Par Paul Casabianca

Galorama. Vous avez débuté le meeting de Deauville timidement, mais les deux victoires de Groupe 1 avec Diego Velasquez et Quisisana, ont changé la donne.
Christophe Soumillon. On a parfois été malchanceux avec des premières chances. Quand j’ai appris que je pouvais être associé à Diego Velasquez dans le « Jacques le Marois », ce fut une très bonne nouvelle. J’étais ravi de monter pour Aidan O’Brien. Ça s’est passé comme dans un rêve, le cheval a réussi à s’imposer dans la plus belle course du meeting, c’était déjà une grande chose de faite. Mon meeting moyen jusqu’ici s’est alors transformé en excellent surtout avec la victoire de Quisisana , dans le Sumbe Prix Jean Romanet (Gr.1) une semaine plus tard pour le compte de Francis-Henri Graffard, qui réalise une saison remarquable. C’est une chance d’avoir la confiance de tels entraîneurs.
G . À 44 ans, vous détenez l’un des plus beaux palmarès au monde. Vous avez remporté à dix reprises la Cravache d’or. Où trouvez-vous encore cette source de motivation ?
C . S . À mon âge, je ne peux plus monter 1 700 courses par an mais monter et gagner des belles épreuves m’a toujours animé. Je pense que le fait de travailler avec mon agent Hervé Naggar y est pour beaucoup. C’est l’un des rares à ne pas vouloir me faire monter sept courses par jour. Il a compris beaucoup de choses de ce côté-là. Ma motivation, c’est aussi de montrer l’exemple à des enfants de l’académie de poneys, qui m’accompagnent régulièrement à cheval. Cela m’impose d’être le plus professionnel et le meilleur possible. C’est très important à mes yeux.
G . Parlez-nous justement de votre association, la Soumillon International Pony Academy (SIPA) créée en 2022…
C . S . Nous sommes une équipe d’une dizaine de bénévoles et amis : mon épouse Sophie, Dominique Bœuf, Céline Lerner, Pascale Remond-Lamie, Lucie Groualle, Sylvie Carrara, Scarlett Graffard, Marie Artu, Jessica Marcialis, Morgan Delalande, etc. Ils viennent nous apporter leur aide, comme d’autres jockeys aussi, selon nos lieux de stages : Lamorlaye au printemps et en hiver, la Normandie l’été. Nous avons systématiquement avec nous un enseignant BEES équitation. L’objectif, c’est de faire découvrir à un maximum d’enfants la filière des courses hippiques, à travers des stages durant les vacances scolaires, en passant par les courses de poneys. On essaye, aussi grâce à nos sponsors, de faire découvrir le monde du cheval à des enfants qui n’en ont pas les moyens. Ce que l’on veut, c’est qu’à travers nos stages, ils se fassent des copains et vivent des expériences uniques, en apprenant à gérer leurs émotions, leur stress. On est ravis de leur faire vivre des moments privilégiés, comme monter à Chantilly, la plage de Deauville ou encore visiter le Haras de Bonneval des Aga Khan Studs et rendre visite à Zarkava .
G . Avez-vous encore des rêves et des défis à relever ?
C . S . Oui, bien sûr. J’ai beaucoup de défis encore à accomplir. Si j’ai la chance d’être associé à un bon cheval dans « l’Abbaye de Longchamp », ça serait top. C’est le seul Groupe 1 qui manque à mon palmarès en France. Remporter le Derby d’Epsom est aussi un rêve comme remporter un 3 « Arc de Triomphe ». Je n’ai jamais monté en Australie donc j’aimerais bien y aller avec de bons chevaux. Remporter des grandes courses aux États-Unis fait également partie de mes défis. Ce n’est jamais fini.
G . Vous faites partie des pilotes les plus chevronnés du peloton. Après la carrière de jockey, pourriezvous faire comme votre ex-confrère Gérald Mossé, qui a endossé depuis peu le costume d’entraîneur ?
C . S . J’ai appris dans ce métier qu’il ne fallait jamais trop parler ni trop se prononcer parce qu’on peut soit changer d’avis, soit prendre des trajectoires différentes. Si on m’avait dit il y a 3 ou 4 ans, que je ne monterais que quatre jours par semaine et que j’aurais le temps le matin de monter des poneys avec des enfants, je n’y aurais donc pas cru. Être entraîneur, cela demande des facultés humaines très importantes parce qu’il faut avant tout savoir gérer son personnel, en plus des chevaux, et gérer aussi les humeurs des propriétaires, ce qui n’est jamais évident. Il y a 2 ou 3 ans, je vous aurai répondu non, mais là je ne sais pas. J’ai déjà beaucoup à faire avec la SIPA, mais on verra bien.
G . En 2026, on vous verra donc encore dans les pelotons…
C . S . Dans les pelotons, j’y serai encore pas mal d’années. Depuis plusieurs mois maintenant, j’ai retrouvé l’envie et la passion. J’ai vécu une période où je faisais les choses à contre cœur et ça se ressentait. Physiquement, je me sens très très bien. À cheval, je pense que je n’ai jamais été aussi fort. Hervé (Naggar) a trouvé les montes et les mots pour m’équilibrer tout le temps. J’ai envie d’arrêter au sommet de mon art, ça c’est certain, mais pourquoi se dire qu’on va arrêter quand tout va bien.