L’ eau des stations d’ épuration est-elle l’ avenir?
PÉDAGO
L’ eau des stations d’ épuration est-elle l’ avenir?
Et si au lieu de puiser dans les nappes phréatiques ou les cours d’ eau, les hippodromes récupéraient l’ eau des stations d’ épuration pour arroser leurs pistes? Une eau qui a été traitée, même si elle reste impropre à la consommation. Elle est considérée comme assez pure pour être rejetée dans les fleuves ou la mer mais il n’ est pour l’ instant pas permis de la pomper ou la capter en vue d’ un arrosage. L’ État et les collectivités locales ont des réticences liées à d’ éventuels risques sanitaires et au côté inédit de la démarche.
L’ hippodrome de Cabourg est pour l’ instant le seul, à notre connaissance, qui récupère l’ eau de la station d’ épuration voisine, gérée par Veolia. Une autorisation, valable cinq, ans a été délivrée par le préfet du Calvados en juillet 2023. L’ hippodrome n’ est pas raccordé à la station d’ épuration toute proche mais vient y pomper avec ses camions d’ une capacité de 20 m ³. L’ eau a reçu divers traitements en amont, dont un aux ultra-violets pour tuer les bactéries. « Nous avons besoin de 4 000 m ³ d’ eau pour les Estivales et aujourd’ hui, on ne prélève plus un seul litre dans les nappes, indique Rose-Marie Somson, responsable de l’ hippodrome. Des tests sanitaires sont effectués très régulièrement et toute l’ eau que l’ on pompe est comptabilisée. Nous ne pouvons l’ épandre qu’ en l’ absence de public. Durant les courses nous utilisons donc nos cuves de récupération d’ eau pluviale. »
D’ autres hippodromes rêvent de récupérer l’ eau des stations d’ épuration voisines. Le Liond’ Angers a été l’ un des premiers à se lancer dans les études, à la fin des années 2010. Alain Peltier était alors président de la société des courses. « Le projet consistait à ne plus utiliser l’ eau de l’ Oudon. Le département du Maine et Loire nous avait accordé une subvention et toute la tuyauterie a été mise en place entre l’ hippodrome et la station d’ épuration en traversant la rivière. Nous avons travaillé des années sur ce projet et dépensé 140 000 € environ, financé des études... Finalement, nous avons renoncé car les autorités nous demandaient une année complète d’ analyses de l’ eau avant de nous délivrer éventuellement un feu vert définitif. Cela m’ a semblé déraisonnable d’ investir sans savoir si nous pourrions concrétiser le projet. »
Deux grands hippodromes ont repris le flambeau des études et dossiers administratifs touffus. Le projet de Cagnes-sur-Mer semble très avancé. Il faut dire que l’ hippodrome se situe entre la station d’ épuration et la mer où elle déverse ses eaux traitées, et que les canalisations traversent même le site! « L’ idée est de retraiter encore cette eau qui aurait été rejetée dans la nature, donc de la purifier au maximum et d’ arroser nos pistes avec, dit Thomas Roucayrol, le directeur administratif. Un cahier des charges très strict a été établi: ne pas arroser en journée, ni s’ il y a du vent, ni en présence de public... Quand le projet obtiendra les dernières autorisations nécessaires il faudra en passer par une phase de test de six mois durant lesquels nous prélèverons l’ eau, la traiterons et l’ analyserons, mais sans l’ utiliser. Tout cela a un coût, mais il faut en passer par là pour nous assurer un avenir. » Si l’ hippodrome de la Côte d’ Azur parvient à concrétiser son projet, l’ eau ne sera pas « bon marché », car les procédures de traitement et d’ analyse resteront lourdes. Elle reviendra presque au même prix que l’ eau du robinet, mais pour un impact environnemental positif.
Un projet du même type est en cours à Chantilly, où France Galop, mais aussi des golfs et autres terrains sportifs ou services techniques des villes, aimeraient utiliser l’ eau d’ une grosse station d’ épuration aujourd’ hui déversée dans la Nonette. Clara Morvan, directrice technique et ingénieure du SAGE( Schéma d’ Aménagement et de Gestion des Eaux), soutient ce projet innovant. « Cette eau est déjà de très bonne qualité, il est regrettable de la rejeter alors qu’ elle pourrait irriguer les sites de France Galop ou les golfs, puis être réinfiltrée dans les nappes phréatiques de notre territoire. Au lieu de prélever l’ eau de ces napes, on les rechargerait! Mais la règlementation est encore très lourde sur ce genre de projet. »
Le coût des traitements supplémentaires, notamment aux ultra-violets, que l’ eau devrait subir, ne pourrait pas être assumé seulement par France Galop, d’ où l’ intérêt d’ un partenariat avec des collectivités ou des entreprises. Toutes les parties concernées aimeraient que le projet avance vite, car les autorisations de prélèvement accordées pour des périodes de dix ans à France Galop et aux autres irrigants seront revues dans un avenir proche...
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