouve mon équilibre et beaucoup d’intérêt.

G. Comment l’accompagnez-vous au quotidien ? 

A.-H. L. À la maison, nous ne parlons jamais de chevaux. Quand il y a de grosses échéances, comme le week-end du Grand Steeple, je le laisse dans sa bulle, ce dont il a besoin.