Dynastie N°12 Septembre 2025 | Entraîneur

ENTRAÎNEUR - KARL BURKE L’HOMME DU MOIS À DEAUVILLE

Par Katherine Ford

Il est installé à 840 kilomètres de la Place Morny, et pourtant, il est l’homme fort du meeting de Deauville. De son écurie dans le pittoresque centre d’entraînement de Middleham dans le nord de l’Angleterre, Karl Burke a envoyé deux superbes pouliches, Fallen Angel et Venetian Sun, à la tout aussi jolie ville normande pour cueillir chacune un Groupe 1 lors du premier et dernier dimanche du mois d’août.

« Ça fait très longtemps que je fais courir en France, j’avais notamment terminé deuxième d’une Listed à Evry avec Daring Destiny en 1995 », se rappelle le sexagénaire qui a brillé dans l’Hexagone depuis avec Laurens , Unfortunately , Odeliz , Lord Shanakill . « Quand on a commencé à courir en France, j’ai calculé que si un cheval d’âge avait une valeur autour de 32, il terminerait presque toujours dans l’argent dans un réclamer. Cela a bien fonctionné et on nous a réclamé plusieurs chevaux. »

La précocité anglaise

« Je trouve que le programme français n’est pas conçu pour faire progresser les 2 ans, et la façon d’entraîner les jeunes en France est plus détendue qu’ici, alors les chevaux britanniques sont plus compétitifs. Je ne suis pas le seul à tenter d’en tirer profit ! Les déplacements coûtent cher, alors il faut viser juste . » Au 31 août, l’écurie de Karl Burke a présenté 21 partants en France en 2025, pour trois victoires, 15 places et un total de 558 130 € d’allocations. Les déplacements sont visés et préparés, avec une organisation désormais bien rodée. « Notre routine est simple. Par exemple, pour un partant le dimanche, le cheval fait un canter ici à Middleham jeudi matin, et prend la route en fin de matinée. Il passe la nuit dans le sud de l’Angleterre et arrive à Deauville ou à Paris en milieu de journée le lendemain. Il fait un exercice léger ou une journée tranquille le samedi matin. » Karl Burke figure également dans le Top 10 des entraîneurs britanniques en 2025. Né en Angleterre de parents irlandais, il n’était pourtant pas destiné pour les hautes sphères du milieu du pur-sang ; « mon père tenait un pub irlandais dans la ville du Rugby et c’est de là qu’est né mon intérêt pour les courses. Chaque samedi, on diffusait le football et les courses ». Après cinq montes dont un succès en plat, Karl Burke a été un modeste jockey d’obstacle pendant une dizaine d’années. « Je n’ai jamais voulu entraîner, mais j’ai commencé à prendre des chevaux en pension, ou au débourrage. Le père de mon épouse Elaine était entraîneur (N.D.L.R : Alan Jarvis), ce qui m’a permis de voir les difficultés du métier. On s’est lancés quand même, et au début, les temps étaient vraiment durs. On survivait. » 

Après plusieurs années de travail acharné et de déménagements, la famille Burke a eu l’opportunité d’établir des racines en 2000. « On n’avait pas les moyens d’acheter à Newmarket, donc on a saisi l’opportunité d’acquérir Spigot Lodge . » Cette écurie, dans le Yorkshire, avait sorti un lauréat du Derby d’Epsom en 1849, The Flying Dutchman . « Quand on s’est installé, il y avait 58 boxes. Aujourd’hui, on en a 139 et tout ce qu’il faut. Les pistes de Middleham sont excellentes. »

J’AI EU LE BONHEUR DE REMPORTER DES CLASSIQUES EN FRANCE, EN IRLANDE ET EN ALLEMAGNE, CE SERAIT FORMIDABLE DE COMPLÉTER LA SÉRIE AVEC UN CLASSIQUE ANGLAIS

Karl Burke

 

 

Un coup dur
Mais les difficultés étaient loin d’être terminées et Karl Burke en parle avec franchise : « Juste un mois après ma première victoire de Groupe 1 avec Lord Shanakill dans le Prix Jean Prat en 2010, le BHA m’a retiré ma licence. Les faits remontaient au début des années 2000. Un propriétaire nous avait confié des chevaux et nous avions aussi investi ensemble dans une propriété ici. Quand le BHA a sorti les nouvelles règles concernant l’utilisation de Betfair, il s’est retrouvé interdit de courses. Étant donné qu’il était interdit, je n’aurais pas dû être en contact avec lui, même si nos communications concernaient l’immobilier. C’était un coup très dur ». Karl Burke a attendu trois ans avant de récupérer sa licence et il a failli arriver en France. « J’ai passé mon stage et mon examen d’entraîneur en France car on réfléchissait à tout vendre. Heureusement, on n’a pas réussi à vendre l’écurie et depuis les choses se sont bien arrangées ! »

Les anciens propriétaires lui ont refait confiance et les résultats n’ont pas tardé à revenir. « Libertarian a gagné les Dante Stakes et terminé deuxième du Derby. C’était un énorme boost. Chaque année, on a réussi à dénicher un bon 2 ans pour gagner de belles épreuves. À chaque vente de l’un d’entre eux, on investit dans nos installations .» Aujourd’hui, Spigot Lodge peut se vanter d’être l’une des écuries les mieux équipées d’Angleterre, avec manège couvert, tapis roulant aquatique et solarium. Des équipements dernier cri et une équipe bien soudée. « Ces dernières années, mes filles se sont impliquées de plus en plus. Kelly est très investie coté business, et Lucy est plus intéressée par les chevaux eux-mêmes. Elles me soulagent énormément et ont notamment apporté des idées pour l’organisation du travail à l’écurie, ce qui nous permet d’avoir du bon personnel.» Une équipe qui gagne, et qui n’a pas fini de faire parler d’elle, avec des ambitions en Angleterre comme en France. « J’ai eu le bonheur de remporter des Classiques en France, en Irlande et en Allemagne, ce serait formidable de compléter la série avec un Classique anglais. Si Venetian Sun nous montre qu’elle tient bien 1 400 mètres en Irlande, cela nous permettra de rêver avec elle pendant l’hiver. Et j’en ai d’autres qui sont tout aussi prometteurs à la maison… »