Musique
Une petite sélection d’ une discothèque de folie disponible à chaque numéro, de titres s’ imposant par le feu de l’ actualité, ou un petit peu tirés par les... chevaux.
Par Serge Okey
PAR SERGE OKEY
FEU! CHATTERTON
« LABYRINTHE »
En musique aussi, le stud-book est primordial. En la matière, les « enfants » de feu Thomas Chatterton descendent d’ une lignée prestigieuse. Côté pères: Gainsbourg, Ferré, Bashung, jusqu’ à Brel. Côté mères: Radiohead, Pink Floyd, Chet Baker. Drapé dans un dandysme entre pop et rock, Feu! Chatterton est devenu un des phares de la chanson française. Annoncé le 12 septembre, « Labyrinthe » est un nouvel objet dans lequel on aime à se perdre. Entre deux envolées lyriques, Arthur Teboul y phosphore sur les enfants, le temps qui presse, le cours de la vie, les fausses promesses d’ éternité... C’ est instruit, bien écrit, et joliment raconté à l’ image de « Mille vagues ». Mais on peine parfois à retrouver ce cri du cœur qui fait la marque de ces érudits. Un captivant épilogue à la sauce Air(« Sous la pyramide ») conclut ainsi ce dédale pas toujours égal. Reste la poésie: « Ô vous la belle enfant, qui pleurez dans les foules, venez sur mes chevaux, et mourez à leur houle ».
BRAD MEHLDAU
RIDE INTO THE SUN
Après les Beatles, Radiohead ou Nick Drake, le virtuose du piano jazz s’ attaque à un nouveau mythe du rock: Elliott Smith. Songwriter à l’ esprit torturé, auquel Gus Van Sant vouait un culte, lui aussi admirait ses idoles et l’ on vous encourage à vous jeter sur son « Because » des Beatles si cette sublime reprise a cappella est restée coincée dans les stalles de votre fidèle chaîne hi-fi. Pour cet hommage, Brad Mehldau a eu l’ idée lumineuse d’ inviter, entre autres musiciens de talent, le guitariste de Grizzly Bear( la crème du rock-indé) Daniel Rossen à se joindre à cette session, au même titre qu’ un orchestre de chambre. Autre belle surprise: le timbre du mandoliniste Chris Thile( on jurerait entendre Peter von Poehl sur « Colorobars »). Avec « Ride to the sun », Brad Mehldau sort Elliot Smith de ses tavernes enfumées pour réjouir son génie dans une boite de jazz.
MAC DEMARCO:
« GUITAR »
Ce Canadien, c’ est la « coolitude » absolue. Et dans son genre, lui aussi est un sire des années 2010. On ne compte plus les groupes de la scène indie rock qui depuis « 2 » et « Salad Days », ses deux premiers albums, ont réglé leur guitares et amplis sur ce son aigu aux cordes semblant désaccordées. Lui attribuer la paternité de ces accords est peut-être exagéré, mais il les a popularisés comme personne. Difficile de faire plus branché que Mac Demarco, incontournable fond sonore des cafés hipsters ou bobos. Entre les Beatles et les Smiths, on n’ est pas surpris de trouver Neil Young parmi ses pères spirituels et c’ est vers ce registre que ces douze titres nonchalants sont tournés. Un album au sein duquel l’ artiste aux dents du bonheur sublime la fainéantise dans une sobriété nouvelle, sans jamais atteindre les sommets de ses débuts. « Guitar » ne marquera l’ histoire de l’ indie rock. Mais il n’ y a rien à jeter non plus.
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